Courage Mimi !

Ne craignez rien, nos chroniques (à ACCÈS-LAURENTIDES) ne sont pas faites pour répliquer les uns aux autres. Mais là ! Ayant lu, ici, les dernières « humeurs » de Mimi — « l’école, une dictature, foin des vêtements, faut la qualité du français »— je n’en pouvais plus. Mimi, courage ! Sachez que nous sommes nombreux à affirmer que vous pratiquez « le plus beau métier du monde ». Le plus important : instruire des enfants. Une certaine grogne ne doit pas trop vous instabiliser. En effet, Mimi, au lieu de brailler en médias, des parents devraient mieux s’intéresser à leurs écoles, participer plus activement aux réunions-de-parents.

Sachez aussi, Mimi, que des enfants grandis garderont longtemps dans leurs cœurs le souvenir d’un (e) bon prof. Je n’ai jamais oublié « monsieur » Gérard Saindon, modeste prof de 4 ième année à mon école de la rue De Gaspé. Un animateur rare, qui aimait ses petits écoliers sans laxisme. Il nous faisait fêter la St-Valentin comme l’Halloween avec intelligence. Rigueur et bonne humeur sont compatibles, vous avez raison. Ni n’oublierai le prof Roland Piquette, au secondaire (à Grasset), qui adorait son métier. Ni, plus tard encore, ce Louis Archambault, prof de céramique émérite.

Adulte, j’ai enseigné en pigiste durant trois ans, —1963-1966— à l’Institut des arts appliqués —devenu « design » au Cégep du Vieux. J’ai adoré ce métier et voulant le pratiquer en devenant permanent, la direction m’expliqua que je perdrais de bons revenus par rapport à mon job du temps. Décorateur de télé, un métier pas si important, c’était bien mieux rémunéré ! J’en fus assez scandalisé.

Daniel mon fils, se recyclant de « cinéma », avec un neuf bac en pédagogie, tâta de ce métier indispensable dans une polyvalente —cours secondaire— proche de Repentigny. « Un cauchemar », me disait-il. Deux ou trois délinquants dans une classe devaient le changer en gendarme. « Je n’ai rien d’une police, papa, je préfère changer de job » ! J’en fus atterré. Les critiqueurs du « beau métier » avec les « en congé tout l’été ! », ignorent la dépense d’énergie nécessaire dans cette pratique si délicate. Métier qui contient ses folles et ses fous, telle cette dangereuse ignare, prof à Terrebonne (La Presse) avec son cours sur masturbation et bestialité. Il y a des désaxé (e) s partout certes. Telle cette Monique Lamarre défendant l’horreur télégénique à Têtes@Kat, série déboussolée offerte aux ados de Radio-Canada à 16h de l’après-midi (La Presse encore).

Dérapages-jeunesse graves et rares, Dieu merci !

Mimi Legault était sonnée face aux plaintes folichonnes nous illustrant des parents-rois surprotégeant leurs enfants-rois. Des parents qui comprennent la célèbre Françoise Dolto de travers ? Elle enseignait le respect dû aux petits mais ce respect est une notion claire pourtant et si on aime vraiment ses enfants. On doit admettre qu’il faut lui inculquer le plus tôt possible le respect de l’autorité des profs. Ce parent complaisant, aveuglé, qui accable l’enseignant (e) de son enfant, va payer rapidement car il récoltera cette anarchie idiote, se fera bafouer à son tour, une fois l’enfant un peu grandi. À une mère (chialeuse) ulcérée —« mon enfant déteste sa prof »— Dolto lui dira : « Madame, votre enfant n’a pas nécessairement à aimer son prof qui est là pour lui apprendre à apprendre, pas pour le cajoler ».

Courage Mimi, les temps changent, nombreuses viennent les générations nouvelles qui ont envie d’une école vraie, solide, sérieuse. Le temps du free for all s’achève, maintenant on en voit plus souvent les signes annonciateurs. Votre rôle de bouc émissaire, « pour tout et n’importe quoi » qui va tout croche, a assez duré. Vous êtes les dernières victimes d’un retour du balancier puisqu’il faut admettre que l’école fut trop longtemps une sotte prison avec la strap, l’ultra-discipline insensée. Une lamentable pédagogie déviée de ses buts fondamentaux.

Les baby-boomers ont jeté le bébé avec l’eau putride de ces sales bains d’antan. Mais désormais le bon sens va régner :l’école ne peut être un perpétuel jardin d’enfant. Si la femme est l’avenir de l’homme (Aragon), l’école est l’avenir des jeunes êtes humains.

