Confession d’un homme de gauche

Jasmin vient d’envoyer, pour les pages « DÉBATS DES INTELLECTUELS », au Devoir, ce texte inédit.
Il l’a AUSSI envoyé à « LA PRESSE de Des-Marais » JUSTE pour voir…

Texte publié le vendredi 7 mars dans le Devoir,

Sainte-Adèle, 1er mars 2003 – corrigé le 2 mars –

Confession d’un homme de gauche

Par Claude Jasmin (écrivain).

Quelle bêtise, quel masochisme, quelle folie que ce regroupement politique de gauchistes anti-péquistes ! Combien étions-nous, combien sommes-nous —écrivains, journalistes, professeurs, intellectuels, étudiants— les insatisfaits des actions péquistes à nous taire ? Nous fermions, nous fermons nos gueules. Retenue utile.

Nécessaire silence. Il n’y a qu’un parti bien organisé pour faire advenir une patrie. Un seul à défendre « la cause sacrée » de la nation québécoise. Nous attendions, nous attendons qu’elle se réalise. Ensuite viendra le temps utile pour des querelles, des chicanes idéologiques. Elles viendront et ce sera normal.

Jeune, j’ai milité —d’abord pour le NPD (souvent via le Rhinocéros anti-Ottawa), puis pour le RIN, pour ceux de Parti-Pris, pour le socialisme; ensuite pour le MSA de René Lévesque. S’amenait enfin un vrai parti indépendantiste, bien organisé. Il n’y en a pas deux.

Deux fois, voulant m’évader de « l’ivoire » écrivain, j’irai en terrain politique. En octobre 1970, aspirant-échevin pour le « FRAP » municipal d’une gauchiste « CSN » avec Cliche. Le FLQ, sans le vouloir, assomma net cet essai socialiste avec la furie hystérique des Drapeau, Saulnier, Côté et Marchand ! En 1994, aspirant député —dans un P.Q. à « dure ligne de parti »— anti-ghettos je fus assommé cette fois par la paranoïa israélite. Mal que je pardonne volontiers à un peuple que les fascistes —du monde entier— voulaient liquider.

Les idiots d’une gauche farouche.

Combien de fois, je le confesse, je fus tenté de frapper, de gronder sévèrement ? Pas par envie de semer la zizanie. Parce que, parfois, des orientations péquistes me donnaient envie de hurler. Nous étions nombreux à nous taire. De sincères illuminés l’ouvrirent, s’amenait donc une bande d’impatients excités et on a vu l’ennemi d’un Québec libre gagner aux urnes dans Mercier. Beau gâchis !

Bientôt, ce sera —il faut le craindre encore une fois— le même néfaste résultat des indépendantistes-gauchistes écervelés. Jeu de cons. Pauvres idiots d’une gauche-la-farouche ! Romantisme niais. Utile aux adversaires de notre patrie québécoise. Héroïsme de pacotille. Faire ce vain jeu du critique tous azimuts, des grands désappointés, c’est faire le jeu des fédéralistes. Les candides rêvasseurs de la girouette-Mario-Adq vous félicitent « le purs ». Les fédérats disciples charestiens vous approuvent. Ils vous enverraient des fonds électoraux si c’était permis, misérables pressés. Engeance extrêmement nuisible au seul important combat qu’il faut mener.

Sabotage.

D’où vient cet aveuglement ? Ce très flagrant manque de stratégie ? Ces tactiques loufoques favorisent l’adversaire féroce, à deux têtes désormais : Jean Charest et Mario Dumont. Par quel entêtement stupide ces gauchistes-indépendantises pousuivent-ils ce sabotage électoral, il n’y a pas d’autres mots ? En des temps pas si lointains, on imaginerait la RCMP infiltrer ces dynamiteurs, les encourager —activement et clandestinement— en ce combat suicidaire pour la patrie.

Est-il trop tard pour les supplier d’attendre encore un peu. Au moins jusqu’en 2005 ? Ou un peu plus ? Ohé, les nécessaires furieux ! La souveraineté faite, je joindrais volontiers les rangs des valeureux surveillants du pouvoir, nous avons l’habitude des oppositions, vrai et c’est la bonne place des intellos progressifs.

