« À CHIER » NOTRE FRANÇAIS ? OUI !

Lundi sur TF-!, mardi sur TV-5, l’Ardisson en remettait. Face au sympathique Corneille-chanteur, l’animateur a crié : « Bravo de ne pas avoir pris là-bas cet accent à chier ». Choc ? Mais non, je suis d’accord.

Et Ardisson est bien bon de parler « accent » quand il ne s’agit pas d’un accent. Un accent c’est beau, celui de Provence (Pagnol), celui de certains Acadiens (Antonine Maillet), il s’agit de notre parlure, de notre langage coutumier, à Montréal. C’est en effet, « à chier ».

Je sais fort bien les racines pourries (les causes) —socio-économiques, politiques, religieuses même— de notre abominable « accent ». Nous parlons mal, je ne parle pas de notre syntaxe fragilisée. Nous n’avons pas d’oreille collectivement, on dirait. C’est un fait, accablant mais réel. Seuls les aveugles complaisants nieront la chose. Les francophones du monde entier nous comprennent mal. Pluie de « vous dites ?, comment dites-vous ? »

Il s’agit d’articulation élémentaire, de diction élémentaire. On parle mal, on parle mou, on parle pire que petit-nègre. Nous avons voulu dans les années ’60 illustrer notre parlure « du yable ». Chez Parti-Pris comme chez Michel Tremblay et ses satellites. Nous avions cru qu’avec la décolonisation (relative et pas terminée) que le mal serait endigué un jour.

Énorme déception ! En 2003 rien n’a vraiment changé. Les jeunesses du territoire s’enfoncent davantage dans la même mollesse de parler le français. C’est une honte nationale. Nous avons une parlure « à chier ». Ardisson a tout à fait raison.

Souhaitons qu’il sera le détonateur d’une volonté de nous corriger. Assez des bouches molles partout. Foin de cette niaise fierté du « mal parler » ! Si le « bon perler » d’antan menait à la diction « cul de poule », empruntait la fausse langue des mères supérieures, religieuses coincées, de jadis, le « parler normal » nous sortirait du grand ghetto « pâtes mollissantes ».

En 1980, allant enfin en France, à mon retour, questionné : « Quoi, qui, t’as frappé, le Louvre, les châteaux de la Loire, la belle Provence ? », je répondais : « le langage là-bas ». Une musique ! Partout chez les chauffeurs de taxi comme chez les éboueurs.

Lucidement, il nous faut admettre ce mal affligeant : nous parlons « à chier ». Bravo bonhomme Ardisson ! Il y a urgence. L’humble Noir francophone venu de la Côte d’Ivoire, pour seul exemple, semble un seigneur quand il ouvre la bouche. Il nous fait avoir honte de nous. C’est anormal. C’est pitoyable.

Il n’y a « aucune honte d’avoir honte… de notre…accent ! Il est à chier en effet. Des jeunes d’ici, munis d’un diplôme universitaire, souvent —très souvent hélas— s’expriment comme des démunis, comme des misérables sortis de grottes pour analphabètes, de cavernes d’ incultes. Le temps est venu de nous corriger de cet héritage nauséabond. Le Québec d’aujourd’hui, « sorti du bois », mieux instruit, plus sûr de lui économiquement, ayant fourni des preuves —ici et là, dans divers domaines— de ses réussites formidables, éclatantes parfois, mérite une population qui ouvre les yeux, qui fera cesser la frayeur imbécile de devoir (de vouloir) s’exprimer comme on s’exprime en français partout ailleurs dans le monde où l’on parle français (Belgique, Suisse, Maroc, Tunisie, Algérie et autre pays africains).

Un paysan peu instruit que j’estimais pour sa belle parlure, Ubald Proulx, pomiculteur à Saint-Joseph, parlait fort clairement, avec un accent (un vrai, lui ) formidable. Ces gens, rares, n’étaient pas pollués par la mode jargonnante actuelle. Écoutez (entrevues de télé dans la rue) bafouiller, vasouiller, borborygmer, ces étudiants (pourtant aux études secondaires, collégiales aussi). Chaque fois, avouons-le, c’est l’humiliation de constater —oui le père Ardisson— que c’est « à chier ».