Je viens de lire le troublant « L’aube du désert », (Albin Michel éditeur) écrit par le mannequin célèbre, Waris Dirie. Exilée à New-York mais revenant dans sa Somalie de détresse. Dirie y raconte une misérable école à toit de tôle, ouverte aux quatre vents, en pleine brousse, quand il manque de crayon, de papier, de livres… De tout. Effaré, je lisais le bonheur total des écoliers dépenaillés fous de joie pour, comme ardoise, un pauvre morceau de bois peint en noir. Faudrait-il fermer nos écoles un an, deux ans ?, afin que l’on puisse mieux voir notre chance à tous. Oui, Mimi, vous faites le plus beau métier du monde, n’écoutez pas les piques coutumières, les classiques et niais horions-aux- enseignants. Les parents braillards, vous le disiez, sont peu nombreux. Laissons aboyer, passera la si belle caravane des petites maîtresses d’école.

Une haine chasse l’autre ?

PAS UN SOU À GAGNER ?

Eh b’en ! Les temps sont-ils venus pour un changement de la garde ? La haine des Juifs serait passé-date ? Voici la haine des Arabes. L’ancien communiste français, Alex Adler, est venu à Montréal nous parler d’une France antisémite, avec plein d’intellectuels vouant aux gémonies les sémites odieux. « Les élites françaises, dit Adler, restent muettes quand des radicaux bombardent une synagogue de Paris ». L’invité de « Québec-Israël » a montré une carte dégeulasse : « La gauche française, dit-il, va finir par réaliser qu’il n’y a pas un sou à aller chercher dans le monde arabe (…) en pleine perdition » (voir le captivant reportage de L.-J. Perrault, La Presse, 21/ 9/03).

Comme si la gauche parisienne calculait quel profit tirer d’une défense idéologique quelle qu’elle soit. Projection de la propre mentalité de M. Adler ?

DANTEC : UN FÊLÉ DU COCO ?

À cette conférence publique, un digne successeur « des fêlés du coco », Maurice Dantec, l’ouvrit pour jouer le prophète de grand malheur. Savez-vous quoi ? « En France, des groupes violents se préparent à mettre dehors le extrémistes islamistes ». Une armée souterraine, paraît-il. À soir on fait peur au monde, le Maurice ? Et les médias là-dedans, nouveau bouc émissaire à la mode ces temps-ci ? M. Adler répond qu’ils sont devenus, hélas, arabophiles. Avec propagande anti-Israël permanente. À judéophobie grandissante. Les pro-arabes sont des pervers.

Seigneur, n’en jetez plus, monsieur Adler !

M. Adler espérant un virage, le Dantec —se proclamant guerrier (!) chrétien (!) et sioniste— l’ouvre en période de questions : « Cet optimiste est une erreur. Les filles, à Paris, n’osent plus sortir des maisons en certains quartiers. Mais, horresco referens, des forces (!) s’apprêtent à rétablir l’ordre (!). Law and order, l’anarchiste ? Le Maurice a déjà publié sur ce qu’il nomme « la menace hitléro-musulmane ». Banaliser ainsi le nazisme, faut le faire. Il causait de « la haine sans limites de tueurs fanatiques », les beurs ? Les émigrants du Maghreb ? Tous les Arabes ? Les Palestiniens seulement ?

UN RACISME CHASSERA L’AUTRE !

Bref, enseignons la haine de l’Arabe succédant à la haine du Juif. Les Arabes c’est de la vermine, M. Dantec ? Lawrence d’Arabie était un idiot ? Une civilisation naguère éblouissante dans toute la méditerranée, c’est de la crotte ? Une culture qui englobait, non seulement la philosophie et les arts —des Arabes traduisaient, les premiers, les philosophes grecs— les mathématiques, l’astrologie, c’est du pipi de chat ?

À ce guerrier souterrain, tiens, je préfère le Bill Clinton, qui, à Srebrenica —là où les Serbes assassinaient les Musulmans— assista samedi ceux qui enterraient leurs morts tout en prêchant la réconciliation. Que ce piteux « chrétien-sioniste » s’en aille travailler comme cimentier aux murs colonialistes en Cisjordanie. C’est sa place.

claudejasmin@citenet.net

22 septembre 2003

L’ERREUR BOMBARDIÈRE

Nous devons encourager les décideurs du « Point » à présenter davantage de ces savoureux débats polémiques. « La critique est le sang de la pensée », Valéry. L’erreur à Radio-Canada, lors de ce débat « mariage des homos », est d’avoir mis une personne célèbre, de grande notoriété, expérimentée, habile en dialectique, face à un inconnu sans guère d’expérience en la matière. C’était injuste pour Louis Godbout. Il aurait fallu, pour seul exemple, lui opposer un Richard Martineau (pro-mariage gay). À part ce vice-de-forme, les altercations télédiffusées sont une sacrée bonne idée. Denise Bombardier, politisée, à la pensée fort bien structurée, pas responsable du choix du débater qu’on lui opposait n’avait pas à retenir son cheval, ni son épée. Elle a très bien fait. Certains observateurs, s’ identifiant à la victime, manifestent un mécontentement agressif contre l’habile meneuse de diatribes. Un correspondant du Devoir, G. Dion, va jusqu’à jouer d’amalgame et lui reproche d’avoir attaqué (chez Pivot) l’écoeurant suborneur de mineures avoué, G. Matzneff, disparu du paysage médiatique depuis.

