Journal – 19 Mars 2003

Vendredi 14 mars, partout, la beauté blanche ce matin et, hier, la saleté. À la télé : une sinistre parisienne sexooliste, Catherine Millet, chez Labrèche. Patrice L’Écuyer —semblant gêné— a lu de sa porno puis Marc-le-Blond — stoïque ébranlé— la questionne. Elle avoue : « je suis orpheline (ses parents épargnés donc) et je suis infertile (enfants épargnés aussi) ». Son best-seller —un demi million de voyeurs ! On dit que les monstres au cirque attirent la foule. Sainte-Catherine-de-Paris ? La débauchée, la dépravée ricane : « À Mexico, des femmes voulaient me toucher, j’étais la Vierge-de-la-Guadéloupe ». En somme elle imite la sexualité des chiens : on se renifle et on se monte ! Spécialisée en art plastique, jurée invitée à notre « Festival du film sur l’art », la Millet illustre qu’on peut être très instruit et perdre son jugement. Poursuivre en cour TVA et Le Blond-Sournois pour « Refus de secourir personne en danger », c’est dans la loi. Dans le studio un psychiatre aurait-il composer d’urgence le 911 ?

Dimanche 16 mars, hier, drôle de rêve : j’habite une sorte de pagode de bambou (!) rue De La Gauchetière. Beau soleil baignant ma rue, j’observe le quartier Chinois, surpris, une longue limousine glisse sous ma fenêtre ouverte. Un chauffeur casqué stoppe sa rutilante machine. Trois très jeunes femmes, vêtues de noir, en sortent, me saluent, hilares. Elles s’installent dans mon appartement. Caresses langoureuses de ces… Trois Parques —Trois Grâces ? Fatals baisers et je joue volontiers le vieux pâtre grec, bouddha chinois bien complaisant. Bains pris, elles repartiront : « Où vous en allez-vous mesdemoiselles ? » « Vers l’orient », me disent-elles, mythiques. La limousine, aux mains agitées d’ « au revoir », descend vers la rue Notre-Dame. Mystère des songes !

Mercredi 19 mars, les gazettes, sujets de réflexions sans cesse :étudiant la structure de l’ ADN, on approcherait (Dr James Winston) la fin des… fous ! Clic, clic, gêne changé, la stupidité disparue. À jamais ! Ma foi les biologistes vont-ils permettre un monde parfait ? Imaginons : gêne manipulé sur le fœtus et fin de l’inversion sexuelle, terreur des « bons » parents. Mais un autre savant s’énerve : « Il y a pas que la génétique, il y a l’environnement —famille, écoles, loisirs, travail. Un clone d’Einstein, dit l’adversaire de Winston, élevé dans une brousse d’analphabètes ne deviendra pas un génie ». On craint l’eugénisme avec masses d’obéissants à un tyran sanguinaire.

-Est-ce ce soir que de jeunes garçons armés —ex-chômeurs ?— auront l’ordre de foncer vers Baghdad ? Que des enfants iraquiens ne dormiront pas de sitôt. C’est parti. Tantôt, en remontant ici, je vois de jeunes skieurs —sur nos jolies « meringues » laurentiennes— dévalant librement des pentes ensoleillées ? Et j’ai mal partout. Bourgeois inquiet ? Hier soir, au « Petit extra », fêtions l’amie Josée. Facture : 40 dollars chacun. Le salaire mensuel en Iraq ? Les éternels râleurs d’ici sont des ingrats, non ? Au moins silence sur nos bobos insignifiants, au moins être reconnaissant chaque matin nouveau de vivre loin des « arabies » malmenées. Un devoir : d’une bouche dire « merci », d’un autre dire : « Mon Dieu, sauvez les innocents là-bas, épargnez les enfants enrôlés d’Uncle Sam et ceux de l’Irak ». Ce soir, mortels feux d’artifices aux actualités et skieurs sous les lumières dans la vallée de Saint-Sauveur. La vie, la vie.

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