Double-vie ?

Je suis un polémiste aussi. J’aime m’épancher sur les temps de jadis et les comparer à aujourd’hui, mais j’aime aussi me tirailler. Je sors du studio-radio de François Dompierre (cbf-fm, culture, diffusion début novembre) pour cinq matins au pays de la nostalgie. C’était le mandat du « raconteur » invité. Aucune engueulade là. Par contre, je devrai polémiquer (soir du 17 novembre) à un café de la Place des arts. À propos ? D’un sujet nous concernant tous et depuis l’enfance : le bonheur. Ô « le » sujet ! Les humains courent après, et ce, depuis bien avant Platon et Socrate. Le formidable philosophe naïf Yvon Deschamps déclarait : « Le bonheur haït le bruit ».

Des foules croient que bonheur et progrès (technologique et sociologique) vont de pair. Ils ont menti. C’est souvent le contraire. Ce n’est pas être réactionnaire de constater l’HÉNAURME différence entre le confort et le bonheur. Plein de gens riches foncent vers dépressions (et suicides lents). Sans amis, sans famille, sans aucun contexte social chaud, c’est le malheur. Tenez, le monde ignore qu’une épreuve grave (par seul exemple, une maladie grave) peut conduire au bonheur. Si, si ! On y trouve alors une formidable lutte à mener, une bataille importante qui donne du prix à la vie; en tous cas qui révèle —réveille aussi— le plaignant, le râleur qui chialait sur sa vie monotone. Valium, prozac et compagnie, ne sont que des solutions moléculaires temporaires. Alcoolisme, drogues, sexolisme (donjuanisme) sont aussi de faciles et trompeuses échappatoires.

Et l’utopie ? Utile ? Oh oui ! Cela peut être un parti politique, une église et —hélas— une secte. Bonheur factice si on veut. Utile aussi de dénicher un labeur utile —job steady ou non— qui conduit au bonheur. On a l’embarras du choix à ce chapitre, pas vrai ? Se dévouer. Bénévoler. C’est prouvé. Ainsi on se découvre non seulement solidaire des malchanceux mais on y trouve une raison de vivre. Essayer cela, c’est garanti à 100% pour 100%. Un psy (Cyrulnik) raconte qu’envoyé tout jeune dans un asile où tout était à l’envers (donc à refaire) y trouva le bonheur. Labeur utile fécond.

J’oserai le dire : des fascistes, des nazis, des lepennistes, des intégristes, (talibans, kamikazes compris), des fondamentalistes vivent le bonheur. Il faut l’admettre. L’extrémisme est un euphorisant puissant. Même potion magique pour le mystique. Pour ce sublimeur, c’est la fin de l’angoisse, des conflits qui le ravagent. C’est la fin pour lui du « tout est relatif » ambiant. Un soulagement total. L’anxieux va se vouer à fond à un dieu : un intello médiatisé, une star de cinéma, un héros sportif; c’est selon sa culture, son niveau d’instruction.

L’être humain, trop souvent, est contre le bonheur —instinct de mort, masochisme— comme il est contre la liberté. Comment ? Pourquoi ? Parce que la liberté rend responsable. Il va préférer un refuge, rester comme il se définit :une victime (du sort). Mode actuelle répandue via « les droits-à-chartres ». Le fatidique et paresseux « pas ma faute » ! Il faut bien le constater : les humains furent comblés de bonheur (frelaté) sous Hitler, Mussolini, Franco, Pinochet… Faut en être conscient : la dictature est un fantastique placebo. Quand le despote crevait, il y a eu, chaque fois, inquiétude, la fin d’une certitude tellement réconfortante. La fin d’une cible totalisante : les sales capitalistes (Staline), les sale communistes ( McCarthy ou Nixon). Les sales musulmans (W. Busch) ? Le mal, « l’axe du mal », on y tient.

Détestation donc de la liberté car elle met fin à une cible claire.

Ma conclusion ? Je le dirai à mes jeunes auditeurs : pas de bonheur dans la solitude. On ne s’épanouit jamais seul. Il faut échanger. Pas simplement commercialement bien entendu. On ne se développe jamais seul. L’anachorète dans sa grotte est une exception rare. Tous, nous avons besoin de liens sociaux, de souvenirs communs à partager. Le même Cyrulnik affirme qu’un orphelin (libanais ou rwandais), un délinquant miséreux (en ghetto), est bien plus près du bonheur qu’un enfant de richard… s’il a des amis, sa bande. Un chef qu’il aime. Un enfant nanti élevé par une mère malheureuse —dépressive— ou par des parents inaptes au bonheur, est voué au malheur.

Mon mot de la fin : ayez une double-vie. Hen ? Quoi ? Oui, en dehors d’études obligées ou, diplômé, du boulot nécessaire, entretenez —au plus tôt— une passion. Une affection dans un domaine autre. C’est le secret —trop bien gardé— des gens heureux.

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