« PETIT EST BEAU AUSSI ». (Small is…).

La défroquée du patriotisme, Lysiane Gagnon (La Presse), accusait, véhémente, il y a pas longtemps, les indépendantistes d’être tous « pour les fusions ». Se croyant bien moqueuse elle se scandalisait : voyons, ces séparatistes changés en « fusionneurs » à tout crin sont des contradictoires, des vire-capot ? Ils sont « contre » le grand Canada mais « pour » les grandes villes. Hon !

Elle se projetait, convaincue de cette unanimité, je vais la faire enrager : je suis plutôt « contre ». Suis-je le seul ? J’en douterais.

Les sbires conseillers —dans la Vieille Capitale— opérant ce vaste « forcing » sont des bureaucrates, des amateurs de grosses patentes à gérer. Ne jamais oublier cela : derrière nos élus, une vaste armée de fonctionnaires (sous-ministres et dessous de sous-ministre !) ont un « hénaurme » pouvoir et veulent grossir davantage.

« Tout ce qui grossit pourrit », dit l’adage. Comparez l’église formidable des premiers chrétiens avec la grosse patente qu’elle était devenue, par simple exemple. Donc, à Québec, une entropie qui les favorise, ces hordes de valets stipendiés. Ils dénichèrent —car ils ont un « appareil » bureaucratique tout puissant— des avantages aux « grandes villes » artificielles. De vrais ? Sans doute. Les désavantages ? Motus et bouche cousue.

Or, moi, je sais la chaleur d’un village quand tu peux t’adresser à ton maire, que tu connais, que tu croises dans la rue pour lui parler entre quatre yeux. Quand je vivais à Outremont ? Même chaleur. Une promiscuité admirable. Jérôme Unterberg, notre amical maire d’alors, circulait volontiers parmi ses commettants. Un soir, à une terrasse : « Salut Jasmin, on sait bien, je suppose que tu es « pour » la Grande ville ? » Sa surprise quand je lui dis : « Mon cher, Outremont, c’est encore trop grand. On devrait couper ça au moins en deux. Il y a le « haut » et ses crésus, « le bas », chez nous, et ses travailleurs ». Il quitta « La Moulerie » plutôt étonné !

Maintenant —y ayant encore un petit pied-à-terre bien taxé— je ne sais pas même le nom de ce « président », chef de l’Arrondissement. Et si tu veux jaser d’un petit problème avec ton Hôtel-de-Ville, il y a une répondeuse mécanisée (aimable et distante) qui te dira de prendre rendez-vous avec la secrétaire du secrétaire…

Tenez, j’aurais aimé que mon cher Villeray soit une petite ville, il y aurait eu des contacts directs, fréquents, des avantages « humains » pouvant faire de Villeray un village si étonnant. Chaque fois que (la jeune et neuve « Maisonneuve », par exemple) des administrateurs vacillaient en budgets mal faits c’était : « Au secours, la Grosse, avalez-nous et vite ! » Solution bien conne, non ?

Voilà miss Gagnon ce que je voulais vous dire. Le gouvernement est toujours là, à Québec —avec tous nos élus régionaux — pour voir aux griefs de ses villes. Qu’elles soient 200 ou 500 ça ne changeait pas grand chose et c’était très bien ainsi.

En haut, cette « centrale » nécessaire pour harmoniser les problèmes, arbitrer les litiges et en bas pourquoi pas mille ou dix mille villes et villages ? Le monde rationnel des comptables, des fiscalistes aime les immenses chantiers-à-taxes.

Une petite ville, un village, de plus ou de moins, ça dérange qui ? Les mégalomane à cœur de pierre. Ça enrage les faiseurs de normes identiques, les pondeurs de formulaires tous semblables. Les niveleurs. Les équarisseurs-pour-tous. Je hais ces organisateurs de l’uniformisme pour commodités-de-contrôle (ah, le contrôle !) au fond, ils ne l’avoueront jamais ces hommes fats « in grey flanel suit », à cellulaire et à attaché-case à verrous codés.

L’important c’est ces précieux liens entre, d’une part, les citoyens d’une petite ville ou d’un gros village (comme Sainte-Adèle) et, d’autre part, ce modeste pouvoir local. Que l’on peut joindre facilement, rapidement. Identifiable. À visage humain. La « qualité de la vie » c’est un tas de choses, c’est aussi cette relation directe entre les contribuables-à–taxes-municipales et un magistrat (ou une) visible, connu.

On peut vouloir, pauvre Lysiane, un pays — vouloir donc « défusionner » ce machin centralisateur (à Ottawa) qui veut nous diluer— et vouloir du même souffle que perdurent les anciennes agglomérations conviviales et modestes. Ô niaise, tu devrais pas mettre dans un panier qui fait ton affaire tous les indépendantistes avec tous les pro-fusionneurs ». Bien compris, Gagnon, nonoune fédéraste ? Tiens-toi le pour dit.

p.s. certes quand certaines petites villes du « west-island », au fond des ghettos anglos, refusent la moindre union par dédain, par racisme, par francophobie surtout, c’est toute une autre histoire qui a…

À voir justement avec « un mur berlinois » antique et révolu.

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