« À CHIER » NOTRE FRANÇAIS ? OUI !

Lundi sur TF-!, mardi sur TV-5, l’Ardisson en remettait. Face au sympathique Corneille-chanteur, l’animateur a crié : « Bravo de ne pas avoir pris là-bas cet accent à chier ». Choc ? Mais non, je suis d’accord.

Et Ardisson est bien bon de parler « accent » quand il ne s’agit pas d’un accent. Un accent c’est beau, celui de Provence (Pagnol), celui de certains Acadiens (Antonine Maillet), il s’agit de notre parlure, de notre langage coutumier, à Montréal. C’est en effet, « à chier ».

Je sais fort bien les racines pourries (les causes) —socio-économiques, politiques, religieuses même— de notre abominable « accent ». Nous parlons mal, je ne parle pas de notre syntaxe fragilisée. Nous n’avons pas d’oreille collectivement, on dirait. C’est un fait, accablant mais réel. Seuls les aveugles complaisants nieront la chose. Les francophones du monde entier nous comprennent mal. Pluie de « vous dites ?, comment dites-vous ? »

Il s’agit d’articulation élémentaire, de diction élémentaire. On parle mal, on parle mou, on parle pire que petit-nègre. Nous avons voulu dans les années ’60 illustrer notre parlure « du yable ». Chez Parti-Pris comme chez Michel Tremblay et ses satellites. Nous avions cru qu’avec la décolonisation (relative et pas terminée) que le mal serait endigué un jour.

Énorme déception ! En 2003 rien n’a vraiment changé. Les jeunesses du territoire s’enfoncent davantage dans la même mollesse de parler le français. C’est une honte nationale. Nous avons une parlure « à chier ». Ardisson a tout à fait raison.

Souhaitons qu’il sera le détonateur d’une volonté de nous corriger. Assez des bouches molles partout. Foin de cette niaise fierté du « mal parler » ! Si le « bon perler » d’antan menait à la diction « cul de poule », empruntait la fausse langue des mères supérieures, religieuses coincées, de jadis, le « parler normal » nous sortirait du grand ghetto « pâtes mollissantes ».

En 1980, allant enfin en France, à mon retour, questionné : « Quoi, qui, t’as frappé, le Louvre, les châteaux de la Loire, la belle Provence ? », je répondais : « le langage là-bas ». Une musique ! Partout chez les chauffeurs de taxi comme chez les éboueurs.

Lucidement, il nous faut admettre ce mal affligeant : nous parlons « à chier ». Bravo bonhomme Ardisson ! Il y a urgence. L’humble Noir francophone venu de la Côte d’Ivoire, pour seul exemple, semble un seigneur quand il ouvre la bouche. Il nous fait avoir honte de nous. C’est anormal. C’est pitoyable.

Il n’y a « aucune honte d’avoir honte… de notre…accent ! Il est à chier en effet. Des jeunes d’ici, munis d’un diplôme universitaire, souvent —très souvent hélas— s’expriment comme des démunis, comme des misérables sortis de grottes pour analphabètes, de cavernes d’ incultes. Le temps est venu de nous corriger de cet héritage nauséabond. Le Québec d’aujourd’hui, « sorti du bois », mieux instruit, plus sûr de lui économiquement, ayant fourni des preuves —ici et là, dans divers domaines— de ses réussites formidables, éclatantes parfois, mérite une population qui ouvre les yeux, qui fera cesser la frayeur imbécile de devoir (de vouloir) s’exprimer comme on s’exprime en français partout ailleurs dans le monde où l’on parle français (Belgique, Suisse, Maroc, Tunisie, Algérie et autre pays africains).

Un paysan peu instruit que j’estimais pour sa belle parlure, Ubald Proulx, pomiculteur à Saint-Joseph, parlait fort clairement, avec un accent (un vrai, lui ) formidable. Ces gens, rares, n’étaient pas pollués par la mode jargonnante actuelle. Écoutez (entrevues de télé dans la rue) bafouiller, vasouiller, borborygmer, ces étudiants (pourtant aux études secondaires, collégiales aussi). Chaque fois, avouons-le, c’est l’humiliation de constater —oui le père Ardisson— que c’est « à chier ».

Le choc de l’accusation passé — accusation fondée— (À « Tout le monde en parle » à l’indice d’écoute fantastique en francophonie), retroussons-nous les manches (les babines ?, j’aime les québécismes ). Décidons que « ca va faire », que les temps sont arrivés de joindre tous ceux qui parlent le français normalement dans l’univers. Il ne s’agit pas du tout d’accent, il s’agit d’élocution élémentaire. Notre anomalie, avec ces « on s’comprend bin ent’ nous aut’ », doit cesser maintenant. Cette sotte vantardise doit être renversée. Notre urgente conversion langagière n’empêchera jamais de forts créateurs d’illustrer —chansons, théâtre, cinéma— un monde aliéné, diminué, impuissant, englué dans les méandres appauvrissants d’un français déprimant.

Feu Georges Dor fustigeait ce mal commun avec raison, faisons en sorte que, bientôt, ces illustrations misérabililistes fassent voir le normal clivage entre les démunis du sort et ceux qui s’en débarassaient avec courage…et non plus une majorité. Le normal rayonnement du pays québécois tient de cette exigence. Dans quelques années, un invité québécois —à la télé du Maroc ou ailleurs— n’aura plus à faire des efforts pour se faire comprendre, ne passera plus pour un « demeuré » ou un « tit Coune » d’arrière-pays, Surtout, ne tiendra plus, face aux caméra de télé dans la rue, cette parlure « à chier » quand il donnera son opinion pourtant souvent éclairante. À bon entendeur…

Une réponse sur “« À CHIER » NOTRE FRANÇAIS ? OUI !”

  1. Bonjour!!
    Je viens tout juste (par pure chance)de découvrir votre texte,ça en fait un troisième,vous,Gilles Proulx et moi!!!Je passe souvent pour un pisse vinaigre!!en corrigant tout le monde,mais enfin,à chacun sa maniacquerie!!!
    Continuez svp,je suis un de vos vieux supporteurs qui vous admire depuis longtemps!!!
    Je vous voyais souvent attablé entrain de siroté un verre de vin,tout en gesticulant,comme dans un genre de cul de sac,rue Beaudry ou Visitation genre,pas certain et je n’est jamais osé vous abordé!!!
    Merci de votre droiture
    Bien à vous
    Gérard Letendre
    Veuillez excusé mes tournures de phrases!!comme ont par icitte,chu pas parfait!!!

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