Lettre à ma petite sœur, Marielle

Quoi?, te voilà enragée contre l’indépendantiste Parizeau ? Tu m’annonces, dans ta « lettre de Rosemont », que tu voteras pas pour Landry à cause de lui. Écoute-moi ma petite sœur, n’étant pas candidat, je suis libre de dire publiquement ce que je veux. Toi comme moi, on connaît des « nouveaux québécois » indépendantistes. Une minorité, hélas. Lundi, « vote ethnique » en vue ? Oui. Encore. Chère ex-minidinette syndiquée, le peuple n’est pas fou —ne le méprise pas— il voit clair et n’a jamais été scandalisé par Parizeau. Ni au référendum de 1995, ni cette semaine. Ceux qui jouent les vierges offensées sont des menteurs, des langues de bois, et tous excitateurs stipendiés par leurs patrons-de-presse, ça les arrange de crier « horreur ».

La vérité, les faits, c’est têtu, Marielle. La majorité des émigrants, et, parmi eux, des gens s’installant au Québec il y a très longtemps— votent contre ce pays à faire naître. En 1995, dans certaines régions, ce fut —comme lundi prochain — la quasi unanimité. Un chef indépendantiste de grand génie, serait à la place de Landry que ces gens venus d’ailleurs voterait en majorité contre son parti. Pour eux, le Québec doit rester une simple province. Et les Québécois, « une minorité » parmi les 25 autres du beau grand Canada. Nous ne formons pas une nation, même on est plus de 80% de la population.

Plus grave, parmi nous, Marielle, il y a 4 personnes sur 10 qui se disent « non » à eux-mêmes et se joignent aux anglos, à leurs assimilés, aux gens des communautés ethniques, retardant la venue du pays normal. Si nous arrivons bientôt à dés-aliéner deux seulement de ces quatre traîtres —le mot est pris objectivement ici— nous gagnerons une patrie, comme toutes les nations du monde y ont droit (ONU dixit). Finirait enfin ce « Québécois-peuple-maître-chanteur », paroles de Trudeau. Finiraient les vains maquignonnages ( Victoria, Meech etc.), les fastidieuses sempiternelles querelles. S’il est vrai que les enfants actuels des émigrants — et vive la Loi 101 !— changent un peu ce vote culturel « fatal », ils ne sont pas bien nombreux encore.

Tu te souviens de 1995 ? Les chefs des associations de communautés —grecques, italiennes, etc.— appelaient à voter « non », à l’unanimité contre notre patrie ? Ce soir où nous découvrions qu’ils ne nous manquaient que quelques milliers de votes pour accéder enfin à un pays, Parizeau a eu tout à fait raison de blâmer deux faits têtus.

Un : « l’argent ». Nos adversaires, faisant fi des lois votées, dépensaient davantage que tout l’argent des deux camps pour cette « foire à unifolié » du Square Dominion.

Deux : « le vote ethnique ». Marielle, le mot chien ne mord pas, ces deux mots pas davantage. Ceux qui se voilent la face sont des poltrons, des mauviettes, des froussards paralysés de « rectitude politique ». Crois-moi, en 1995, le peuple devant son téléviseur —même nos « 4 colonisés sur 10 »— comprenait fort bien le diagnostic de Parizeau. Nous étions à un cheveu de la victoire. Sa déclaration était fondée. Allons, ceux qui avaient voté dans —par seul exemple— « Darcy McGee », comprenaient bien Parizeau eux aussi.

Marielle, à ce débat télévisé, Landry ne pouvait pas parler librement. « Le régiment médiatique des arroseurs d’huile sur feux » guettait. Si Landry avait eu des couilles il aurait déclaré : « Mon cher John, Parizeau parlait de façon vraie et réaliste ». Ma chérie, je te le répète, je ne me présente pas, partant je peux dire ce que je veux. L’on se tait « sur tribune » à cause d’un dévotion niaise à la statue pourrie nommée « La paix des hypocrites ». Pour des raisons variées (économiques, culturelles, sociologiques, historiques) nos émigrants —à part les juifs séréphades et beaucoup d’Haïtiens ?— sont associés à la vie à la mort aux anglos. Et donc à John Charest. Si je n’ai pas réussi à te faire changer d’humeur, au moins lundi qui vient, va pas voter pour la droite du « mariole » dumontier, ni pour « le parti des Blokes », va annuler ton vote.

Claude,

ton grand frère tombé jeune dans « soupe aux lettres » à môman-Germaine.

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