VAL-DAVID SUR MÉDIAS.

Nous roulions une fois de plus sur notre très chère piste cyclable « du p’tit train du Nord » ce matin-là. Oh, deux camions à antennes. La télé en Laurentides ! Ah, des cars de radio. Petite foule de badauds impuissants. Val David fera « la une ». Police. Pompiers. Dociles outils des autorités autoritaires On décampe, ouste, dehors les pauvres ! Place à un parking à touristes !

En ce même temps, au Parc Lafontaine, camping sauvage de protestataires. Même cause. Chahut intolérable. Encore la police. Les matraquespour faire taire les « engagés ». Décampez « les malotrus » chantés par Brassens !

En ce début de nouveau siècle, rien ne changera donc ? Jeunes candides, nous avions cru au progrès social : des logis pour les gens modestes. Des maisons convenables pour ceux qui n’ont pas eu la chance de s’instruire, pour les démunis.

Les temps changent…pas pour le mieux.

Les proprios de terrains, les développeurs, les entrepreneurs n’ont aucun sens social désormais ?

J’avais lu que l’on installait des quartiers entiers, jadis, pour tous ces travailleurs venus des campagnes désertées qui venaient bosser « en ville ». Les années ’20, les années ’30. Mon Villeray natal, pour seul exemple, s’ouvrait en rues nombreuses, en logis modestes nombreux. Maisons tassées. En rangées. Pas bien vastes, il est vrai mais qui pouvaient se louer à un prix raisonnable. Filées de « deuxièmes étages », de « troisièmes étages », avec balcons, avec galeries et remises (nos hangars) en arrière. Avec ces escaliers en tire-bouchon qui étonnent tant les visiteurs d’Europe.

Que s’est-il passé ? Pourquoi donc ne plus jamais penser à tous ces gens aux salaires modestes, aux revenus chétifs ?

« Le monde est devenu dur », aurait dit le peintre Borduas en mourant. Si vrai. Nul ne s’oppose aux spéculateurs, aux ambitieux, aux assoiffés de profits rapides. Il y aura toujours parmi nous des amateurs frénétiques en arrivisme. Place aux chics condos. Place aux piscines chauffées. Mais, merde, jamais un peu de place pour des logis sociaux ?

Le bât blesse cruellement en ce monde de « sans-coeur ».

Nos élus —aux trois paliers de gouvernement— sont-ils tous des rapaces, les bons copains des entrepreneurs voraces?

Plein de jeunesses aux premiers salaires (pas bien costauds) ont besoin d’une petite maison au loyer abordable. En 1952, jeune marié, modeste salarié aux parcs de Montréal, j’ai habité un des « troisième étage » —un « quatre pièces »— avec balcon juché dans le ciel et une « vue imprenable » sur la Casa Italia de la rue Jean-Talon. Huit ans plus tard, je me dénichais un « loyer », un « bas », pas bien cher, rue du Sacré-Coeur près de la rue Fleury. Adultes installés, tous, nous pouvons raconter de ces pèlerinages normaux quand on débute dans la vie.

Clair : désormais les constructeurs n’installent la « pépine » que pour l’édification de maisons coûteuses. Anormalité puante. Un monde de la construction sans aucune conscience sociale ?

Quand est-ce qu’un maire (à Val David ou ailleurs), un député (de Val-David ou d’ailleurs), entrera en bagarre pour voir l’installation de logis sociaux ? En « campagnes » ils font des promesses floues, vagues et puis, élus… silence ! Attentes. Ils n’en ont donc que pour la classe petite-bourgeoise ? Que pour les villégiateurs, les vacanciers « aux gros moyes » ?

On dit souvent que l’on peut juger un lieu, une ville, par l’état de ses hôpitaux, de ses prisons aussi. Ah oui, on devrait aussi pouvoir juger de la conscience sociale des élus par le nombre de logis abordables.

Le maire Tremblay assure (rassure !) les militants du Frapru que le problème est sur la planche…à plancher ! On va guetter l’évolution de ce dossier chaud. Dans les Laurentides, à une autre échelle certes, il faut de toute urgence de ces bâtiments essentiels à toute communauté qui a du cœur. Sans jolie cheminée à manteau menuisé, sans véranda suspendue, sans piscine, sans aucune serre ou jardin d’hiver. Juste un logis ordinaire, pouvant se louer à un prix en accord avec le salaire de ceux qui débutent dans la vie. Aussi de ceux, malchanceux, qui sont sans grand horizon financier pour mille raisons qu’il serait facile d’énumérer.

Il y a des aînés mal pris, démunis. Il y a aussi, pas moins souvent, souvent un, deux jeunes enfants dans ces jeunes ménages, ils ont le droit d’habiter un local qui a du bon sens. Ces citoyens à part entière sont toujours oubliés. Ici, dans nos vastes espaces tant chantés par les « pages à tourisme » nous découvrons soudain la misère des mal logés. Nous ne parlons pas de luxe, nous parlons de besoins élémentaires, vitaux : d’abord pouvoir se nourrir, puis pouvoir se vêtir, enfin se loger convenablement.

Avant de démolir des maisons douteuses, prévoir, m’sieur le maire, de bâtir des maisons pour tous ceux que l’on dit « à faibles revenus ». Avant d’appeler la police, les pompiers et tout le tintouin d’autorité, faire ériger des logis à bon marché. Cela se nomme la civilisation.

Hâte de visiter, comme chaque année à Val-David, l’expo en cours, aux « mille et une » céramiques, j’irai avec un sombre nuage sur le cœur : la démolition sans remplacement par de neuves petites maisons « pas cher ». Honte à vous tous : les élus sans conscience sociale !

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