Cascades

Val Morin flambait ce jour-là. Un automne de sang et d’or sur la piste cyclable du « P’tit train du nord ». Un homme et son enfant. Deux vélos loués. Un midi reluisant. Tiens, Raymond au Lac Raymond ! Il a droit de voir son fis aux quinze jours. Le fils, Raynald, a douze ans. Il aime de plus en plus ce père invisible. L’enfant veut voir les cascades de plus près. « Vas-y, sois prudent, fais très attention ! » Rugissements qui grandissent dans ses jeunes oreilles. Sa bécane couchée. Il a dévalé le coteau.

Papa-absent l’observe. La vie vive. Autour, partout, l’agonie flamboyante des boisés. Plus loin, horizon de montagnes, comme lavande en Provence, mauves et roses. La beauté d’octobre. Raynald saute de rocher en rocher. Des tourbillons l’arrosent. Trombes d’une vitalité rare. Papa-Raymond s’inquiète : « Reste là, ne va pas plus on mon gars ! » Raynald comme bouleversé : Mon père m’aime. Il ne vit plus avec moi mais il m’aime beaucoup. Si je pouvais le garder plus souvent…à jamais…comment faire ?

Le garçon s’enhardit. Il a sauté sur une large et grise plaque minérale, au beau milieu du torrent. Témérité de cet âge. Là-haut, le père absent s’énerve : « Suffit Raynald ! Stop! Va pas plus loin, reviens vite ! » Comme il est heureux : son père s’en fait. Il tient donc à lui. « Il a peur pour moi. Pour moi. Son fils qu’il voit si rarement ».

C’est le tonnerre de bruits. L’eau qui s’agite, qui fouette ses bottes. Le paradis terrestre retrouvé, cette Rivière du Nord tourbillonnante en aval du Lac Raymond. Une force séduisante. La vigueur. Comme la vigueur de l’amour contrarié pour un fils et son père séparé. Aller plus loin, l’inquiéter davantage, l’entendre m’aimer ? Me crier de nouveau qu’il m’aime. Raynald saute sur un caillou bien gras. Les cascades l’entourent. Il entend moins bien : « Raynald ! Je t’en prie, je t’en supplie, reviens vite mon gars ! » C’est un samedi rare. Un samedi riche. « Papa tient donc, beaucoup, à moi? » Il se dit : Pas sa faute s’il n’est plus jamais à la maison. Pas sa faute.

Une belle bernache vole au firmament si bleu. Papa cligne des yeux, tant de soleil, tant de clarté. Quand Raymond baisse le regard, il ne le voit plus ce fils qu’il aime tant. Il lâche son vélo. Il descend l’abrupte falaise à son tour. Où est-il rendu son intrépide enfant ? Deux bottes sur le rocher. L’horreur ! Le courant tumultueux l’a-t-il emporté ? Son cri. Ses cris. Son cœur de père absent qui bat. « Raynald, Raynald, Raynald ? » En vain. Que les cris des rapides, que le grondement de eaux enragées. Ses yeux se voilent. L’énervement total. Il fouille en vain. Il a disparu. Ses appels de détresse paternelle sans écho de retour. L’angoisse qui se marie au bruits rageurs de la rivière. Raymond tombe, s’écorche les genoux, déchire on blouson, se hisse ici, dévale là, rampe, gueule : « Raynald ? Mon petit gars ? » Les eaux ricanent, le moquent.

Le jeune enfant ne voyait pus rien. Que l’eau froide qui l’envahit. Que l’eau qui le noie. Qu’un papa lointain qui gueule. Il est heureux. Il se fait traîner comme un simple bout de bois mais il est bien, il est l’enfant qu’on aime. Qu’on appelle. Il a un père qui ne se soucie plus de rien d’autre que lui, lui que les flots charrient. Certain que le papa absent va se jeter à l’eau à son tour. Pour lui. Ils seront deux, lui et Lui. Ils seront réunis. Pour longtemps. Enfin réunis. À jamais. Papa est son modèle. Papa est un homme géant. Un homme fort. Il viendra le repêcher. Il l’emportera avec lui dans l’éternité. Ils seront enfin ensemble pour toujours.

