FUMISTERIE ? IMPOSTURE ?

Publier un roman où l’on entendrait gémir le fis de…Jacques-Cartier, disons en héritier bafoué et abandonné, ça vous dirait ? Ça se fait ça ? Ou bien sur un « favori » du Sieur de Frontenac ? Ou encore faire jaser la servante du père Labelle, curé du Nord ? Ou quoi encore ? Inventer tout un dialogue (imaginaire)à propos de la gardienne des enfants, subornée par Henri Bourassa. Ou bien révéler les fantasmes honteux du secrétaire de l’abbé Lionel Groulx. Un mode qui me pue au nez.

Nicole Fyfe-Martel, chez Hurtubise-HMH, nous raconte, en détails, les débats intimes de l’existence de l’épouse de Champlain, Hélène Boulé, épousée à 14 ans ! En 704 pages si-ou-pla ! « Une fabulation romanesque », dit le critique du Devoir, Chartrand. Il y aura « une suite », dit-il. Il ne broche pas sur le procédé s’il n’a pas trop apprécié ce roman où la dame fait du Samuel de Champlain, fondateur de la colonie, personnage historique, un cocu (!) et, de cette jeune épouse délaissée une libertine —l’amant est nommé Ludovic Ferras— pas trop culpabilisée. Et la voilà l’Hélène en féministe (au 17 ième siècle !) à part ça ! Imposture, fumisterie ?

Micheline La chance pour son livre à succès sur l’épouse de Papineau, avait scruté les lettres de celle-ci. On peut imaginer qu’elle a gardé le vrai ton, et qu’elle a respecté les événements d’autre part. Avec ce soi-disant roman historique —mode répandue— « Hélène de Champlain », qui vécut quatre petites années avec son vieux mari à Québec et finira ses jour en France dans un couvent, on nage dans le mensonge total. Son critique, hélas pour elle, dit que « l’on s’égare en une Bretagne moyenâgiste, …et que l’on y trouve de nombreux anachronismes ». Oh, oh !, « qu’elle ne sait pas non plus où mettre des virgules ». Il ne dénonce pas autrement le procédé ! Je n’en reviens pas.

Max Gallo, pondeur frénétique de « romans historiques » s’en tient, lui, aux faits colligés par les historiens patentés mais je n’arrive jamais à gober ses dialogues mensongers forcément; il n’était pas aux côtés du Napoléon Bonaparte, saigneur effroyable des jeunesses françaises.

Que dirait-on si un auteur, du vivant de son personnage, faisait parler, faussement forcément, un Michel Tremblay ou un Robert Charlebois, voire un Brian Mulroney ou un Jean Chrétien ? Des cris de protestation fuseraient, non ? Alors on choisit un mort, bien mort, depuis longtemps, et bang ! on lui invente pensées et paroles.

Mode ? On choisit non pas un héros reconnu mais son épouse totalement inconnue, ou son serviteur ou sa maîtresse. Non mais… Ainsi on accroche (bonjour la remorque payante !) son ouvrage à la locomotive, c’est bon pour les ventes.

L’« Autre », l’ombre-derrière-la-vedette, le héros reconnu, devient le pivot d’un récit falsifié. On attire les gogos ainsi. On fera (on a fait ?) un film sur le thérapeute de X, sur la nanny de Y, sur le valet de Y ! Ça pue le clinquant, le truc, non ?

L’écrivain géant (Albert Camus) peut imaginer « son » Caligula, certes. Puisque nous n’avons aucun document sur ses façons de parler dans la Rome antique. Mais le jeu est clair et franc, c’est une création littéraire, symbolique aussi. Imaginative. Les dés camusiens sont clairs.

Il en va ainsi pour les monarques du génial dramaturge Shakespeare; ou les héros de l’antiquité chez Corneille ou chez Racine. On se sait devant de « la littérature ». Ces grands héros sont des prototypes éclatants sur les scènes. Mais raconter cette Hélène inconnue et « en féministe » ! Cette histoire d’émancipation inventée, oui, de l’imposture chez une militante du « combat des femmes » .