Un show, ces débats, dit-on ? Oui et ils sont trop rares. Ils nous changent de tant de shows télévisés aux contenus si vains et si niais, si vides. Denise Bombardier n’a nul besoin de défenseurs, je le sais, mais comment laisser passer des attaques sournoises venues de jaloux imbéciles qui n’aiment pas son franc-parler, sa lutte contre la Rectitude politique des couards et l’odieuse langue de bois. D’accord ou pas avec ses positions idéologiques, Denise Bombardier ne laisse personne indifférent, c’est peu dire. L’envie est sale conseillère et la tentation québécoise de toujours diffamer nos grandes gueules nuira toujours à l’expression libre des opinions.

J’en profite pour faire remarquer que Paul Martin, très probable futur Premier ministre, déclarait à la télé récemment que la québécoise « loi-Bégin » sur l’union civile de conjoints homosexuels mériterait seulement quelques améliorations. Espérons qu’il examinera aussi le PACS (Pacte civil de solidarité) , en France, qui a su, lui, éviter les actuels débats stériles. Et vive la polémique !

Claude Jasmin

Sainte-Adèle

22 septembre 2003

Le snobisme ?

Ça ne cessera jamais ? Hier, encore entendu cette scie à la radio : « On va bien voir les snobs intellos d’Outremont-ma-chère s’exprimer là-dessus ». D’où peut bien venir cette hargne, comme fatidique ? Comment riposter à ces préjugés ? On entendra : « Hochelaga-Maisonneuve, cette misérable zone sinistrée ». Il y a plein de bons petits bourgeois confortablement installés dans ce joli quartier montréalais, non ? Nous installant une résidence secondaire à Sainte-Adèle, une camarade me fait : « Faites très attention, c’est une place de pégrieux, chaque année, on découvre un cadavre de la maffe dans ses rues; c’est le spot des Cotroni et Cie ». Allons il y a plein de bons catholiques en ce village laurentien ! Certains aiment les clichés, faut croire.

Maman, née rue Ropery, à Pointe Saint-Charles, fut adolescente dans la modeste rue Hutchison, à Outremont. Mère, elle devint très fière de Villeray. Enfants nous l’entendions se « gourmer » avec affectation au téléphone : « Viens-nous voir, chère, nous habitons le boulevard Saint-Denis ». Papa, fils de cultivateur de Saint-Laurent —Rang du Bois-Franc— se moquait d’elle : « Fais donc pas ta fraîche Germaine ». Inouïe, elle me dira : « Pourquoi vas-tu rôder en bicycle rue Mont-Royal ? C’est commun par là. Si tu te cherches une blonde, va pédaler à Ahuntsic, c’est plusse de notre monde ».

Michel Tremblay du Plateau raconta que sa mère, elle aussi, interdisait de descendre en bas Sherbrooke : « Trop commun » ! Snobisme amusant, non ? En bas de Sherbrooke ?, feu mon éditeur Yves Dubé, frère de Marcel, vivant dans le « Faubourg à mélasse » (rue Logan) me confiait l’interdiction maternelle —elle aussi ?— d’aller au sud. Dans ce dangereux « Faubourg Saint-Laurent », hélas, sauvagement démoli quand Radio-Canada s’y installa. Il y a toujours plus « commun » avec du monde cheap. Le romancier André Langevin (lire son étonnant « Une chaîne dans le parc ») y fut en ce damné recoin de Montréal et Arthur Gladu publia un livre chaleureux sur sa petite patrie, là parmi le « commun ».

Allons, il y a des malfrats infâmes à Outremont-ma-chère et des intellos valables dans des villages laurentiens. Ou estriens. En mai 1986, (en ai jasé dans une entrevue), je découvrais à fond Outremont. Un autre village et plutôt semblable au quartier de mon enfance. La métropole se faisait en multiples villages. Jadis, dans Villeray on vivait comme en autarcie. On n’en sortait à peu près jamais. Aucun besoin de courir ailleurs : un marché (Jean-Talon), des magasins (la rue Saint-Hubert), un grand parc (Jarry). Bien plus, chaque paroisse était un ghetto consenti et affectionné. On ne disait pas je viens de Villeray mais je suis de Saint-Arsène, de Saint-Édouard, ou de Sainte-Cécile.

C’était avant les automobiles pour tous. Les centres commerciaux à vastes parkings. Avant la télé et les mères-à-carrière, les familles à un (parfois deux) rejeton. Avec chien. Mais nous ? Pas de maisons vides de 8 h à 16 h. Plein de copains et copines dans les ruelles. Plein de monde —d’avril à octobre— sur les perrons et les galeries. « Je vous entends jaser… », oh oui Vigneault ! Nous savions les noms —les petites histoires, les malheurs graves, les chagrins légers— de tous nos voisins. C’était un temps de solidarité. Chaud. Mes petits-fils ont des copains aux quatre horizons, ils y vont en métro. Je ne suis pas sorti de Villeray avant 13 ans, en 1944, à cause du collège Grasset où j’allai en vélo en si lointaine contrée !

