Blocnoter en vrac ?

Mon bonheur de chroniquer. Je lis que John-fils-de-Red-Charest (visite officielle à New-York) a dit qu’il allait refuser de parler de la souveraineté du Québec. « C’est une affaire interne, dit-il, un débat qu ne concerne que les Québécois.». Et pas les Étatsuniens ? Innocent ou couard ? L’ex-délégué du Québec à Washington vient de raconter les incessants barrages vécus et dénonce la « collabo » Julie Mivile-Deschênes (de Radio-Canada) de mêche avec Raymond Chrétien : « Faut bloquer ce régime indépendantiste au pouvoir ». Pierre Nadeau (délégué à Boston) a raconté ce même « blocus ». FBI et Cie s’en mêlent, sans cesse, John Charest n’a qu’à consulter les archives. Imagine-t-on un Vladimir Poutine en visite à New-York déclarant : « Je ne dirai rien de la Tchétchènie » ? Ou Ariel Sharon affirmant : « Je ne dirai rien des Palestiniens »; Ils passeraient pour deux cons.

Sujet autre : à Paris, depuis septembre, 700 nouveaux romans déboulent en librairies. Il y a là-bas un racisme inverti. Quoi ça ? C’est l’auto mépris, l’auto racisme :au magazine « Lire », Assouline, directeur, ose : « Tous ces livres ? Ce qui nous intéresse surtout c’est ce qui se fait à l’étranger ». Josyane Savigneau (« Le Monde ») a bien fait de lui rétorquer « haine de soi ». Ici, ce vice —le racisme inverti— est très répandu. Lire nos médias où l’on donne de l’HÉNAURME visibilité aux auteurs d’ailleurs. Colonialisme jamais mort ! Même sujet : la littérature, un rapport dit : « Seulement deux sur cent écrivains québécois vivent de leurs droits d’auteur »; y a-t-on fourré des scripteurs de télé ? Vrai que ce n’est pas un métier ordinaire, c’est une vocation. À hauts risques. Je n’en recommande jamais l’étude alors que se multiplient l’imposture des cours de « création littéraire ». Vaut mieux avoir un autre métier, un vrai.

Sujet suivant ? Comme tout le monde, j’ai étudié l’anglais à la petite école et puis au collège, en huit ans, ce fut nul. Ce vain débat sur son enseignement « en deuxième ou en cinquième année » ?, ne changera rien. Il faudrait des enseignants dont la langue maternelle est véritablement l’anglais. Sinon gaspillage d’argent, perte de temps. Il y a encore plus grave : il faut des occasions de le pratiquer. Or, pour la majorité, il n’y en aura pas et on oubliera vite la langue apprise. En Ontario, d’ex-étudiants en français —à l’Université Laval comme à la fameuse école d’immersion de Trois Pistoles— avouaient avoir vite oublié le français. Jadis, deux de mes camarades (à Radio-Canada), apprirent —par amour particulier— une langue autre, l’allemand et l’italien. Faute de pouvoir pratiquer, ils me confirmèrent avoir tout oublié. Avec la mobilité des emplois dorénavant, vaudra mieux —un emploi pouvant se présenter en Arabie ou en Chine ou en Allemagne— aller alors s’inscrire dans un cours d’immersion (genre Berlitz). Faisant leur « secondaire » en anglais, des jeunes pourraient fort bien n’avoir jamais à l’utiliser, décrochant « emploi unilingue sur emploi unilingue français » ici.

« Aïe Marie » ! Vieille chanson. À Ottawa on joue la carte du laxisme à gogo; légalisons —un peu, juste assez, pas trop— la marijuana. Or un psychiatre, Hubert Wallot, sort des recherches. 1-Son usage fréquent conduit à l’anxiété. Et souvent à la dépression ( études en Australie). 2-La mari peut développer la schizophrénie (études en Allemagne). 3-Elle aboutit souvent à des symptômes psychotiques (étude en Nouvelle-Zélande). La bonne santé mentale (pas les poumons comme avec le tabac, mais le cerveau ! ) est donc menacée chez ses usagers. Bof !, jouons les « dans-le-vent », les « cools » disent les Coderre, Cauchon.

« Mon », « ton » ou « son » enfance ? « L’enfance est un couteau planté dans la gorge » ! Signé Wadji Mouawab. Je sursaute ! Pas pour tout le monde. J’ai eu cette chance de vivre une enfance radieuse.

« Incendies », sa nouvelle pièce, raconterait une mère morte qui invite ses enfants exilés à revenir au Liban natal (dont le sud est envahi par les Israéliens fusillant des islamistes palestiniens). Mais un Simon reste accroché à ses fragiles nouvelles racines et une Jeanne ira à la mère-terre. De ce déchirement, l’auteur en a « le couteau dans la gorge ». Apatride, le pire des sorts », disait Dostoïevski.