J’ai publié —et donc fait parler— Maurice Duplessis (« Le patriarche bleu… », chez Lanctôt éditeur) mais seulement après avoir lu attentivement les grosses biographies de Robert Rumilly et de Conrad Blake. Et « la mince » de Jean Paré-traducteur. Tout y est vraisemblable, plausible (son infirmité au pénis comme sa maîtresse discrète à Montréal).

On savait beaucoup de chose sur notre despote catholique et tyrannique conservateur. On ne savait rien sur cette Hélène Boulé. Pas grave, l’auteure (Fyfe-Martel) décide de lui « organiser » toute une existence; gratuitement et vainement à mon avis. Un ouvrage stérile au coton, non ?

À qui le tour donc ?, car cette mode des faux romans historiques n’est pas à la veille de s’éteindre sans doute. Pensez- donc, si on pouvait commérer sur d’autres inconnu(e)s dont l’unique intérêt et d’avoir été dans l’ombre d’une grande personnalité. Qui va inventer « une vie » à l’épouse de Washington ou d’Honoré Mercier ? À la maîtresse Noire de Lincoln (c’est fait déjà peut-être ?), au valet de pied de Churchill ou à la foldingue groupie (rapprochons-nous des modernes) de Félix Leclerc, de Ferland, de… Je dis n’importe quoi puisque ces auteur(e)s imaginent n’importe quoi.

Si… moi mort depuis longtemps —en 2095— une de ces marchandes de livres s’avisait de « faire parler », de faire dire (et vivre) n’importe quoi à mon Aile bien-aimée, je sortirai de mon tombeau, je le jure, pour lui arracher les orteils, et la langue et les yeux, et les doigts (au clavier) surtout, alouette ! Vous voilà prévenu(e)s, marchand(e)s de soupes indigestes ?

6 réponses sur “FUMISTERIE ? IMPOSTURE ?”

  1. Bonjour monsieur Jasmin,

    J’ai fait lecture de votre critique littéraire de madame Nicole Fyfe Martel et je vous trouve injuste en son endroit.

    D’abord, permettez-moi de vous souligner que le type de livre qu’elle a écrit est un ROMAN avec quelques faits historiques et non pas une biographie de Hélène de Champlain.

    De plus, ce roman à saveur historique a été un grand délice pour mon esprit et a suscité un intérêt pour en connaître un peu plus sur cette dame de Champlain.

    J’attends avec grande impatience les deux autres tomes du même auteure.

    Merci de prendre le temps de considérer ma critique et recevez mes meilleures voeux pour la nouvelle année 2005.

  2. Bonjour M. Jamin,
    Lorsque j’ai vu ce livre de Madame de Champlain je pensais trouver un roman avec beaucoup de faits véridiques. Je me suis fourvoyée et je suis très déçue aussi. J’adore lire l’histoire sous forme de roman mais la vraie. Je vous approuve quand vous dites que ce livre est féministe. Je ne pensais pas trouver ce genre d’histoire sur la femme de M. de Champlain, j’aurais apprécié lire plus sur les coutumes du temps. Bien à vous Johanne.

  3. Monsieur,
    Je n’ai qu’une question pour vous: avez-vous lu ce roman?? Si c’est le cas, et je l’espère, vous avez certainement remarqué l’impressionannte bibliographie qui s’y retrouve. Il est clair que l’auteure a étudié les personnages et l’époque en écrivant son ROMAN. De plus, je remarquerai qu’il existe plusieurs courants idéologiques dans l’analyse que font les historiens de l’Histoire, ce qui implique que toutes les versions de tous les faits ont toujours été teintées de la vision propre d’un auteur ou d’un autre. Cela dit, l’oeuvre de Mme Fyfe-Martel ne tient pas d’un manuel d’histoire, mais bien du roman. Et c’est par ce mélange de fiction et d’histoire que j’accorde toute l’intelligence qui revient au concept de ce roman. Personnellement, je le préfère à ces histoires de monstres et de sorciers, mais à cela ne tienne que la question des goûts. Pour terminer, je tiens à vous signaler que ce n’est pas parce que les historiens n’ont pas sacré la vie de femmes, d’enfants, d’artistes, de vieillards, etc. que l’oeuvre de leurs vies est moins importantes que celles de tous ces grands personnages dont on entend inlassablement parler.