Et le snobisme, hélas, régnait déjà : « Ces nouveaux voisins nous arrivent de Ville-Émard, non, de Côte Saint-Paul, c’est pire encore ». Maudits clichés ! Le génial Riopelle, voisin du Père Ambroise, est pourtant né rue Delorimier-sud, là où il ne fallait pas traîner selon des gens « de la haute », du boulevard Saint-Joseph. L’excellent écrivain, Gilles Archambault, vient de ce Côte Saint-Paul honni. Cessera-t-on de fustiger un lieu ? Il y a des gens de condition très modestes dans Outremont-sud, il y a du bon monde, honnête, à Ville Mont-Royal la mondaine, j’en connais.

Hélas, désormais, partout, le jour, c’est le vide, plus aucune vie animée. Le fisc est bien content, ces mères-au-boulot amènent des sous dans le Trésor public (si bien administré). Une immense business s’épanouit : « les gardienneries ». Ces dépôts-à-bébés-aux-couches-jetables organisés. Durée ? De 8 à 10 heures chaque jour ouvrable. Dangereux kibboutz généralisés, horreur bienvenue au royaume-de-la-consommation-compulsive. Pauvres bambins socialisés précocement. De force et en vitesse. Deux psychiâtres britanniques fustigeaient ce sort. C’est pour quand le salaire aux mères-à-la-maison ? Quand je vois défiler les trâlées d’enfants aux visages fermés, attachés le uns aux autre ou empilés en chariots sans suspension valable, pantins désarticulés, le cœur me fait mal. Hohé, Ernest Hemingway !, deviens-je le vieil homme et l’amère-vie.

Hier… Et maintenant ?

Hier… Et maintenant ? Je vois souvent des enfants invités aux tables des restaurants. Les temps ont changé. Je devais avoir 16 ans quand, enfin, je suis allé au restaurant. À un de ces « Fish and chips », pas trop cher. Une autre fois chez le Grec du cinéma Château pour un « hot chicken », beauoup de sauce —ce lourd « greavy »— et les petits pois verts. Dans mon modeste milieu familial, c’était un lieu pour la bourgeoisie, petite, moyenne ou grande, même nos parents n’y allaient pas, jamais. Folle dépense, vous n’y pensez pas. Pourtant je vivais à l’étage de la gargote de mon papa (« La petite patrie »). Un bien petit caboulot justement. Au retour de l’école, quand ma mère-des-lundis, débordée par son grand lavage, disait : « Je regrette les enfants, pas eu le temps pour le repas, descendez chez votre père », elle pensait nos punir ! Hourrah, c’était deux hot-dogs relish-moutarde !

Maintenant, il s’ouvre sans cesse, partout, de nouveaux restaurants. Rue Bernard, j’observais l’autre midi, (à La Moulerie) deux jeunes enfants se délectant de mets savoureux sous l’œil allumé de maman. Et je ne parle pas des innombrables « fast food » à tous les carrefours de toutes les villes. Du temps où le papi « jouait » avec ses cinq petits-fils, il y aura des centaines d’invitations, souvent là où il y avait de belles nappes et napperons immaculés et de la coutellerie de prix.

Gamins de Villeray, la morve au nez, nous nos contentions de reluquer derrière les vitrines, ces jeunes couples des samedis soirs attablés dans des loges de cuir brillant sous des torchères lumineuses. Le luxe. Pour adultes seulement.

Le soir, au dessus du resto paternel, dans la chambre à quatre lits, montaient à nos chastes oreilles l’écho d’horribles litanies « liturgiques », sorties des gosiers des rudes zazous, amateurs de jitterbrug. La clientèle de papa s’égosillait de « criss-de-caliss-d’ostie-de-ciboère-de-tabarnac », chorus infernal. À son repassage, à ses reprisages, maman —ex-élève chez « les Dames » de la rue Fullum— arrivait parfois à enterrer ces chapelets de sacres, entonnant de sa belle voix de contralto : « C’est l’angélus, l’ange su soir ».

Je n’oublierai jamais les visages apeurés des hôtesses et hôtes des restaurants où je conduisais mes petits mousquetaires. Ils se disaient : « Oh, la marmaille, ce sera du dégât ». C’était vrai. Pas facile d’inculquer les bonnes manières à des galopins pleins de vie. À la longue, je compris qu’aux chics restos avec menu élaboré, mes gamins préféraient que je les emmène luncher aux McDonald, Pizza Hut, et autres Harvey’s. Je m’en consolais mal moi qui, enfant, ne fut jamais invité dans un « vrai » restaurant.

