L’HALLOWEEN EN MARS !

pour VOIR 13 mars 2003, chronique : Grandes gueules)

L’HALLOWEEN EN MARS !

par Claude Jasmin

En caucus, chez les girouettes de L’ADQ, le néo-Stéphane-Dion, l’a ouverte de travers. Ce Laforêt s’est mis le pied dans la bouch, les deux « popattes » dans le plat. C’est « À soir on fait peur au monde », décide le lavallois (décidément cette Université Laval grouille de fédérats empressés, pourquoi donc ?).

Le « brain à spin » mariolesque ouvre un vieux placard, en sort un vieux fantôme : Duplessis. « Bouh ! Beuh » ! Phylactère infantilisant ? Le Mario, point interloqué, emboîte aussitôt ce pas funeste ! Mes dames et messieurs hystérise-t-il : « Landry c’est Maurice Duplessis revenu » !

Personne n’a fui. Maurice qui ? Plein de jeunesses (même des baby-boomers) ignorent assez ce « bonhomme sept heures ». Chou blanc en vue !

« Bernard Landry et le Cheuf », même combat, glose la cervelle grise. Agitez les vieux draps, découpez des citrouilles. C’est novembre en mars ! Le « penseur à Mario », aspirant député, n’a étudié qu’en bouquins le duplessisme et sa Grande noirceur. Il n’en a pas gardé les images d’épouvante, il a lu de travers. Si,comme moi, il avait mieux vu —« sur le terrain »— les hordes de « patroneux abjects » à l’ouvrage et la totale terreur conservatrice de ce temps-là, il se serait « farmé » la margoulette, je vous le jure.

Plus ancien, le jeune Laforêt aurait compris l’hymalaya de différences entre l’ouvrage des péquistes (y compris leurs favoris) et la sordide besogne des unionistes de ce temps. Non mais… quelle bande d’innocents —le Mario reprenait donc le refrain volontiers ! Les gens de ma génération, eux —gauchistes ou non— ont vraiment connu « ce temps déraisonnable » (Léo Ferré).

Le « cheuf bleu » détenait un frein gigantesque et tuait dans l’œuf tout ce qui osait organiser le moindre changement. Duplessis, seul potentat, assassinait toute opinion libre. Même ses sbires stipendiés se taisaient. Le monarque trifluvien veillait jour et nuit. C’était un sordide patriarche omnipotent.

Le Québec était —« très »— complètement, minutieusement zoné, quadrillé. Pas une ville, pas une campagne, aucun petit village n’échappait à sa tyrannie; « sa » démocratie était un petit empire personnel. Duplessis avait ses « poteaux » infiltrés jusqu’au dernier marguillier de la dernière paroisse du dernier rang d’un comté éloigné. De la Gaspésie à l’Abitibi.

Soutenu, encouragé même, par la hiérarchie catholique ultra conservatrice, le plus modeste syndicaliste était dénoncé comme suppôt de Moscou ! Intelligent calculateur, machiavélique, Duplessis était fort capable de —momentanément— s’allier pour contrer n’importe quel aspirant leader (Camilien Houde. Paul Gouin ) aux pires crapules et même à la maffia de Montréal. Duplessis-le-bon-catholique était un amoraliste totalitariste.

De ses appartements au Château Frontenac, avec visiteurs trié, ce despote, magouilleur émérite, a verrouillé durant presque deux décennies toutes les issues du moindre progrès. Un homme aux cadenas empressés.

Pendus à ses basques, un zélé ramasseur de fonds —Martineau— et un chef de flicaille (la P.P.) obéissant –Beauregard, efficace matraqueur de grévistes. « Trio de verrats » qui tuaient tout ce qui bougeait. D’un bord : les heureux profiteurs satisfaits, financiers « anglos » et des USA avec quelques rares « francos » enrichis grâce au calculateur complaisant, le « cheuf ». De l’autre bord : les soutanes rouges, mitres et crosses, contents de la stagnation totale, du règne des dévotionnettes et piéticailleries. Tous à ses ordres : « Ils mangent dans ma main ».

Et vogue le pays québécois sauce « république de bananes ». Comparer à cette peste conservatrice le P.Q. ? On a le choix : ou le penseur « lavallois » de l’ADQ est un flagrant ignorant ou bien il est un nocif canon lousse. Qui tire n’importe comment ?

Tyran « soft » mais dictateur de son parti —parti aujourd’hui disparu— Duplessis reste donc « un modèle » incomparable. Pas même aux pires freineurs connus : le duo hilarant Côté-Mercier (bérets blancs) , le bouffon Caouette ou le clown Camille, voire le Cowboy-Johnson ou le mollasson Bourassa, longtemps héros du Dumont.

Duplessis a été, Dieu merci, « unique ». L’agiter en épouvantail en 2003 pour le comparer aux chefs actuels est d’une malhonnêteté intellectuelle crasse… Indigne d’un intello de droite, position idéologique qui est son droit certes. Que les droitistes dumontiers —démontés par la baise soudaine de popularité— commettent cette grossière amalgame —Landry-Marois égalent Duplessis— prouve, hors de tout doute, que l’ADQ sombre dans la démagogue infecte.

J’ai vu…

Étudiant, j’ai vu à l’ouvrage « la peur organisée ». Dans Villeray —et c’était partout pareil— un marchand de bois (Provençal) était un ignare aux ordres, un notaire (Poirier) veillait au grain, un dentiste (Marion) ramassait le fric, un pharmacien (Besner) guettait les « rouges » —tels, rue Jean-Talon, ce docteur Daniel Longpré ami de Bethune, rue Saint-Hubert, ce docteur « socialisse » Jacques Ferron —ou Bédard— tous de dangereux « bolchéviks ».

Quelques profs —de mon école comme de mon collège— dissidents prudents et muets, tremblaient dans leurs pantalons. Jusqu’à se cacher pour lire la feuille « nationalisse » Le Devoir ! L’avaricieux et mégalomane patriarche bleu régnait tranquille. La liberté était un spectre.

Avec les modernes médias —relativement— libres, il n’y a aucune commune mesure entre des élections d’aujourd’hui et celles d’antan avec achats de votes jusqu’aux aux quatre frontières, menaces concrètes, chantages éhontés, calomnies fabriquées. Non, l’ADQ, s’ils ne veulent pas sombrer dans le ridicule, ferait bien de condamner Laforêt, « ce fou qui crie au loup », marionnette désarticulé, tribun déboussolé.

Mon père —comme tous nos voisins fervents catholiques abusés— votait volontiers pour ce Duplessis « qui, mon petit gars va à messe tous les mercredis », —à pied sous son vieux feutre « populo » pour qu’on le voit bien.

Citadins et paysans votaient tous pour ce despote qui, par seul ignoble exemple, s’associait avec un cardinal (bien Léger ), de crapuleux médecins, fourrant en asiles d’aliénés des orphelins pour raison d’octrois d’Ottawa. Ce seul mais énorme « crime grave » montre bien la distance entre un Maurice Duplessis et un Bernard Landry.

Racolage immonde ! Rapprocher « Bernard » et ce « Maurice » à la veille des élections fait voir une panique électorale qui relève d’une démagogie, tiens, duplessiste ! Ceux qui —comme « le vieux » que je suis— savent qui était ce « cheuf de la Grande noirceur » n’en reviennent pas.

Hélas pour les Laforêt-Dumont, plein de jeunesses disent : « Maurice qui » ?

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