  4. Passionnée d’Histoire et particulièrement de ce qu’on nomme Petite Histoire, je suis de ces gogos, comme vous les catégorisez si poliment, que la lecture d’Hélène de Champlain (2 vol.) a ravis. Moi, je savais dès le départ que j’entreprenais la lecture d’un roman historique ce qui ne semble pas être votre cas vu l’étonnement explosif que vous extériorisez sur le web.
    Les gogos, eux, ont bien saisi que la liaison d’Hélène Boullé et les dialogues créés par Nicole Fyfe-Martel justifient le genre littéraire de cette œuvre; par contre qualifier ce roman d’historique est particulièrement justifié par quiconque a pris note de la bibliographie listant 61 volumes + les 4 documents notariés. En prendre note et surtout la consulter ou en connaître déjà l’excellence aident beaucoup à porter des jugements justes et objectifs.
    Ce sont là les toutes premières pages que, moi, je consulte avant d’attaquer tout livre d’histoire. Il appert que vous n’avez pas ce souci. Comme ne semble pas l’avoir celui que vous citez comme le critique du Le Devoir !
    Si donc vous aviez fait confiance dans les sources bibliographiques de l’auteure, vous auriez appris 1) que Samuel de Champlain a épousé une enfant de 13 ans (et non de 14 ans) pour sa dot, comme cela se faisait très fréquemment à l’époque
    2) qu’à cette même époque les très jeunes filles étaient mariées à des hommes de 40 ans (des vieillards au XVIIe s.), que l’alternative à la liaison était la prise de voile.
    3) que le féminisme existait au XVIe et XVIIe siècle( et même plus tôt) avant que le terme ne soit inventé: la recherche historique vous apprendrait que les femmes étaient soumises à la volonté du père et que pour éviter le mariage ou le re-mariage, forcés dans les 2 cas, elles se précipitaient au cloître! stratégie féministe différente de celle que l’on pratique aujourd’hui, je le reconnais…
    4) que Hélène Boullé de Champlain a bel et bien fini sa vie comme religieuse de l’Ordre des Ursulines!
    5) que presque tous les personnages mis en scène par l’auteure sont inscrits dans la liste des témoins au contrat de mariage de Samuel de Champlain et d’Hélène Boullé, citée dans le livre numérisé d’Henri Bourde de la Rogerie : Hélène Boullé femme de Samuel de Champlain, extrait des mémoires de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine , tome LXIII [www.ourroots.ca/f/viewpages.asp?ID=386194&size=2]

    Incidemment, toute femme qui reste fidèle à un grand amour de jeunesse n’est pas une gourgandine! Vous auriez donc publié une biographie de Maurice Duplessis après n’avoir lu que 3 livres !!! dont l’un par Conrad Black (et non Blake, comme vous l’orthographiez…) Décidément…

    Margo Gouin

  5. Je suis en partie d’accord avec votre critique car je conçois mal qu’on puisse trafiquer la vie de personnages qui ont bel et bien existé même s’il s’agit d’un roman historique. J’ai lu avec attention les deux tomes portant sur Hélène de Champlain et j’avais de la difficulté à démêler le vrai du faux et pourtant je connais bien l’histoire de la Nouvelle-France et l’influence déterminante de Samuel de Champlain. J’ai lu l’oeuvre de Champlain dans son entier et je m’étais fait une idée du personnage qui ne correspond pas vraiment à la description qu’en faisait Mme Fyfe Martel même si plusieurs éléments du personnage étaient exacts. Je pense que si on veut écrire un roman historique il serait correct de ne pas dénaturer les faits et de ne pas faire dire ou faire à des personnages réels ce qu’on sait qu’il n’aurait jamais dit ou fait. Il est possible d’écrire un roman historique en respectant l’histoire et la vie des personnages tout en y intégrant des personnages sortis de l’imagination de l’auteur et à qui il est possible de faire dire tout ce que voudra l’auteur. Cependant je sais qu’il est admis qu’on puisse faire dire n’importe quoi à n’importe qui sous prétexte qu’il s’agit d’un roman. Je pense que chaque auteur (e) devrait avoir une conscience historique.

  6. Bonjour,

    Je trouve votre critique du livre très injuste! Ce livre est un roman avec des faits historiques. On ne parle pas ici de biographie complète. Si seulement vous auriez pris le temps de bien le lire et l’apprécier…

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