Le choc de l’accusation passé — accusation fondée— (À « Tout le monde en parle » à l’indice d’écoute fantastique en francophonie), retroussons-nous les manches (les babines ?, j’aime les québécismes ). Décidons que « ca va faire », que les temps sont arrivés de joindre tous ceux qui parlent le français normalement dans l’univers. Il ne s’agit pas du tout d’accent, il s’agit d’élocution élémentaire. Notre anomalie, avec ces « on s’comprend bin ent’ nous aut’ », doit cesser maintenant. Cette sotte vantardise doit être renversée. Notre urgente conversion langagière n’empêchera jamais de forts créateurs d’illustrer —chansons, théâtre, cinéma— un monde aliéné, diminué, impuissant, englué dans les méandres appauvrissants d’un français déprimant.

Feu Georges Dor fustigeait ce mal commun avec raison, faisons en sorte que, bientôt, ces illustrations misérabililistes fassent voir le normal clivage entre les démunis du sort et ceux qui s’en débarassaient avec courage…et non plus une majorité. Le normal rayonnement du pays québécois tient de cette exigence. Dans quelques années, un invité québécois —à la télé du Maroc ou ailleurs— n’aura plus à faire des efforts pour se faire comprendre, ne passera plus pour un « demeuré » ou un « tit Coune » d’arrière-pays, Surtout, ne tiendra plus, face aux caméra de télé dans la rue, cette parlure « à chier » quand il donnera son opinion pourtant souvent éclairante. À bon entendeur…

DIMANCHE.

Rentré tard d’un bon buffet pascalien chez mon traducteur « sommet-bleutien », Paul Paltakis, je sors une vieille chaise, me juche et répare un « store-à-spring » déglingué. Badang ! Trop de pastis et vin rouge ? La chaise éclate et je revole —tête par dessus cul— dans la haute cage de l’escalier. Souffle coupé. Cris de mort —un homme hein ? Aile accourt affolée ! J’ai cru venue ma dernière heure. Vous liriez ici le post-mortem d’ Accès : « Mort subite —escalière— d’un chroniqueur ». Mardi annulation chez « Tous les matins », aussi au « Salon du livre », à 3-Rives, pour le week-end. Francois Jodoin, champion-skieur, me recommande « messieu Champagne », « r’bouteux », « ramancheur » du bas de la côte-Morin. Le souffrant endolori hésite. Ma peur des toubibs. Conventionnés ou non.

L’HORREUR. Le génial peinturlureur de Sainte-Marguerite, Riopelle, ne se soucia guère de ses trois rejetons : il n’y avait que son art. Sa compagne-infirmière veilla longtemps sur le vieux buveur peu paternaliste. Mais lui trépassé, très publique et scandaleuse chicane-à-héritage. Exemple :son manoir rupestre de l’Île aux Grues ira à qui ? Et tous ses tableaux en jachère ? « Charognage » sinistre, inévitable ? Cette tardive « belle-mère » —reniée par les enfants négligés— se verra (en cour) transformée en vilaine marâtre incompétente. On songe au monstre-Picasso crevé puis déchiqueté par l’État et les rejetons-héritiers. Pénibles péripéties extrêmement matérialistes ($$$). Éloignées de l’art.