Apatrides volontaires, nos jeunes exilés se multiplient. Jadis c’était nos missionnaires cathos, il y en avait partout, sur tous les continents. Ce fut, hélas, l’exil de nos plus brillants meilleurs cerveaux dans un Québec pourtant mal pris, démuni. Exemple d’apatride moderne ? Claude Lacasse qui, à 19 ans (devenu Knowlton, Lacasse rayé) fait le rêve classique : une carrière à Hollywood ! D’abord waiter; en cet eldorado, ils espèrent tous, par dizaines de milliers. Ô american dream ! Lacasse sera un cassé de plus et, déçu, fuit à Vancouver. À 37 ans maintenant, il y fera des pubs, puis du feuilleton- télé canadians. En ce moment même combien de jeunes Lacasse —reniant leur patronyme— attendent « le miracle » lavant de la vaisselle dans un snack de Los Angeles ?

On peut chroniquer sur tout. Ainsi il y a notre parlure, le joual, et il y a le scots. Langue maternelle des Écossais; lousy english aurait dit Pet-le-méprisant de la chic Avenue McCulloch. Vive l’Écosse libre cher Sean Connery, militant avoué de la cause écossaise ! Michel Tremblay, trouva donc des « frères joualisants » à Edimbourg. La mère Tatcher (années 1980) —et ses politiques de droite— fit se réveiller ce nationalisme écossais. Tony Blair, ayant chassée la « ferraille » blondeur du pouvoir, accorda un parlement à l’Écosse, en 1999. Un calmant ? Au Québec, énervé par les appels des révolutionnaires du sud se décolonisant, Londres nous accordait ainsi un parlement (à contrôle impérialiste). Cette étonnante destinée d’un dramaturge d’ici, Le joual-Tremblay trouvera-t-elle d’autres voies ? Là où on veut renouer avec les langues nationales dialectes enterrées de force. Bretagne, Provence, Corse, Sicile…Texas ?

Vive la Tchétchènie libre ? En octobre de 2002, on a vu le terrifiant règlement poutinien —rapide et atroce— lors d’une prise d’otages dans un théâtre de Moscou. Silence partout dans les gradins onusiens. Ouvrage sordide d’un nouvel allié mais qu’il faut ménager. Pas de « Droit d’ingérence ». « Regardez ailleurs », aurait dit Pet-le-Toffe aux genoux trembleurs et aux cœurs sensibles. Pour Moscou, ce « proche étranger », le Tchétchène, dixit Kathia Légaré, est « d’une autre culture, d’une autre religion ». Édifiant ! Et puis on y trouve gaz et pétrole. Ah ! Ce conflit ne cesse de dégénérer et le silence onusien continue. « Tous, les yeux sur l’Irak », compris ? Poutine comme Sharon : « On ne discute pas avec le terrorisme ». Cette affreuse manière de lutter naît justement des refus de négocier. À Londres, des exilés de Grozny —là où l’on nie le réel— accusent les infiltrés du FSB —ex-KGB— d’horribles actes de sabotage, une Tactique bien connue. L’ex-URSS accordait l’indépendance (à l’Ukraine, à la Georgie) là où il n’y a ni gaz ni pétrole. Face aux atrocités des soldats russes —mal nourris, mal payés— des veuves deviennent des… kamikazes. Comme en Palestine, le terrorisme sourd du désespoir.

J’ai lu le dernier bouquin —« De si douces dérives »— de Gilles Archambault. Atmosphère d’auto-dénigrement, de rapetissement, tant qu’on en est comme… envoûté. Il déclare : « Je suis encore plus triste que mes livres », et : « Je suis déçu par ce que je publie face aux grands auteurs d’antan, de France ou des Usa ». Il craint sans cesse, « les remarques désobligeantes, blessantes ». Il a souvent songé à tout fuir, sans avis à personne, admet n’avoir pu oser. À cinq ans Archambault fut comme assommé d’être refusé à une fête d’enfants près de chez lui et « C’est une blessure encore ouverte », dit-il. « Je suis plutôt un diariste déguisé en romancier qui, au fond, refait toujours le même livre ». Pire : enfant, dans son Côte Saint-Paul natal, il songea à se jeter dans le canal d’eau voisin. « Je pensais : tout serait réglé », dit-il à Danielle Laurin (La Presse). Homme secret et doux, voix éraillée —on l’entend lire, mal, chez Le Bigot en week-end— Achambault (vaniteux comme tous les modestes blessés) sourit facilement mais comme en un masque japonais. Je le louangerai (il le mérite) à une prochaine rencontre, au Salon du livre qui vient. Gilles, mon petit camarade en écritures, vient de m’arracher le cœur.

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