Désormais, les bons restos du quartier, de la ville sont nos phares, les ports bien-aimés de nos rencontres amicales. Chacun a sa « bonne » liste, j’ai la mienne pour Outremont comme pour les Laurentides. Nous avons «notre » Asiatique préféré, « notre » Italien préféré, pas vrai ? Aussitôt que l’on se décrocha un « job steady », ce fut la recherche d’un bistrot valable.

Longtemps employé de Radio-Canada, il y avait, pas trop cher, le célèbre « Café des Artistes », favori des acteurs, des annonceurs. De René Lévesque. Mais, à cette époque, le « Royal Pub » triompha, sorte de joyeuse taverne de la rue Guy où les Raymond Lévesque, Marc Gélinas et Cie y trônèrent. Le blond houblon coulait à flots ! la SRC déménagée dans l’est, ce sera le St-Trop, le Script, La Grange à Séraphin, La Mère Clatet, tant d’autres.

Et puis papa finit par fermer boutique. Fini les blasphèmes éructés; les soirs étaient tranquilles. La chambre des « enfants partis » devint son atelier de poterie naïve. Maman chantait moins. Ils sont morts maintenant. L’autre midi j’entendis à la radio fm « C’est l’Angélus, l’ange du soir… » et j’ai appris que c’était du Bizet : « Les pêcheurs de perles ». Enfant, je croyais que c’était un pieux cantique pour exorciser les démons du sous-sol.

La vie, la vie.

Matin. Je sors acheter les journaux et, hélas, les cigarettes maudites. Et, oh, la mort dans le caniveau ! Je reconnais la victime. L’ai croisée souvent ces derniers temps, dévalant le boisé voisin avec sa démarche chaloupée. Là, du sang sèche sous sa tête. C’était un si joli « racoon ». Pas grave ? Pourquoi ma peine ? Des êtres humains meurent sans cesse, partout. Comment dire ? Ce chat sauvage, c’est que je l’avais vu gambader si souvent.

L’autre dimanche, en voyage chez mon éditeur, René Jacob —un pharmacien beauceron qui ose publier 30 aquarelles de votre blocnoteur— ma compagne ralentit pour laisser passer un jeune piéton à sa gauche. À notre droite, une voiture fonce. Un bang affreux ! Le piéton vole sur le capot ! Miracle !, il rebondit, se redresse et fonce vers le chauffeur. La mort proche, évitée de justesse. Mon « racoon » mignon, rue Morin, n’a pas eu cette chance.

Au fait, lirez-vous ce neuf album illustré, « La petit patrie en images » ? L’espoir. Je marche sur la vaste plage d’Ogunquit, la semaine dernière : plein de crabes éventrés où les mouettes s’alimentent. La vie, la vie ? Le soir, allant vers Perkin’s Cove, sur ce magnifique Marginal Way d’Ogunquit, des pêcheurs patients sur des récifs scluplturaux. On voit un lever de…lune comme le matin on avait observé, dans la brise océane pleine d’iode et de sel, les pieds sur le sable tapé de la marée basse, un radieux lever de soleil. Mon chat sauvage était encore vivant à ce moment-là. La mort, la mort…

Les mains pleines de plumes blanches et ocres, je fais rire un gamin avec des cris de sauvage. Deux flotteurs-repères (à homard), vivement colorées, dérivent, je les sors de la mer. Au sud de Moody Beach, je cueille des galets bien polis qui soutiennent de longues tresses de lichen. Besoin de rapporter cela en Laurentides. Y roulant dimanche matin, on chantonnait « La mer » de Trenet : « bergère d’azur infini-e ». Étonnemenmt total deux fois : chez Charly’s comme chez Billy’s, renversés de voir que l’on passe l’aspirateur jusque dans nos jambes ! USA manners ? Voir la mer : c’est notre pèlerinage, notre Mecque. Cinq ans que l’on se retenait. La piastre à Chrétien si faible. C’est fait. Beau soleil de quatre jours en Maine mais, hélas, un front froid. Partant pas de mon cher belley’s surf !

Jeudi, au retour, ici, maintes baignades. Revanche. Photo reçue :mon cadet de frère, Raynald, si vieilli. Bah !, mauvaise photo. À Maisonneuve, voir la chère Colette-à-Pierre qui ne peut plus parler ! Et notre vaillante Fernande accablée elle aussi de radio et chimiothérapie. Misère ! La santé, la santé… Toi qui me lit, jeune ou plus jeune, si tu as cela la santé, lève-toi, sourit, apprécie, dis merci à la vie, ne fais comme moi qui oublie trop souvent ce privilège précieux. J’aime les ardeurs —à humeurs optimistes ou critiques— de mes voisines ici, la Mimi Legault, la rigolote Gaillarde, de bons signaux de vitalité.