DÉBAT CAPTIVANT. À « Campus » sur TV-5 : « Science versus croyance ». Y sont Régis Debray —jeune ami du « Che » jadis— viré en grand défenseur des religions. Le ministre de L’Éducation, Luc Ferry qui installe l’enseignement officiel des « trois religions » (monothéistes). Y est aussi le savant Albert Jacquard (il publie « DIEU ? ») qui proteste : « Que les trois « Livres » changent vite les fadaises face aux découvertes avérées ». Le « Je crois en Dieu » l’horripile mais pas « Le sermon sur la montagne ». Debray s’insurge : « Fausse question ! Science et croyance sont deux domaines à ne jamais emmêler ». Certains savants se questionnent (Einstein lui-même) sur la survie de l’esprit. Fascinante télé. A notre télé, jamais de ces panels stimulants. L’intello de Lemelin braillait : « Y a jamais de place, nulle part, pour les Ovide Plouffe » !

LA FOI. Études biologiques, tiens, sur « croyant de naissance » avec 140 jumeaux ! Des généticiens fouillent : « Y aurait-t-il un chromosome-foi » ? La preuve —via les gêne— n’est pas encore définitive mais on creuse, on cherche. Ce ne serait pas seulement la société (familles, églises, communautés ) qui faciliterait une prédisposition à la foi. Fascinant débat —inné la foi ?— entre psychologues et biologistes. Comme toujours désormais. Ce sujet me passionne. Adolescent « une sainte vierge qui enfante », et autres fariboles, m’assommaient. Je n’aimais que l’Évangile. Je l’aime encore. Agnostique —mon horreur des dogmes— je prie souvent. Ultra-prostestant (?), je lis encore la Bible mais je fuis et ses contempteurs et ses zélotes issus des 54 sortes de réformismes aux USA, comme pour le Ketchup Heinz ! « Mgr » (titre ridicule) Ouellet de Québec déclare : « Les syndicats d’enseignants marxisants chassèrent notre religion des programmes ». « Mon Seigneur » oublie que la gauche condamnait les dévotionnettes et les piéticailleries du vieux catholicisme infantilisant. Ouellet souhaite le « retour en force » de l’enseignement religieux aux écoles. « Sur 100 jeunes québécois, 5 vont encore à la messe », déplore-t-il. Les diocèses ont moins de fric alors il compte donc sur l’État (laïc) pour le grand retour à la pratique. Niaiserie. « Oui » à davantage de cours de philosophie comprenant l’enseignement des trois grandes religions.

UN VRAI QUESTIONNEUR. Notre voisin Grand’maison, chanoine et sociologue à Saint-Jérôme, publie : « Questions interdites » ( Fides éditeur). Il ose dire la vérité :que nous sommes devenus une société contradictoire, individualiste. Qu’il y a eu un silence complice, lâche, des croyants quand on a jeté (dès 1960) le bébé avec l’eau sale du bain. Exemple : fin de l’enseignement de notre histoire durant 20 ans ! Dit qu’on n’a pas subi un « changement » mais une « rupture » fracassante. Que cela nous a donné une société-passoire, molle, le cul-de-sac actuel. « La confusion mentale ». Un peuple devenu fou ? Je le pense souvent. Le refus global conduisait à tout discréditer. Alors déshérités, les mains vides, nous sommes devenus des déboussolés. J’aime sa lucidité : « On veut tout, dit Grand’maison, fédéralisme et indépendantisme, état-providence et privatisations, socialisme et libéralisme ». « Réveille » (Zacharie Richard) nation nigaude !

FUGÈRE?

Texte commandé par l’UNEQ pour un album-cadeau au dernier « Mardi-Fugère » du Centre culturel Frontenac en mai prochain

Fugère ?

C’est « saint Jean » : l’apôtre (des livres) tant aimé !

Claude Jasmin

Il est doux, intelligent et il est modeste. Jean Fugère vous écoute si bien. Fugère ? Ajoutez un « o » à son nom et c’est de la fougère, légère et verdoyante flore qui embellit ses rencontres-livres chez … Frontenac ! Frontenac mais pas de « bouches de canons » avec ce lecteur attentif, que de pacifiques salves d’intérêt chaleureux.

