La vie, la vie.

Matin. Je sors acheter les journaux et, hélas, les cigarettes maudites. Et, oh, la mort dans le caniveau ! Je reconnais la victime. L’ai croisée souvent ces derniers temps, dévalant le boisé voisin avec sa démarche chaloupée. Là, du sang sèche sous sa tête. C’était un si joli « racoon ». Pas grave ? Pourquoi ma peine ? Des êtres humains meurent sans cesse, partout. Comment dire ? Ce chat sauvage, c’est que je l’avais vu gambader si souvent.

L’autre dimanche, en voyage chez mon éditeur, René Jacob —un pharmacien beauceron qui ose publier 30 aquarelles de votre blocnoteur— ma compagne ralentit pour laisser passer un jeune piéton à sa gauche. À notre droite, une voiture fonce. Un bang affreux ! Le piéton vole sur le capot ! Miracle !, il rebondit, se redresse et fonce vers le chauffeur. La mort proche, évitée de justesse. Mon « racoon » mignon, rue Morin, n’a pas eu cette chance.

Au fait, lirez-vous ce neuf album illustré, « La petit patrie en images » ? L’espoir. Je marche sur la vaste plage d’Ogunquit, la semaine dernière : plein de crabes éventrés où les mouettes s’alimentent. La vie, la vie ? Le soir, allant vers Perkin’s Cove, sur ce magnifique Marginal Way d’Ogunquit, des pêcheurs patients sur des récifs scluplturaux. On voit un lever de…lune comme le matin on avait observé, dans la brise océane pleine d’iode et de sel, les pieds sur le sable tapé de la marée basse, un radieux lever de soleil. Mon chat sauvage était encore vivant à ce moment-là. La mort, la mort…

Les mains pleines de plumes blanches et ocres, je fais rire un gamin avec des cris de sauvage. Deux flotteurs-repères (à homard), vivement colorées, dérivent, je les sors de la mer. Au sud de Moody Beach, je cueille des galets bien polis qui soutiennent de longues tresses de lichen. Besoin de rapporter cela en Laurentides. Y roulant dimanche matin, on chantonnait « La mer » de Trenet : « bergère d’azur infini-e ». Étonnemenmt total deux fois : chez Charly’s comme chez Billy’s, renversés de voir que l’on passe l’aspirateur jusque dans nos jambes ! USA manners ? Voir la mer : c’est notre pèlerinage, notre Mecque. Cinq ans que l’on se retenait. La piastre à Chrétien si faible. C’est fait. Beau soleil de quatre jours en Maine mais, hélas, un front froid. Partant pas de mon cher belley’s surf !

Jeudi, au retour, ici, maintes baignades. Revanche. Photo reçue :mon cadet de frère, Raynald, si vieilli. Bah !, mauvaise photo. À Maisonneuve, voir la chère Colette-à-Pierre qui ne peut plus parler ! Et notre vaillante Fernande accablée elle aussi de radio et chimiothérapie. Misère ! La santé, la santé… Toi qui me lit, jeune ou plus jeune, si tu as cela la santé, lève-toi, sourit, apprécie, dis merci à la vie, ne fais comme moi qui oublie trop souvent ce privilège précieux. J’aime les ardeurs —à humeurs optimistes ou critiques— de mes voisines ici, la Mimi Legault, la rigolote Gaillarde, de bons signaux de vitalité.

J’ai terminé la biographie praguoise de Franz Kafka, écrivain juif épris de transcendance irréjoignable, tout pris d’un mal de vivre atroce, hypocondriaque, pathétique impuissant fuyant la jolie Felice, puis la belle Julie…accroché désespérément à la littérature pour son salut difficile. On le lit encore. Je lis maintenant « Une vie », l’autobiographie d’Arthur Miller (« Mort d’un commis voyageur »), juif agnostique, empêtré d’un gauchisme idéal qui l’encombre. Soudain, il voit « La ménagerie de verre » de son rival, Tennesse Wiliams. Il écrit : « Il a osé mettre de la poésie, ce qui est audacieux et si rare, dans un drame pragmatique ». Chez Duceppe, je viens justement de voir « La ménagerie… », version de mon amie Françoise Faucher. J’ai écouté espérer, rêvasser, rager, pleurer ma voisine (de Morin Heihgt) Louise Marleau. Splendide jeu d’une Marleau vieillie en monoparentale névrosée, vendeuse d’abonnements si démunie, qui s’accroche à ses deux enfants grandis. L’un, le fils, fuira en marine marchande, l’autre, la fille infirme, n’a plus qu’à épousseter ses animaux de verre. Ma compagne s’essuie les yeux au tomber du rideau, moi —un homme hein ?— le moton dans gorge.

J’ai à mon chevet la vie de Man Ray, « saintgermain-despréistes » surdoué. Aussi celle du sculpteur en silhouettes filiformes, Giacometti. Lire : ma vie, ma vie… Ce matin, le chat sauvage mort est encore là, étendu dans le caniveau; envie de l’installer dans le boisé des Simony en face. Et puis, non, la ben du vidangeur va passer. À quand le tour de cet ours brun furtif ? On raconte qu’il rôde à la nuit tombée Chemin du Sommet Bleu. La vie, la vie, toujours en danger. Ensuite, devoir aller causer face à mes aficionados mardi soir à Beauport. Ensuite ? Aller jaser, cinq matins, avec François Dompierre pour la radio fm de CBF-culture. Et puis front froid pour front froid, l’été prochain, j’irai voir ma chère mer à Sainte-Luce-sur-mer, là où le Saint-Laurent est un océan. Lundi, belle fourrure inerte dans la ben avec ordures en tous genres. Merde !

Quoi ? Du coq à l’âne ? Non, « coqs à l’âme » !

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