Dans une étroite crique, on voit maintenant un homme trempé qui secoue un garçon pâle. Il pleure et quémande un signe de vie. L’enfant tousse. Crache de l’eau. Il n’est pas mort noyé ! Il est sauvé. Son père l’étreint. Le serre dans ses bras comme il ne l’a jamais serré. Les yeux du gamin s’ouvrent. Le ciel est toujours de cobalt. Les feuilles de sang et d’or. Des cyclistes s’attroupent. « Qu’est-il arrivé ? » On ouvre une couverture de laine. Ce n’est rien. Un jeune garçon a voulu mieux savoir si son papa l’aimait vraiment. Il le sait maintenant. Il sourit, il grelotte. C’est fini. La rivière du Nord, elle, continue à gronder, cascades indifférentes à tout. Sur le lac Raymond, troupeau de bernaches, nageurs légers. La nature s’illumine comme jamais. Raynald s’illumine : « Samedi, dans quinze jours, on ira où, papa ? » Dans ce chalet de bons samaritains, chocolat très chaud pour Raynald, café noir aux doigts, Raymond pleure encore. Il a eu si peur. « On ira voir le lanternes chinoise au Jardin Botanique, ça te dis mon gars ? »

Aller n’importe où mais loin du tumulte énervant, des tentations folles, tiens, oui, aller dans un jardin comme on va vers l’éden toujours rêvé. Pour prendre par le cou l’enfant qu’on ne voit pas assez souvent.

voir aussi: Lettre ouverte à M. Tetley, ex-ministre.

Lettre ouverte à M. Tetley, ex-ministre.

Monsieur le prof de droit à Mc Gill, je viens de lire (Le Devoir du 24 octobre) votre étonnante version d’Octobre 1970 » qui vane les bienfaits de l’armée dans Montréal et des 497 incarcérations préventives. Selon vous, trois manifs de 1969 (7,31 oct. Et 7 novembre), un an avant (!) l’automne de 1970, pavaient la justification des « Lois de guerre ». La grève des médecins (spécialistes) aurait amené Bourassa et Drapeau, le 15 octobre, à songer « déjà » à cette loi d’exception. C’est tout noté. Selon vous, le 16 octobre les dés étaient jetés et Trudeau consentait comme malgré lui (hum…) à envoyer la soldatesque. Cette liste noire policière (avec des Godin, Pauline Julien, Miron, etc.) révisée par la bande à Gérard Pelletier fut stoppée plus tard par Jérôme Choquette qui en « eut assez de la farce » (ses mots en interview), était donc bien plus longue qu’on croit.

Alors candidat à l’échevinage pour le FRAP (dans Ahuntsic ouest), j’avais eu droit à deux subites inspections : pour les plaques des vélos de mes enfants et puis pour vérifier l’état de ma fournaise ! Ça fouinait dans la cave et le garage du maudit barbu gauchiste. Sachez, maître, que les cris « du sang dans nos rues », par un Drapeau hystérique en campagne électorale, de « Ce FRAP paravent hypocrite du FLQ », par un Jean Marchand enflammé à Vancouver, de ce « Coup d’état-putch des Pépin, Ryan, Lévesque », rumeur répandue par dame Gérard Pelletier à Ottawa, tout cela, assassinait dans son berceau un démocratique parti municipal de gauche. Toutes nos assemblées publiques ou « de cuisine » se faisaient annuler très subitement. Ce fut la fin brutale d’un espoir. Cette hideuse propagande fit triompher Drapeau en pleine Crise d’octobre.