Certes, monsieur Lafontaine, « l’occasion, l’herbe tendre… » il tire aussi des coups d’épée :ironie, sarcasme léger, piques malignes à l’occasion. Je l’avais imaginé un peu distant et ce soir « frontenacien », en coulisses, ma compagne et moi découvrons un homme de cœur, inquiet, tourmenté même (une maman mal en point…comment va-t-elle ? ). Et puis, sur la scène, notre lectrice fameuse, Monique Miller, qui pleure soudain à son lutrin ! Ensuite le long silence… accepté par Fugère… Rare un animateur qui accueille l’émotion sans aucune crainte. C’est cela aussi « saint Jean Fugère », la capacité de se laisser bouleverser sans pudeur niaise.

Une autre fois, il me donne à lire —à Radio-Québec— un court livre rare, celui de Naguib Mahfouz (« Récits de notre quartier ») et, l’ayant lu, j’ai vite compris qu’il m’offrait « la petite patrie » d’un auteur du Caire. Cela se nomme délicatesse extrême et liseur emeritus, non ?

À un salon du livre —Trois-Rivières, Rimouski ? Fugère est partout— hilare, il me questionne sur « la place centrale » en me taquinant sans cesse, moqueur spirituel et aimable et la salle rigole comme jamais. Un jour Fugère en « standing comic » ? Il le pourrait ce « pince (prince) sans rire ». Sur-doué, sur-cultivé, rien ne m’étonnera de son pimpant cheminement en carrière… Que je lui souhaite très longue, égoïstement, pour le rayonnement de la littérature québécoise.

Mes saluts amicaux indispensable Jean « fougère » !

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« Tu ne te tueras point ».

Sur le Sinaï, pas de ça à Moise sur tablettes du décalogue : « Tu ne te tueras point ». Je passe parfois, juste à gauche du 2321 rue du Chantecler, devant ce site disparu où l’ex-écurie de l’hôtel servait d’atelier pour le potier candide du l’ex-Centre d’art de Sainte-Adèle. 1951, j’avais vingt ans. Les jeunes skieurs qui appréciaient mes céramiques n’avaient pas d’argent pour me soutenir et je n’avais plus d’élèves-en-terre-glaise. J’avais faim. Je refusais de retourner comme plongeur à l’hôtel. Trop tard (?) j’avais obtenu enfin, enfin, les éléments pour me bâtir un four. Découragé, un jour d’avril, j’ai osé fleureter avec la sordide Camargue. Si facile : joindre dans mes mains les fils électriques (du 500 volts) que je m’évertuais à connecter. En finir une bonne fois pour toutes avec mes illusions d’artiste génial ? Je ne l’ai pas fait. Juste une tentation. Je me suis jeté dans la porte et suis allé voir, de l’autre côté du chemin, le lac Rond qui dégelait. Deux gamins, en riant, jouaient sur un radeau de fortune. Ça m’a calmé.

L’autre soir, à Télé-Québec, l’acteur Michel Barrette racontait sa tentative à lui —déception d’amour grave— pour en finir sur un pont du Saguenay. Très émouvant, l’humoriste, très. C’est 1,300 jeunes morts, ici, chaque année ! Écrivain invité à une école (près de Sainte-Thérèse), on m’a suggéré d’en parler. J’ai dit : « Ne vous tuez pas, les jeunes. Vous le regretterez tellement ». Et j’ai raconté « le petit bonheur » (Félix !) de vivre. En effet, au delà des déceptions et chagrins, comme tout le monde —chacun pour soi— dresser ma longue, très longue, liste des grandes et petites joies connues depuis ces affreuses secondes d’avril 1951, de tentation —pulsion de mort maudite, cher Freud— dans mon écurie mal chauffée, rue du Chantecler.

