21 mars 2003

Vendredi 21 mars, il pleut des bombes sur Bagdad et je rentre de Paris et de New-York. Mais oui, lire c’est voyager. À Paris ? Lu « D’amour » ( 219 pages, Gallimard éditeur), terrifiant récit par Danièle Sallenave. Une jeune bachelière follement éprise d’un aîné, homme marié —amateur d’art classique— incapable de quitter femme et enfants. Affligeant récit d’une fin de la liaison. Elle a les mains vides. Lui ? Vers 65 ans, enragé de vieillir, se tue. Que de tourments, de quêtes de ses visites —et/ou brefs voyages. Sallenave —façon Annie Arnault— écrit sans afféteries. Il y a —en parallèle— la mort de tante Odette. Une mondaine hantée par la vieillesse, comme son « homme marié ». Odette se jettera devant son train de banlieue.

– À New-York ? Krauss et McLaughin, deux étudiantes baby- sitters, racontent une famille « truquée » (Sartre). Des multi millionnaires, vaste penthouse en face de Central Park. Un récit-journal terrifiant que ce « Nanny » (343 pages, Albin Michel éditeur ). Il révèle la vie tragique du fils unique, Grover. papa banquier invisible, maman ultra mondaine se sauvant sans cesse de lui. L’horreur tragique d’un enfant enterré vivant sous les multiples pressions de la « jet society ». Congédiement brutal de la Nanny. Seul lien d’affection du « gardé ». L’enfant est perdu ! Récit qui a connu un succès foudroyant aux USA et je sais maintenant pourquoi.

Dimanche, 23 mars, hier, vu « The hours » à Saint-Jérôme, excellent film. Trois femmes névrosées. Un lesbianisme de compensation ? Troublant récit installé à partir d’un roman de la dépressive et célèbre auteure bourgeoise, Virginia Woolf. Ce soir, à Hollywood, le 75 ième « bal » à strass et paillettes, remise des « Oscars ». À moins de « trop de morts américaines », il aura lieu.

-Chaque fin d’après-midi, un « quatre à cinq » de commérages dans la file des acheteur de l’École hôtelière d’ici. Moi, je lis. Mes oreilles s’amusent de tant de méméring charmant. Hypocrite, l’écrivain y glane de tout. Une bavardeuse me dit : « On vous dérange pas trop ? » On rit. On rit moins quand s’ouvre la porte. Hélas, avant 17h, des étudiants, des profs, des employés du lieu (normal) ont enlevé les meilleurs lots ! Simples péquenots, on a droit… aux rares restes. Il reste des miettes ! Certains grognent. Un comptoir-tricherie au fond et qui ne devrait plus durer bien longtemps.

Mardi 25 mars, je sors du studio 45 (« Tous les matins »), un avion file vers l’est, bas. Grondement. Je songe au ciel iraquien. Le journal de ce matin : « plusieurs soldats US ont entre 18 et 20 ans, un colonel a 25 ans » ! Je revois sas cesse le visage angoissé d’un jeune prisonnier. « Je viens du Nebraska ». « Pour tuer des Iraquiens ? » dit une voix iraquienne. « Non, je suis un employé de maintenance ». C’est clair, ce ne sont pas des gosses de riches, venus de Harvard, de Princeton ou du MIT. Comme un beau-frère (Pierre), un neveu (Claude), ce sont des jeunes se servant d’un job dans « les Forces » pour pouvoir étudier un peu plus longtemps. Voilà ces enfants expédiés en Orient, aux mains des « méchants ». Inoubliables ces jeunes visages tourmentés, anxieux. Tous rassemblés aux portes de Bagdad maintenant et ce sera la mort pour combien d’entre ces enfants ? Son Oscar (mérité) à la main : « Honte à vous W. Bush ! », a crié Michaël Moore. Devant des centaines de millions de téléspectateurs du monde entier ! Les huées venant de « patriotes assis » en smoking. Oui, le jeune visage énervé du soldat me hante. « M. le Président, si vous voulez du sang, allez verser le vôtre », chantait Boris Vian. À la Maison blanche, dans son confortable bureau ovale, le Président Bush lit la Bible et joue aux dominos. Écœuré, je suis !

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