Le démocrate (?) William Tetley s’en trouve tout content, lui, et vante Frank R. Scott qui respirait d’aise avec son « le gouvernement est de nouveau stabilisé ». Non mais… Ce pauvre vieux Scott qui se baladait sur sa longue galerie —avec sa carabine— tant il craignait les terroristes en Estrie ! Bouffonnerie. Il ne reste qu’une franche lecture d’Octobre 1970 : sous prétexte de capturer une toute petite poignée de terroristes québécois, il fallait en profiter pour discréditer et le Parti québécois (avec vol de ses listes électorales, incendies frauduleux, faux communiqués felquistes) et du même coup le jeune FRAP. L’ex-ministre libéral n’a qu’un seul regret : « N’avoir pas mieux vérifier la liste des internés ». Mais il s’abrite aussitôt : « Bourassa nous disait qu’il ne fallait pas s’immiscer dans le travail policier ». La police bien au dessus des élus quoi… Franchement M. Tetley, téter comme ça, c’est « téteux » rare !

Claude Jasmin, écrivain

Sainte-Adèle,

24 octobre 2003.

Blocnoter en vrac ?

Mon bonheur de chroniquer. Je lis que John-fils-de-Red-Charest (visite officielle à New-York) a dit qu’il allait refuser de parler de la souveraineté du Québec. « C’est une affaire interne, dit-il, un débat qu ne concerne que les Québécois.». Et pas les Étatsuniens ? Innocent ou couard ? L’ex-délégué du Québec à Washington vient de raconter les incessants barrages vécus et dénonce la « collabo » Julie Mivile-Deschênes (de Radio-Canada) de mêche avec Raymond Chrétien : « Faut bloquer ce régime indépendantiste au pouvoir ». Pierre Nadeau (délégué à Boston) a raconté ce même « blocus ». FBI et Cie s’en mêlent, sans cesse, John Charest n’a qu’à consulter les archives. Imagine-t-on un Vladimir Poutine en visite à New-York déclarant : « Je ne dirai rien de la Tchétchènie » ? Ou Ariel Sharon affirmant : « Je ne dirai rien des Palestiniens »; Ils passeraient pour deux cons.

Sujet autre : à Paris, depuis septembre, 700 nouveaux romans déboulent en librairies. Il y a là-bas un racisme inverti. Quoi ça ? C’est l’auto mépris, l’auto racisme :au magazine « Lire », Assouline, directeur, ose : « Tous ces livres ? Ce qui nous intéresse surtout c’est ce qui se fait à l’étranger ». Josyane Savigneau (« Le Monde ») a bien fait de lui rétorquer « haine de soi ». Ici, ce vice —le racisme inverti— est très répandu. Lire nos médias où l’on donne de l’HÉNAURME visibilité aux auteurs d’ailleurs. Colonialisme jamais mort ! Même sujet : la littérature, un rapport dit : « Seulement deux sur cent écrivains québécois vivent de leurs droits d’auteur »; y a-t-on fourré des scripteurs de télé ? Vrai que ce n’est pas un métier ordinaire, c’est une vocation. À hauts risques. Je n’en recommande jamais l’étude alors que se multiplient l’imposture des cours de « création littéraire ». Vaut mieux avoir un autre métier, un vrai.

Sujet suivant ? Comme tout le monde, j’ai étudié l’anglais à la petite école et puis au collège, en huit ans, ce fut nul. Ce vain débat sur son enseignement « en deuxième ou en cinquième année » ?, ne changera rien. Il faudrait des enseignants dont la langue maternelle est véritablement l’anglais. Sinon gaspillage d’argent, perte de temps. Il y a encore plus grave : il faut des occasions de le pratiquer. Or, pour la majorité, il n’y en aura pas et on oubliera vite la langue apprise. En Ontario, d’ex-étudiants en français —à l’Université Laval comme à la fameuse école d’immersion de Trois Pistoles— avouaient avoir vite oublié le français. Jadis, deux de mes camarades (à Radio-Canada), apprirent —par amour particulier— une langue autre, l’allemand et l’italien. Faute de pouvoir pratiquer, ils me confirmèrent avoir tout oublié. Avec la mobilité des emplois dorénavant, vaudra mieux —un emploi pouvant se présenter en Arabie ou en Chine ou en Allemagne— aller alors s’inscrire dans un cours d’immersion (genre Berlitz). Faisant leur « secondaire » en anglais, des jeunes pourraient fort bien n’avoir jamais à l’utiliser, décrochant « emploi unilingue sur emploi unilingue français » ici.