Chaque jour qui passe, disait le document de T.-Q., 80 jeunes y pensent et 4, hélas, passent à l’acte. Chaque jour ! Funeste hécatombe ! Dutrisac suggérait des pubs à diffuser pour démotiver les jeunes désespérés. Un coroner —qui en a vu tant— disait : « Non, ça ne se montre pas ». Un invité disait : « Le candidat au suicide veut « débarrasser son entourage » d’un poids, lui le dépressif ». Ou bien c’est « se débarrasser de la vie ». Qu’on juge trop dure. Maintenant que je pense à mon actuel bonheur de vivre, dans l’Éther —au purgatoire, limbes ?— je me maudirais tellement si un écran magique me faisait voir l’abandon de ce bon gros paquet de si bons moments de ma petite vie.

De grâce :ne vous tuez pas, les jeunes ! Nous connaissons tous des parents (oh combien dans le milieu des artistes !) inconsolables depuis le fatidique geste d’un grand enfant suicidé. Une terrible cicatrice jamais vraiment guérie. Terrible culpabilité. Durable. Ce monstre gâcheur de bonheur.

« Tu ne te tueras pas…jeune » ? Il en va autrement des décisions d’adultes quand l’espoir a fui à jamais. Le cinéaste Jutra —sans plus aucune mémoire— flotta sur le Saint-Laurent. Montherlant horrifié par sa diminution, ou Romain Gary, au bout de son ticket-vie, lucide, qui écrit : « Merci beaucoup, au revoir, je me suis beaucoup amusé ». Et paf ! Un seul coup de revolver.

Je rêvassais au Salon du livre de Québc, l’ami Hubert Aquin —ne s’assassinant point au Jardin de Villa Maria— est en train de dédicacer son 30 ième roman ! Sa carrière fleurit de plus belle, il a son maigre sourire « thanatossique » et je lui dis : « Hube (il signait Hube), la vie est belle, pas vrai ?

Ne pas juger ces « vieux » au-bout-de-leur-rouleau. La « violente auto-euthanasie » de ces gestes est affaire de conscience personnelle. Écoute-moi bien toi du noir quarteron (oui, chaque jour quatre jeunes suicidés québécois) : impossible de savoir, de prédire, si tu n’es pas l’héritier d’un beau bouquet de bonheur. Ne te mens pas, tu l’ignores. Alors, ne fait pas ça ! Je t’en prie, ne fais pas ça ! Quand je me promène, rue du Chantecler, que je revois ce cabanon installé sur l’ancien solage de mon écurie-atelier, je m’en veux encore d’avoir songé à cette bêtise. Encore hier, sur notre galerie, un couple de tourterelles, parfaitement sculptées me donnaient à voir la beauté du monde. Ce matin quatre, non, cinq, six ! parulines, vêtues de jaune si brillante, oiseaux vifs, aériens, se balançaient autour du lilas bourgeonnant… La vie est belle, pas vrai ?

Revenant du « Salon »…

Revenant du « Salon » dimanche, dans le bus, dans ma tête, je turlutais : « En revenant de Québec », « Nous irons à Québec à pied sec », (Trenet) et « J’irai à…Québec » (Charlebois) ! Tout un week-end derrière mon kiosque pour mon tout neuf « Écrivain chassant aussi le bébé écureuil ». Hommes, femmes —et enfants que l’on tire— déambulaient tranquillement sur les tapis rouges. Amas de livres en tous genres : biographies, polar, b.d., livre d’histoire, saga, poésie et…journal. Jouer l’homme-sandwich : envie de faire à la criée : « Livres à vendre, pas cher » ! Un commis-voyageur quoi ! Des auteurs entourés (Louise Portal), d’autres isolés (Pelletier, historien). Le soleil brillait en cette veille de scrutin. À l’est du Hilton, le haut building-château de Chantal et Bernard. Un couple nouveau va s’y amener. Depuis lundi soir, les politiciens du P.Q. enfin libres de parler. Fin de la peur de perdre un seul vote. Alors, vive l’opposition ! En Irak, la guerre est finie et, comme tant de monde, très heureux de m’être trompé : pas de Vietnam no. 2. Ouf !