Je ne suis pas membre du Parti Québécois, je ne possède aucune carte de parti. Le seul « parti » à défendre est celui d’une patrie pour la nation québécoise. Les candides suiveurs des Paul Cliche et Cie sont-ils encore capables de réfléchir ? Vont-ils se réveiller ? Se sortir d’une torpeur dangereuse ? Prendre conscience au plus vite qu’ils feront l’odieux jeu de tous les « traîtres » à la patrie…à faire naître et dont nous serons fort capables, tous les libéraux de diverses teintes, d’en corriger les actuelles et futures orientations « tout-au-marché » conservatrices.

Quelle manque de confiance en notre avenir commun ? Quelle est cette sordide vitesse de coupe-jarrets de « la » cause ? Pourquoi ainsi, zélotes « clichiens », vouloir « court-circuiter » les nombreux militants d’un Québec libre? Ce « pétage de plombs », cet sordide urgence —empressement d’un gauchisme nuisible— pourrait retarder l’avènement du pays québécois, pourtant souhaité par eux comme par nous tous qui sommes confiants et capables d’attendre.

Après la seule victoire qui importe nous guetterons et combattrons les déviances, surveillerons les dérives, contrecarrerons les conservateurs… puisque, bien entendu, il y en partout, dans les troupes de Bernard Landry comme —davantage, ne l’oublions jamais — dans tous les autres partis.

Gauchistes masochistes ?
Oui, je confesse — et cela depuis la première victoire de 1976— mes silences, mes retenues —mon épée me démangeait comme celle de Cyrano. Je vante la patience de tant d’autres esprits critiques, je loue la saine retenue de tous ceux qui, comme moi, attendent d’abord la concrétisation d’un pays bien à nous. L’horrible jeu que ces impatients pathologiques —et, répétons-le, masochistes— mènent est de se faufiler (ou de diluer le vote indépendantiste, entre acharnés adversaires et vaillants défenseurs patriotes est un effroyable leurre. De l’auto-dynamitage.

Espérons qu’il n’est pas trop tard pour les voir se ressaisir et abandonner les errements fatidiques. Les élections québécoises —qui s’annoncent pour bientôt— sont un moment important, capitale. Les têtes de linotte ultra-gauchistes peuvent interrompre stupidement un cheminement crucial et qui se fait, bien entendu, dans l’inévitable tiraillement des tendances.

Personne ne peut nier qu’ il y aura, face au seul parti indépendantiste, les forces d’un jeune courant bourgeois égotiste (l’ADQ) et les vieilles forces du parti férocement anti-patriotes (le Parti Libéral).

À vouloir installer la (stratégiquement stupide) querelle la (absolument stérile) chicane des « gauchistes purs » et des « gauchistes lents » —tous indépendantistes, ce sera le tir dans le pied. Une bêtise incommensurablement déplorable. Plus grave, la mort —pour longtemps ?— des aspirations fondamentales de notre nation.

J’implore donc nos progressistes de ne pas nuire. S’ils s’entêtent en cet affrontent délétère —objectivement : contre « la cause sacrée— je prie les gauchistes lucides de ne pas laisser abuser, de ne pas les rallier. De les fuir. Insistons : ils favoriseront par leur conne étourderie de diviseurs du vote indépendantiste la victoire des Libéraux, ces rongeurs à tous les rateliers. Ou de l’ADQ, l’aplatie en torontoisie. Nos valables luttes —anciennes et actuelles— pour davantage de compassion humaine seront gravement retardées (Charest), voire catastrophiquement interrompues (Dumont et l’arriviste Bourque).

Réfléchissons bien, camarades progressistes, à quoi bon cette bataille fratricide ? Répondez en vos âmes et conscience : à qui va-t-elle profiter ? Écrivains, intellectuels, artistes, professeurs, étudiants, amis gauchistes du Québec, la réponse —claire— serait pire que néfaste.

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