« Aïe Marie » ! Vieille chanson. À Ottawa on joue la carte du laxisme à gogo; légalisons —un peu, juste assez, pas trop— la marijuana. Or un psychiatre, Hubert Wallot, sort des recherches. 1-Son usage fréquent conduit à l’anxiété. Et souvent à la dépression ( études en Australie). 2-La mari peut développer la schizophrénie (études en Allemagne). 3-Elle aboutit souvent à des symptômes psychotiques (étude en Nouvelle-Zélande). La bonne santé mentale (pas les poumons comme avec le tabac, mais le cerveau ! ) est donc menacée chez ses usagers. Bof !, jouons les « dans-le-vent », les « cools » disent les Coderre, Cauchon.

« Mon », « ton » ou « son » enfance ? « L’enfance est un couteau planté dans la gorge » ! Signé Wadji Mouawab. Je sursaute ! Pas pour tout le monde. J’ai eu cette chance de vivre une enfance radieuse.

« Incendies », sa nouvelle pièce, raconterait une mère morte qui invite ses enfants exilés à revenir au Liban natal (dont le sud est envahi par les Israéliens fusillant des islamistes palestiniens). Mais un Simon reste accroché à ses fragiles nouvelles racines et une Jeanne ira à la mère-terre. De ce déchirement, l’auteur en a « le couteau dans la gorge ». Apatride, le pire des sorts », disait Dostoïevski.

Apatrides volontaires, nos jeunes exilés se multiplient. Jadis c’était nos missionnaires cathos, il y en avait partout, sur tous les continents. Ce fut, hélas, l’exil de nos plus brillants meilleurs cerveaux dans un Québec pourtant mal pris, démuni. Exemple d’apatride moderne ? Claude Lacasse qui, à 19 ans (devenu Knowlton, Lacasse rayé) fait le rêve classique : une carrière à Hollywood ! D’abord waiter; en cet eldorado, ils espèrent tous, par dizaines de milliers. Ô american dream ! Lacasse sera un cassé de plus et, déçu, fuit à Vancouver. À 37 ans maintenant, il y fera des pubs, puis du feuilleton- télé canadians. En ce moment même combien de jeunes Lacasse —reniant leur patronyme— attendent « le miracle » lavant de la vaisselle dans un snack de Los Angeles ?

On peut chroniquer sur tout. Ainsi il y a notre parlure, le joual, et il y a le scots. Langue maternelle des Écossais; lousy english aurait dit Pet-le-méprisant de la chic Avenue McCulloch. Vive l’Écosse libre cher Sean Connery, militant avoué de la cause écossaise ! Michel Tremblay, trouva donc des « frères joualisants » à Edimbourg. La mère Tatcher (années 1980) —et ses politiques de droite— fit se réveiller ce nationalisme écossais. Tony Blair, ayant chassée la « ferraille » blondeur du pouvoir, accorda un parlement à l’Écosse, en 1999. Un calmant ? Au Québec, énervé par les appels des révolutionnaires du sud se décolonisant, Londres nous accordait ainsi un parlement (à contrôle impérialiste). Cette étonnante destinée d’un dramaturge d’ici, Le joual-Tremblay trouvera-t-elle d’autres voies ? Là où on veut renouer avec les langues nationales dialectes enterrées de force. Bretagne, Provence, Corse, Sicile…Texas ?