En tribune libre d’ « Accès », le grand bonheur d’avoir su un lecteur avouer qu’il a couru acheter des livres recommandés. Envie d’en séduire d’autres alors. Par exemple « Origines » (Trois-Pistoles, éditeur) du jeune batteur de femme, Christian Mistral. Des aveux, une confession, un conte fou. Ce terrifiant « Grand-père » (Denoel, éditeur) par la petite-fille de Picasso, Marina :une enfance sabotée, effroyable. Son sinistre papa —le fils-du millionnaire-peintre— en con fini. Sa maman en sexoliste dépravée. Oh la la ! Jacques Attali raconte pourquoi les Juifs se firent « financiers du monde » depuis leur dispersion forcée. Lisez « Les Juifs, le monde et l’argent » (Fayard éditeur), un document étonnant en diable ! L’acteur Yvon Leroux —le « Bidou » de Séraphin— raconte les éphémérides d’une carrière en dents de scie : « Les plus beaux jeux… » (Trois-Pistoles, éditeur). Un plein grenier de souvenirs parfois fort cocasses. Pas moins cocasses les mémoires de Gérard Poirier dans ses « Entretiens » (Québec-Amérique, éditeur).

Je lis beaucoup. À deux coins de rue, la biblio Claude-Henri Grignon me prêtait « Le rêve… » (Libre-Expression, éditeur), l’étonnant parcours de cette simple mais douée ménagère beauceronne, Rose-Anna Vachon), si habile avec ses pains aux raisons, ses brioches. Qui va donner naissance à l’ « Empire Vachon » envahissant toute la Nouvelle-Angleterre. Deux vies lues : fascinante celle du crésus mégalomane hypocondriaque, Howard Hughes et celle, pas moins étonnante, du patoisant « Frédéric Dard » (un titre chez Fleuve noire, éditeur) l’inventeur de jargonneur limier « San Antonio ». Enfin, suis en train de lire la jeunesse française d’une fille (du Lac Millette, pas loin), Marcelle Martinet qui s’exilait au Québec avec son jeune « Docteur Favreau ».

Qui disait : « pas un seul chagrin qu’une heure de lecture ne dissipe » ? Vrai.

Ah que la vieille capitale est jolie au soleil ! Je me morfondais au « salon », mais, consolation, s’approchaient d’aimables curieux, des sceptiques (du polémiste) et des admirateurs. Chauds propos. Quelques amateurs de journal intime. Ou bien des collectionneurs d’autographes. « Je vous aime tant à « Tous les matins » le mardi. Vous me faites rire quand vous vous emportez » ! Envie souvent de « donner » ma dernière ponte à ces afficionados. Mais la « Julie-à-Victor-Lévy » me surveillait, les doigts sur sa caisse. Pas de farce à faire ! « C’est donc cher les livres, messieu Jasmin, non » ? Celle qui dit cela est couverte de beaux bijoux, coiffure impeccable, maquillage étudié, elle porte une lingerie griffée, pousse une voiturette de grand luxe où un enfant, « vêtu dernière mode », arrache des pages à un livre de contes illustrés, signé Gallimard, à 50 piastres l’exemplaire. Eh ! Tout est relatif :un livre se prête, se donne en cadeau, est lu par plusieurs, dure longtemps et s’offre… en héritage. Non ? Une aubaine, toujours, un livre. Moins cher qu’un repas dans un resto de bon ton…dot il ne reste rien. Pas vrai ?

Lettre à ma petite sœur, Marielle

Quoi?, te voilà enragée contre l’indépendantiste Parizeau ? Tu m’annonces, dans ta « lettre de Rosemont », que tu voteras pas pour Landry à cause de lui. Écoute-moi ma petite sœur, n’étant pas candidat, je suis libre de dire publiquement ce que je veux. Toi comme moi, on connaît des « nouveaux québécois » indépendantistes. Une minorité, hélas. Lundi, « vote ethnique » en vue ? Oui. Encore. Chère ex-minidinette syndiquée, le peuple n’est pas fou —ne le méprise pas— il voit clair et n’a jamais été scandalisé par Parizeau. Ni au référendum de 1995, ni cette semaine. Ceux qui jouent les vierges offensées sont des menteurs, des langues de bois, et tous excitateurs stipendiés par leurs patrons-de-presse, ça les arrange de crier « horreur ».