J’ai terminé la biographie praguoise de Franz Kafka, écrivain juif épris de transcendance irréjoignable, tout pris d’un mal de vivre atroce, hypocondriaque, pathétique impuissant fuyant la jolie Felice, puis la belle Julie…accroché désespérément à la littérature pour son salut difficile. On le lit encore. Je lis maintenant « Une vie », l’autobiographie d’Arthur Miller (« Mort d’un commis voyageur »), juif agnostique, empêtré d’un gauchisme idéal qui l’encombre. Soudain, il voit « La ménagerie de verre » de son rival, Tennesse Wiliams. Il écrit : « Il a osé mettre de la poésie, ce qui est audacieux et si rare, dans un drame pragmatique ». Chez Duceppe, je viens justement de voir « La ménagerie… », version de mon amie Françoise Faucher. J’ai écouté espérer, rêvasser, rager, pleurer ma voisine (de Morin Heihgt) Louise Marleau. Splendide jeu d’une Marleau vieillie en monoparentale névrosée, vendeuse d’abonnements si démunie, qui s’accroche à ses deux enfants grandis. L’un, le fils, fuira en marine marchande, l’autre, la fille infirme, n’a plus qu’à épousseter ses animaux de verre. Ma compagne s’essuie les yeux au tomber du rideau, moi —un homme hein ?— le moton dans gorge.

J’ai à mon chevet la vie de Man Ray, « saintgermain-despréistes » surdoué. Aussi celle du sculpteur en silhouettes filiformes, Giacometti. Lire : ma vie, ma vie… Ce matin, le chat sauvage mort est encore là, étendu dans le caniveau; envie de l’installer dans le boisé des Simony en face. Et puis, non, la ben du vidangeur va passer. À quand le tour de cet ours brun furtif ? On raconte qu’il rôde à la nuit tombée Chemin du Sommet Bleu. La vie, la vie, toujours en danger. Ensuite, devoir aller causer face à mes aficionados mardi soir à Beauport. Ensuite ? Aller jaser, cinq matins, avec François Dompierre pour la radio fm de CBF-culture. Et puis front froid pour front froid, l’été prochain, j’irai voir ma chère mer à Sainte-Luce-sur-mer, là où le Saint-Laurent est un océan. Lundi, belle fourrure inerte dans la ben avec ordures en tous genres. Merde !

Quoi ? Du coq à l’âne ? Non, « coqs à l’âme » !

PUTAINS ET DROGUÉS ?

L’ex-quartier latin, le secteur Saint-Denis-Maisonneuve-Ontario-Berri serait —des résidants s’en plaignent— devenu un coin affreux. Invivable. Avec plein de putains, plein de drogués ? Aznavour chante : « Le temps, le temps et rien d’autre », aussi « La bohème ». Je me répète :« La mission de l’homme sur terre est de se souvenir ». En 1950, pas déjà un demi-siècle ?, nous vagabondions insouciants, angoissés par l’avenir certes mais étudiants innocents encore. Il y avait des libraires cultivés, Ménard, Tranquille, Déom. Il y avait des cafés nouveaux : Petite Europe, Échouerie, Swiss Hut. De jeunes poètes pondaient au coin des tables des odes au changement, Giguère, Gauvreau, Pilon, Miron, Lapointe, Perrault, Brault. Des futurs peintres élaboraient des fresques folles, plasticiennes, Molinari, Toupin, Ferron, Maltais, Jauran, Barbeau. Le quartier pas bien louche malgré, pas loin, le « red light » de Monica La Mitraille, était un havre de chaleur humaine. Aucun dealer en vue. Chambres à louer partout, vraiment bon marché, pour le exilés de nos provinces, les futurs génies des Beaux-Arts. Ou de l’École du Meuble où j’étudiais la céramique.

Découverte des carafons de rouge, des saucissons italiens. Les filles ne se maquillaient que les yeux, à la Juliette Gréco, s’enroulaient dans de longs foulards rouges, se drapaient dans de longs et très amples pull-overs noirss. Jamais de nombril à l’air et ne pas afficher de la poitrine, c’était trop con. On jouait les existentialistes-de-Paris, rue Saint-Denis. Il y avait des ciné-clubs avec des films mal-aimés par « le commun ». Adieu Palace, Loews, Princess et leurs amériquétaineries. Nous étions l’avenir. La vie changeait ». Le progrès s’en venait.

Qu’est devenue l’actuelle bohème ? Il a vanté devant toutes les portes ? Je vois bien, moi aussi, ces jeunes dépenaillés, ébouriffés, aux portes du métro Maisonneuve. En loques. Se croisent et s’ignorent. Conciliabules brefs et prudents. La police patrouille ? J’observe « les misérables » de ce nouveau siècle ? Que s’est-il passé ? Plein de quêteurs, si jeunes parfois, en face du bon vieux Saint-Denis. En 1975, je savais mon fils, étudiant en cinéma, traînant au « Bistrot à Jojo » avec son gang. Leur bohème à eux, me disais-je. Ils projetaient des films inouïs à pondre, Fellini n’avait qu’à bien se tenir. Comme nous rêvions, en 1950, d’enfoncer Picasso, Braque, Camus et Malraux.