Vive la Tchétchènie libre ? En octobre de 2002, on a vu le terrifiant règlement poutinien —rapide et atroce— lors d’une prise d’otages dans un théâtre de Moscou. Silence partout dans les gradins onusiens. Ouvrage sordide d’un nouvel allié mais qu’il faut ménager. Pas de « Droit d’ingérence ». « Regardez ailleurs », aurait dit Pet-le-Toffe aux genoux trembleurs et aux cœurs sensibles. Pour Moscou, ce « proche étranger », le Tchétchène, dixit Kathia Légaré, est « d’une autre culture, d’une autre religion ». Édifiant ! Et puis on y trouve gaz et pétrole. Ah ! Ce conflit ne cesse de dégénérer et le silence onusien continue. « Tous, les yeux sur l’Irak », compris ? Poutine comme Sharon : « On ne discute pas avec le terrorisme ». Cette affreuse manière de lutter naît justement des refus de négocier. À Londres, des exilés de Grozny —là où l’on nie le réel— accusent les infiltrés du FSB —ex-KGB— d’horribles actes de sabotage, une Tactique bien connue. L’ex-URSS accordait l’indépendance (à l’Ukraine, à la Georgie) là où il n’y a ni gaz ni pétrole. Face aux atrocités des soldats russes —mal nourris, mal payés— des veuves deviennent des… kamikazes. Comme en Palestine, le terrorisme sourd du désespoir.

J’ai lu le dernier bouquin —« De si douces dérives »— de Gilles Archambault. Atmosphère d’auto-dénigrement, de rapetissement, tant qu’on en est comme… envoûté. Il déclare : « Je suis encore plus triste que mes livres », et : « Je suis déçu par ce que je publie face aux grands auteurs d’antan, de France ou des Usa ». Il craint sans cesse, « les remarques désobligeantes, blessantes ». Il a souvent songé à tout fuir, sans avis à personne, admet n’avoir pu oser. À cinq ans Archambault fut comme assommé d’être refusé à une fête d’enfants près de chez lui et « C’est une blessure encore ouverte », dit-il. « Je suis plutôt un diariste déguisé en romancier qui, au fond, refait toujours le même livre ». Pire : enfant, dans son Côte Saint-Paul natal, il songea à se jeter dans le canal d’eau voisin. « Je pensais : tout serait réglé », dit-il à Danielle Laurin (La Presse). Homme secret et doux, voix éraillée —on l’entend lire, mal, chez Le Bigot en week-end— Achambault (vaniteux comme tous les modestes blessés) sourit facilement mais comme en un masque japonais. Je le louangerai (il le mérite) à une prochaine rencontre, au Salon du livre qui vient. Gilles, mon petit camarade en écritures, vient de m’arracher le cœur.

MISCELLANÉES ?

On nous pose la question, chroniqueurs, d’où vous viennent vos idées ? Suivez-moi bien : comme chacun, on sort, on observe dans la rue, à l’épicerie, on écoute la radio, la télé, on lit (les quotidiens), on note sur un bloc. Tiens : l’ONU l’a calculé : « dans le monde, c’est onze milliards (11,000,000,000 !) —du « bel-argin-viande-à-chien !— que tout ce travail gratuit fourni par les ménagères ». S’il nous fallait payer pour chaque lavage, cuisinage, reprisage, soins aux enfants, etc., l’économie mondiale grimperait de 13…trillions. « Bin des zéros ça » ! Ces Cendrillons à vadrouilles —avant la venue du beau prince— sont indispensables. Qu’elles ne quittent pas la citrouille, ce serait la ruine économique. En 2003, la femme-à-maison ne gagne que 5% des revenus mondiaux —une femme sur trois travaille à l’ extérieur— et ne possède que 1% en immobilier. Alors, j’ y reviens : à quand le salaire (au moins minimum) pour le boulot des épouses à domicile ?

Pis quoi encore ? À Ottawa, bureau des surveillants en télé ( ce CRTC mollasson) s’inquiète : « Pourquoi donc la télé publique décline ? » Je lis : « C’est que nos téléromans québécois n’illustrent pas assez le multiethnique ». Appel con à la rectitude, au mensonge. Il n’y a que Montréal (son Centre-Ville) qui est vraiment multi-etnique; les odieux et méprisables « de souche » (racistes et fascistes, bien entendu) forment toujours 84 % de la population. « Au Canada-anglais, dit encore ce niais rapport du CRTC, c’est bien plus inquiétant le désintérêt pour leur télé publique ». Bande d’innocents ! Ou d’hypocrites ? C’est qu’il y a une évidence : aucune différence culturelle entre États-Unis et Canada- anglais. À part les intellos universitaires, personne ne distingue une différence culturelle; les masses Canadians ne sont captivées que par la puissante culture populaire des USA. Pourtant la CiBiCi dépense 666 millions d’argent public pour cette mascarade désertée. Coquille vide de public. Le Canadian est vissé sur « magazines, chansons, cinéma et radio-télé étatsuniennes ». Réalité qui crève les yeux. Incontournable. Le CRTC est une autruche pitoyable. Ici, il y a une active culture populaire québécoise (à cause de la langue), et rien d’équivalent en Ontario.

