Journal- 12 Mars 2003

Jeudi 6 mars, que de froidure, que de neige nouvelle alors que héliotrope, je guette le printemps, chaises à coussins sorties sur la galerie d’en arrière. Ai terminé la biographie —vitement rédigée par R. Gauthier— du fameux animateur aux gouailles célèbres, Jacques Normand, mort il y a pas longtemps. Me sont revenus des tas de souvenirs de cet homme hors du commun. Je l’aimais. Si brillant bonimenteur populaire et à l’humour caustique cruel. Normand, un intelligent bambochard qui fondait un théâtre d’été ici, à Val David, le « Sun Valley », incendié puis repris par Norbert et Louis Lalande. Entubé, à l’agonie, mais encore frétillant, je lui avais redit toute mon admiration. L’intarissable bavard ne répliquait plus, rien, étonnamment mutique, m’écoutant le vanter ce —si populaire longtemps— pionnier-chansonnier. Il se savait fini. Ma grande peine. Oui, je l’ai aimé.

-« Le Devoir » va publier vendredi matin, demain, —veille du déclenchement des élections— sur quatre colonnes, ma charge anti-gauchistes-indépendantistes. En suis bien content. Recevrai sans doute horions et piques vicieuses pour oser accuser de traîtrise à « la cause sacrée » les Paul Cliche de l’UFP. « Ils ont les mains propres parce qu’ils n’ont pas de mains », Sartre.

Dimanche 9 mars, folie, besoin de m’installer un vrai atelier de « peinturlureur », bien définitivement. Mais voilà mon V.-L. B. qui rapplique de son Trois-Pistoles : « Claude, me ferais-tu un petit livre sur « Écrire pour la télé »? Faible, j’ai dit « oui ». Tiraillé? Oh oui. Je suis si libre, si heureux quand je barbouille. Décembre, janvier, plus de 60 jours à pondre mes illustrations —pour l’album d’octobre— m’ont fait revivre ce plaisir HÉNAURME de peindre en couleurs.

Mercredi 12 mars, neiges encore avec doux temps ce matin. Vu cet « après-déluge » de Bouchard au TNM, hier. Un texte verbeux hélas avec de grands moments d’une poésie très forte. Deux archivistes improvisés tentent de rapailler des éphémérides de leur village inondé. Poirier, Girard. Trois femmes y collaborent : de bénévoles, les femmes, on sait bien ! Mercure, Miller, Turcot. Un ange passe, ailé bien entendu, au rôle ambigu. Un spectacle à tenants et aboutissants incongrus. L’ennui alors ! Hélas !

Hier lunch du midi avec le benjamin de ma fille, Gabriel. Il ira au cégep en septembre. Devant son école, rue Sauriol, je ne le reconnais pas qui vient à ma rencontre. Lui ça ? Taille d’homme mûr ! Quoi, on a —dans la tête— toujours tente ans et les enfants devraient rester des enfants. Il est fou de musique mon jeune trompettiste. Seigneur ! On jase, rue Fleury, face à nos « thaïlanderies », de l’avenir. Sa peur qu’il cache. Ricanons de malaise. Ne pas trop savoir et pourtant obligation absolue de s’orienter pour toute la vie ! Le désarroi adolescent que l’on camoufle en blaguant.

À son âge, rêveur moi itou : je serai « grand reporter » ou bien « émérite criminaliste » ? Chassé du Grasset (zéro en maths, lui, Gabriel, champion !), ce sera pour moi une modeste école de poterie. Je n’allais pas parcourir le monde. Mon pauvre Arthur Rimbaud, farouche renieur de sa poésie éternelle, tout nu en Abyssinie, offrant vainement ses articles et ses photos à des revues !

Dès 1960, « l’accident littérature ». Alors comment prévoir son avenir ? S’orienter à jamais ? Plein de filles et de garçons qui hésitent, angoissés. L’art ! Ouais ! « Danger », songe maman et papa en 2003 comme en 1950. Moi lâche, ne pas oser lui dire « la musique, mon gars, par les soirs et les week-ends ». Comme ce fut pour moi « le roman par les temps libres », bossant trois décennies en scénographe de télé, pour qu’Éliane, sa maman —à Gabriel-le-trompettiste— et Daniel, mon fils, son oncle, puissent ne manquer de rien. Courage Gabriel, courage ! Mission impossible pour ce papi-conseiller en vieillard… malgré tout optimiste. Oui, si Gabriel est passionné, la musique gagnera. De cela je suis certain, seulement de cela : la passion.

La vie, la vie vive, quoi !

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