À quoi rêvent-ils ces « vieux gamins » tatoués de 2003 aux anneaux dans tous les trous ? Des enfants-putains sur les trottoirs… à jolis réverbères, à pavés unis, à bacs à fleurs, j’en vois beaucoup. Camouflage, ce joli mobilier urbain à la mode partout, un paravent à cette misère du « sexe and dope ». « No futur », clament des t-shirts accablants. Comment le quartier-latin a-t-il pu ainsi déchoir ? L’université voisine, si démocratique, n’empêche donc rien ! Des pessimistes (?) prédisent un pitoyable « squattage » dans la belle Grande bibliothèque qui se construit rue Berri.

J’attendais un autobus, ce printemps, pour Rimouski et circulaient sans cesse, méfiantes, des hordes de jeunes hobos. Police de temps en temps. Ça filait en vitesse vers le sud. Vigiles nerveux aux alentours. Je vois bien, comme tout le monde, la décrépitude du bon vieux quartier-latin. Nous allions à la messe du petit matin, jadis, là où il ne reste plus qu’un haut clocher obsolète. Sur ce coin de rue, nous nous enivrions de deux « grosses Mol » au Café Saint-Jacques, riant des tordantes facéties de Jacques Normand, des « Scripts », des « Frères Jacques » en visite. Au Faisan Doré, c’était le joyeux bal chaque samedi soir. Au portique-jeunesse, nous attendions un avenir radieux.

Mais eux, ces enfants vieillis, en guenilles, d’où sortent-ils, de quelle province ignorée ? « Les temps changent », disions-nous, remplis d’espérance. Pourquoi tant de drogue ? Pourquoi tant de juvénile prostitution ? « La police fait pas son job », dit l’un des écœurés. Solution primaire. La police dit : « S’ils ne se regroupent pas ici où donc iront-ils ? » Cercle bien vicieux. Emplois précaires, capitaliste globalisation décimante, nous cherchons des coupables. Ça me fait mal de savoir que ces jeunes —dépravés déjà ?— ne rêvent plus. Qui a fait se couper ces ailes du nécessaire désir ? Les sociologues se contredisent. En Laurentides, même détresse. Vol de nos enjoliveurs de roues de Jetta. Je dis : « Ça vaut pas bien cher ». La police : « Un peu de drogue ». Je dis : « De jeunes drogués, ici, au village ? » Il moue : « Oh oui, jusque dans les marches de l’église, monsieur ». Merde ! En 1950 ? Substances quasi inconnues au bataillon des maffieux. Quelques cachettes bien gardées. Le quartier-latin flottait dans des airs bohémiens bien légers, où toute une jeunesse s’imaginait volontiers construire bientôt un monde tout neuf où la misère serait éradiquée à jamais. Où l’art allait triompher. Nous avons vieilli. Nous avons des maisons et des autos, des jardins fleuris dans des banlieues pleines d’arbres grandis. Cheveux blancs, les enfants partis, nous allons prendre un gueuleton —et un pot— à L’Express ou au Continental et, misère ! surgissent, gênants trouble-fêtes, ces enfants perdus. Mendiants effrontés. Agressifs parfois. Les « guenillous » de 2003 et leurs mains tremblantes tendues. J’y jette une pièce à canard jaune et je maudis les temps présents. Je ne chante même plus : « La bohème, la bohème… ». Il n’y en a plus, merde, merde !

L’ESPOIR MALGRÉ TOUT ?

Lisez : « Réenchanter le monde » (Fides Éditeur) de Jacques Grandmaison, vieil enfant déçu. Sa peur, sa panique mal cachée sous tant d’appels « au secours ». Pas loin, à Saint-Jérôme, il y a ce curé ravagé d’inquiétudes. Il a bien raison. Lisez son récent bouquin. Frère Jacques tremble au volant de sa vie s’achevant. Il étudiait la sociologie, à 30 ans, et, à Paris, il doutait, il râlait, il s’ennuyait de ses Laurentides, la déprime. C’est un vieux clochard —un croyant tout-nu— au square voisin qui va le secouer. « Son Chemin de Damas », dit-il.

Grandmaison a travaillé fort avec des chômeurs laurentiens, des ados perdus, des « vieux » généreux; il a

défriché (bûcheron en col romain) dans ses collines où la pauvreté se répandait. Lisez ça, c’est bon, effrayant, candide aussi. C’ est un « diogène », fanal allumé dans nos collines. Lisez-ca : une flamme tremblante quand Jacques-devenu-vieux constate la fragilité des « passeurs entre générations », le bête reniement de nos racines culturelles, sociales, religieuses.

Est resté un enfant ? Entrera donc au paradis promis.