Pis quoi ? Jacques Noël sortait des chiffres : nous envoyons plus de 38 milliards à Ottawa (chaque année). Ottawa nous en retourne —services publics, péréquation— un peu plus de 30. Clair ? On perd plus de 6 milliards. Ajoutez les frais des dédoublements —deux ministères de ceci et cela— total : 3 milliards, donc perte de 9 milliards. Cher Monsieur « le chef des colonisés », John-fils-de-Red Charest — le « chef des colonisateurs » étant Paul Martin (prononcez Paowl Martinn), c’est des bidoux ! François Legault, ex-ministre, a raison de vouloir chiffrer (récupération de nos 38 milliards d’impôts) le budget d’un Québec décolonisé.

Et quoi aussi ? Y revenir. Denise Bombardier encore injustement bombardée. Pas intelligent, le patron du Point jette un contrat : fin des débats au Point. Au leu de corriger son erreur de départ :mettre en face à face l’expérimentée polémiqueuse et un… quidam. Ce loustic, Louis Godbout, se fit emboutir carrément. Il fallait inviter deux grandes gueules pour un débat loyal. Il n’en manque pas. Tenez, un Jean Paré, pour seul exemple, ne se serait pas fait rembarrer. Oh que non ! Coups de pied au cul qui se perdent; les sottes Rima Elkouri blâmaient la verveuse et dynamique Bombardier. Les sujets abondent : on louange et, plus souvent, on blâme le téléfilm de Labrecque sur le Bernard-en-campagne. Leçon pour l’avenir : un vrai chef politique devrait se méfier de tous ces encombrants conseillers (avec ou sans neud-papillon), ces gérants d’estrade ! Un chef en campagne devrait ne s’adresser qu’aux foules rassemblées, certes observées par caméras et micros. Éviter, que dis-je, abolir ces vains scrums où des mouches-de-coche s’agglutinent aux points de presse, cherchant la provocation-à-manchette pour l’heure des actualités. « À hauteur d’homme » a fort bien montré ce cirque, hélas consenti niaisement. Ce war room péquiste infect empestait les « tit-jos-connaissants ». Ces soi-disant experts invitent aux calculs, à la négation de ce que l’on est vraiment; ils tuent le vrai le franc, le naturel. Et ce sera l’échec. Bin bon pour lui !

Causons stress québécois. Des chercheurs lui ont trouvé trois sources : 1- d’abord fin de la religion (1965) . Donc des bons vieux repères, de la quête de transcendance, de spiritualité. Adieu les églises ! Surgit un vide, première cause de stress. 2- Après le refuge-politicien (1975) avec nos bons clercs (nouveau clergé protecteur) de la Révo tranquille, vint « la » grande déception. Patronage ancien et nouveau, fin des croyances en ces nouveaux prêtres-de-l’État-protecteur. Stress amplifié ! Voter —quand on y va— ne donne rien. 3- Plus grave :l’amour perçu désormais comme un élément fragile. Mariages aux orties et vite, couples anéantis, familles éclatées. Anxiété amplifiée et cet actuel stress québécois, disent les observateurs patentés.