La vérité, les faits, c’est têtu, Marielle. La majorité des émigrants, et, parmi eux, des gens s’installant au Québec il y a très longtemps— votent contre ce pays à faire naître. En 1995, dans certaines régions, ce fut —comme lundi prochain — la quasi unanimité. Un chef indépendantiste de grand génie, serait à la place de Landry que ces gens venus d’ailleurs voterait en majorité contre son parti. Pour eux, le Québec doit rester une simple province. Et les Québécois, « une minorité » parmi les 25 autres du beau grand Canada. Nous ne formons pas une nation, même on est plus de 80% de la population.

Plus grave, parmi nous, Marielle, il y a 4 personnes sur 10 qui se disent « non » à eux-mêmes et se joignent aux anglos, à leurs assimilés, aux gens des communautés ethniques, retardant la venue du pays normal. Si nous arrivons bientôt à dés-aliéner deux seulement de ces quatre traîtres —le mot est pris objectivement ici— nous gagnerons une patrie, comme toutes les nations du monde y ont droit (ONU dixit). Finirait enfin ce « Québécois-peuple-maître-chanteur », paroles de Trudeau. Finiraient les vains maquignonnages ( Victoria, Meech etc.), les fastidieuses sempiternelles querelles. S’il est vrai que les enfants actuels des émigrants — et vive la Loi 101 !— changent un peu ce vote culturel « fatal », ils ne sont pas bien nombreux encore.

Tu te souviens de 1995 ? Les chefs des associations de communautés —grecques, italiennes, etc.— appelaient à voter « non », à l’unanimité contre notre patrie ? Ce soir où nous découvrions qu’ils ne nous manquaient que quelques milliers de votes pour accéder enfin à un pays, Parizeau a eu tout à fait raison de blâmer deux faits têtus.

Un : « l’argent ». Nos adversaires, faisant fi des lois votées, dépensaient davantage que tout l’argent des deux camps pour cette « foire à unifolié » du Square Dominion.

Deux : « le vote ethnique ». Marielle, le mot chien ne mord pas, ces deux mots pas davantage. Ceux qui se voilent la face sont des poltrons, des mauviettes, des froussards paralysés de « rectitude politique ». Crois-moi, en 1995, le peuple devant son téléviseur —même nos « 4 colonisés sur 10 »— comprenait fort bien le diagnostic de Parizeau. Nous étions à un cheveu de la victoire. Sa déclaration était fondée. Allons, ceux qui avaient voté dans —par seul exemple— « Darcy McGee », comprenaient bien Parizeau eux aussi.

Marielle, à ce débat télévisé, Landry ne pouvait pas parler librement. « Le régiment médiatique des arroseurs d’huile sur feux » guettait. Si Landry avait eu des couilles il aurait déclaré : « Mon cher John, Parizeau parlait de façon vraie et réaliste ». Ma chérie, je te le répète, je ne me présente pas, partant je peux dire ce que je veux. L’on se tait « sur tribune » à cause d’un dévotion niaise à la statue pourrie nommée « La paix des hypocrites ». Pour des raisons variées (économiques, culturelles, sociologiques, historiques) nos émigrants —à part les juifs séréphades et beaucoup d’Haïtiens ?— sont associés à la vie à la mort aux anglos. Et donc à John Charest. Si je n’ai pas réussi à te faire changer d’humeur, au moins lundi qui vient, va pas voter pour la droite du « mariole » dumontier, ni pour « le parti des Blokes », va annuler ton vote.

Claude,

ton grand frère tombé jeune dans « soupe aux lettres » à môman-Germaine.