Bilan noir partout, hélas. D’accord avec lui. Ma foi, va-t-il se tuer ? Non. Ce Grandmaison, en triste nauvrageur, reste accroché au grand radeau : l’espérance. Lisez ça. Le philosophe-curé ne court plus les congrès savants et, retraité, affiche sa poésie-du-dimanche, des mots de chansons populaires, « Pour cet amour qui vient de toi », Brel-le-magnifique, y est souvent. Jésus le Nazaréen parlait vrai, tonne-t-il.

Lisez ça. Le petit gars Grandmaison, découvre l’océan à 9 ans, avec sa mère pas loin, sur la grève gaspésienne, un coquillage luisant l’illumine, beauté de la création. Il le porte à son oreille, « On y entend la mer », chantait feu Georges Dor. Petit-Jacques sent, pour la première fois, qu’il se fera « pasteur » d’âmes, devenu grand. Il marmotte sa vague résolution et c’est le silence respectueux de sa mère. Oh oui, lisez ça, vieilli, le savant jérômien, parle de tout, un peu de lui, beaucoup des autres. Il crie dans notre nuit québécoise actuelle : « espérance » malgré l’accablement fatal —lisez ça— face à nos rejets de tout, à la course aux consommations, au narcissisme ambiant ravageur. Il n’y a plus guère d’adultes, que des « adulescents », je lui donne encore raison. On a mal avec lui. Pathétiques derniers appels d’un homme qui réfléchit sans cesse (il y aura un tome deux).

Grandmaison dans ce « Réenchanter le monde » peint cruellement notre désert, notre besoin de transcendance si mal assumé, notre sentiment de vacuité, notre vanité étouffante stérile. Je sortais du « Qu’est-ce qu’une vie réussie » (Grasset éditeur) de Luc Ferry. Un philosophe (devenu Ministe de L’éducation en France) qui balance entre humanisme athée et transcendance, une « femme de ménage » chez les théoriciens-théologiens. Grandmaison, lui aussi, fait le ménage. Le bon pasteur de Saint-Jérôme, comme Ferry, raconte ce « Dieu est mort » de Nietzsche, jase sur Platon (aimé par saint Augustin) et Aristote (aimé par saint Thomas), respecte le bouddhisme, comme Ferry.

Si vous cherchez du sens à la vie, un peu de sagesse, lisez « Réenchanter le monde ». Frère Jacques plaint nos enfants sans héritage, geint, le cœur en charpie, face à tant de nos jeunes suicidés. Une fresque désolante de nos rejets intempestifs (années d’après 1960 ). C’est la murale terrifiante de nos égoïsmes. Il ne se tuera pas comme, hélas, le poète Roland Giguère, non, il hausse sa vieille lanterne pour retrouver le vieux puits de son ancien foyer jérômien, il se cloue à l’espérance, « sa passion » du lucide qui s’accroche malgré tout.

À Val David, l’autre matin, vélo rangé, j’allai admirer —sur deux étages !— tant de lumineux signaux graphiques signés René Drouin. Ô la beauté ! J’imaginais Grandmaison allant à cette expo inouïe, sortant soulagé car son « Réenchanter le monde » le proclame : poésie, peinture et musique font tolérer la dérive actuelle. Font la preuve que dans nos sociétés stupides (il a raison toujours) vivent donc des espérants : les créateurs de beauté. À la Maison de la culture de Val David, le vieil-enfant-Jacques, radieux, retrouvera le coquillage lumineux, la pure mer hors du monde déboussolé, sa mère morte se taira encore.

Lisez ça. Pourquoi tant parler ?, la beauté nous fait signe : « espère », ne te tue pas ! Lisez ça,

l’« enchantement » nécessaire, malgré la misère humaine ambiante. Grandmaison lance ses derniers prêches de curé-philosophe :retissons les liens, reprenons le long tricot de nos traditions méritantes. Jeunesses grandies au désert atroce du nihilisme infertile, vieillards aux mains vides, réunissez-vous les uns les autres. Re-souder la vieille chaîne cassée, faisons le tri urgent d’une vidange trop pressée, dit ce bouquin.

Je sens le socilogue au bout de son âge, de ses recherches, de ses travaux « d’inspecteur en âmes » qui tremble avec, sa seul bouée, l’espérances des croyants. Ce Diogène de Saint-Jérôme est ridicule évidemment, les contingences factices abrutissent de plus en plus, on ne peut plus se boucher les yeux. L’esprit ? Une foutaise. Quoi l’Éternité ?, n’est-ce pas juste « la mer en allée avec le soleil » (Rimbaud). Le cellulaire sonne, le micro-ondes tictaque, l’ordinateur siffle… et ce fou furieux qui ose nous parler d’âme, non mais… J’ai lu, me voilà jongleur : l’éternel retour, humain, trop humain, et ce Nietzsche du « Dieu est mort » ne se fera-t-il pas tué par compassion pour un cheval souffrant ? Lisez ça je vous dis !