Oui, les sujets pleuvent: « Cessons de subventionner davantage les garderies et augmentons les allocations familiales », dit une Hélène Gagnon. Bonne idée, je trouve. Simon Diotte parle : « Les enfants qui reçoivent sans cesse des parents bourgeois (dons pour une première maison, etc.) deviennent narcissiques, incapables de donner leur tour venu. Avant-tout, les enfants grandis doivent devenir autonomes ». Oh, quoi ? Eh oui, on veut aider et on nuit. Et pis quoi ? Une minorité iroquoisienne ( via son Conseil de bande) réclame : « Ottawa devrait nous acheter le monastère cistercien déserté (la Trappe d’Oka) et nous le donner avec tout son territoire ». Bin quin ! Pour en faire un bingo gigantesque, un casino ? François McCauley s’en insurge et parle du danger d’irresponsabiliser davantage les amérindiens, les traitant en citoyens infantiles. Il a raison, non ?

Récréation ? Je lis une publicité pour « cours en communication ». Je rigole : 1- Vaincre sa timidité; (ouen !) 2- Susciter de la sympathie ; (ouf !) 3- S’imposer; (hen quoi ?) 4- Pas craindre le ridicule; (« dequécé ») 5- Puissance de voix et de gestes, (aïe !) 6- Être diplomate mais montrer de l’autorité; (hein ?) 7- Mettez-y du vous-même, sortez vos émotions; (hon !) 8- Sachez conclure, donner un cadeau :un sujet à méditer; (ô Seigneur !) Cette annonce parle de « savoir convaincre…un mari, une épouse, un ado via l’oralité et le développement de son charisme ». M’est avis que tu l’as ou pas. Cet offre : trois heures par semaine et durant deux mois. À payer cash. J’avais 15 ans (1945) et il y avait déjà de ces néfastes placards dans les journaux, ça ne changera jamais l’attrape- nigaud.

Ah, la variété des sujets de chronique ? Une Mary Douglas proclame : « Comme il faut les mots pour exprimer la pensée, il faut des rites pour bien vivre en société ». Elle défend tous les rituels dont on voudrait se moquer, se débarrasser. Elle croit aux chandelles qu’on allume pour célébrer un anniversaire comme elle croit aux cartes de bons vœux, etc. Dit : « Animal social, l’homme est donc un animal à rituels. En faire fi par orgueil est un mal. Comme moi, elle aime les cartes postales ou de condoléances. Pour conserver l’amitié il faut recourir aux… signes d’amitié. Aussi : « qu’il n’y a pas de bons rapports sociaux sans ces actes symboliques ». Bravo !

Il y a aussi des sujets de blocnoter modestes. J’y repense sans cesse : il y a quelques jours, au crépuscule, sur mon petit quai, s’entassent quatre bernaches gigantesques. Et une petite. La belle beauté ! Vison d’ocres sombres et de gris vernis. Ému vraiment; c’était de la vie vive dans la solitude du soir. De la nature jamais tuée. J’avais la beauté à portée de la main. Non Rimbaud : « je ne l’ai pas assisse sur mes genoux » (« Une saison en enfer »). J’étais muet, bouleversé, immobile. Ainsi, un tout petit peu de sauvagerie dans une petite vile et nous voilà tout chaviré ? Tenez : Chemin Bates, ayant quitté le Mc Donald voisin, trois goélands figés, au soleil tombant, têtes à l’ouest toutes, sur les rails du chemin de fer… Projet de voyage ? « Go west young white birds », bon envol !

Double-vie ?

Je suis un polémiste aussi. J’aime m’épancher sur les temps de jadis et les comparer à aujourd’hui, mais j’aime aussi me tirailler. Je sors du studio-radio de François Dompierre (cbf-fm, culture, diffusion début novembre) pour cinq matins au pays de la nostalgie. C’était le mandat du « raconteur » invité. Aucune engueulade là. Par contre, je devrai polémiquer (soir du 17 novembre) à un café de la Place des arts. À propos ? D’un sujet nous concernant tous et depuis l’enfance : le bonheur. Ô « le » sujet ! Les humains courent après, et ce, depuis bien avant Platon et Socrate. Le formidable philosophe naïf Yvon Deschamps déclarait : « Le bonheur haït le bruit ».

