L’ART NOUVEAU DES FAUSSAIRES ?

M. le Rédacteur,

Je n’arrive pas à comprendre pourquoi deux de vos rédacteurs —recenseurs de livres en cahier-lecture— ne s’insurgent pas du tout face aux inventions scripturaires quand ils lisent des « machins » à « façade historique ».

Votre chroniqueur Norbert Spehmer mentionne bien, mais sans le blâmer, que Robert Littell mélange fictions et vérités dans son histoire de la CIA, titrée « LA COMPAGNIE ». Il y a là un processus étrange, non ? Ainsi, Mario Dufresne, même cahier, accepte volontiers lui aussi cette vie d’ « Hélène de Champlain » ( titre du livre de Nicole Fyfe-Martel) quand il s’agit d’une fiction totale puisque personne ne sait rien de l’épouse de Samuel. Votre recenseur se dit très agacé par les bluettes arlequinistes de cette fausse-biographie mais ne reproche point l’imposture de nous narrer une « fausse vie » de cette Hélène inconnue.

Combien de lecteurs, comme moi, refusent ce genre (une mode ) où l’on installe des « inventions » au beau milieu d’un récit qui ose prendre les couleurs de l’historicité, qui se réclame (pub) comme « ouvrage d’histoire ». Maudit soit cette vogue ! Des auteurs, fuyant le « roman » par crainte de mévente, se réfugie donc sans vergogne dans une manière (la fiction au secours des faits) qui relève de la fumisterie. Ces écrivains se servent d’un nom connu (l’épouse d’un héros) ou d’une institution célèbre (la CIA) pour capturer un lectorat candide.

Je viens de lire « Qui a tué Daniel Pearl » et « Stalingrad », deux bouquins fascinants qui, eux, racontent la vérité. Ceux qui oseront, un jour, insérer des faussetés romanesques dans ces deux récits scrupuleusement historiques, portent un nom —n’ayons pas peur des mots, des faussaires.

17 août 2003

Claude Jasmin

Sainte-Adèle

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