Des foules croient que bonheur et progrès (technologique et sociologique) vont de pair. Ils ont menti. C’est souvent le contraire. Ce n’est pas être réactionnaire de constater l’HÉNAURME différence entre le confort et le bonheur. Plein de gens riches foncent vers dépressions (et suicides lents). Sans amis, sans famille, sans aucun contexte social chaud, c’est le malheur. Tenez, le monde ignore qu’une épreuve grave (par seul exemple, une maladie grave) peut conduire au bonheur. Si, si ! On y trouve alors une formidable lutte à mener, une bataille importante qui donne du prix à la vie; en tous cas qui révèle —réveille aussi— le plaignant, le râleur qui chialait sur sa vie monotone. Valium, prozac et compagnie, ne sont que des solutions moléculaires temporaires. Alcoolisme, drogues, sexolisme (donjuanisme) sont aussi de faciles et trompeuses échappatoires.

Et l’utopie ? Utile ? Oh oui ! Cela peut être un parti politique, une église et —hélas— une secte. Bonheur factice si on veut. Utile aussi de dénicher un labeur utile —job steady ou non— qui conduit au bonheur. On a l’embarras du choix à ce chapitre, pas vrai ? Se dévouer. Bénévoler. C’est prouvé. Ainsi on se découvre non seulement solidaire des malchanceux mais on y trouve une raison de vivre. Essayer cela, c’est garanti à 100% pour 100%. Un psy (Cyrulnik) raconte qu’envoyé tout jeune dans un asile où tout était à l’envers (donc à refaire) y trouva le bonheur. Labeur utile fécond.

J’oserai le dire : des fascistes, des nazis, des lepennistes, des intégristes, (talibans, kamikazes compris), des fondamentalistes vivent le bonheur. Il faut l’admettre. L’extrémisme est un euphorisant puissant. Même potion magique pour le mystique. Pour ce sublimeur, c’est la fin de l’angoisse, des conflits qui le ravagent. C’est la fin pour lui du « tout est relatif » ambiant. Un soulagement total. L’anxieux va se vouer à fond à un dieu : un intello médiatisé, une star de cinéma, un héros sportif; c’est selon sa culture, son niveau d’instruction.

L’être humain, trop souvent, est contre le bonheur —instinct de mort, masochisme— comme il est contre la liberté. Comment ? Pourquoi ? Parce que la liberté rend responsable. Il va préférer un refuge, rester comme il se définit :une victime (du sort). Mode actuelle répandue via « les droits-à-chartres ». Le fatidique et paresseux « pas ma faute » ! Il faut bien le constater : les humains furent comblés de bonheur (frelaté) sous Hitler, Mussolini, Franco, Pinochet… Faut en être conscient : la dictature est un fantastique placebo. Quand le despote crevait, il y a eu, chaque fois, inquiétude, la fin d’une certitude tellement réconfortante. La fin d’une cible totalisante : les sales capitalistes (Staline), les sale communistes ( McCarthy ou Nixon). Les sales musulmans (W. Busch) ? Le mal, « l’axe du mal », on y tient.

Détestation donc de la liberté car elle met fin à une cible claire.

Ma conclusion ? Je le dirai à mes jeunes auditeurs : pas de bonheur dans la solitude. On ne s’épanouit jamais seul. Il faut échanger. Pas simplement commercialement bien entendu. On ne se développe jamais seul. L’anachorète dans sa grotte est une exception rare. Tous, nous avons besoin de liens sociaux, de souvenirs communs à partager. Le même Cyrulnik affirme qu’un orphelin (libanais ou rwandais), un délinquant miséreux (en ghetto), est bien plus près du bonheur qu’un enfant de richard… s’il a des amis, sa bande. Un chef qu’il aime. Un enfant nanti élevé par une mère malheureuse —dépressive— ou par des parents inaptes au bonheur, est voué au malheur.

Mon mot de la fin : ayez une double-vie. Hen ? Quoi ? Oui, en dehors d’études obligées ou, diplômé, du boulot nécessaire, entretenez —au plus tôt— une passion. Une affection dans un domaine autre. C’est le secret —trop bien gardé— des gens heureux.