Lettre ouverte à M. Tetley, ex-ministre.

Monsieur le prof de droit à Mc Gill, je viens de lire (Le Devoir du 24 octobre) votre étonnante version d’Octobre 1970 » qui vane les bienfaits de l’armée dans Montréal et des 497 incarcérations préventives. Selon vous, trois manifs de 1969 (7,31 oct. Et 7 novembre), un an avant (!) l’automne de 1970, pavaient la justification des « Lois de guerre ». La grève des médecins (spécialistes) aurait amené Bourassa et Drapeau, le 15 octobre, à songer « déjà » à cette loi d’exception. C’est tout noté. Selon vous, le 16 octobre les dés étaient jetés et Trudeau consentait comme malgré lui (hum…) à envoyer la soldatesque. Cette liste noire policière (avec des Godin, Pauline Julien, Miron, etc.) révisée par la bande à Gérard Pelletier fut stoppée plus tard par Jérôme Choquette qui en « eut assez de la farce » (ses mots en interview), était donc bien plus longue qu’on croit.

Alors candidat à l’échevinage pour le FRAP (dans Ahuntsic ouest), j’avais eu droit à deux subites inspections : pour les plaques des vélos de mes enfants et puis pour vérifier l’état de ma fournaise ! Ça fouinait dans la cave et le garage du maudit barbu gauchiste. Sachez, maître, que les cris « du sang dans nos rues », par un Drapeau hystérique en campagne électorale, de « Ce FRAP paravent hypocrite du FLQ », par un Jean Marchand enflammé à Vancouver, de ce « Coup d’état-putch des Pépin, Ryan, Lévesque », rumeur répandue par dame Gérard Pelletier à Ottawa, tout cela, assassinait dans son berceau un démocratique parti municipal de gauche. Toutes nos assemblées publiques ou « de cuisine » se faisaient annuler très subitement. Ce fut la fin brutale d’un espoir. Cette hideuse propagande fit triompher Drapeau en pleine Crise d’octobre.

Le démocrate (?) William Tetley s’en trouve tout content, lui, et vante Frank R. Scott qui respirait d’aise avec son « le gouvernement est de nouveau stabilisé ». Non mais… Ce pauvre vieux Scott qui se baladait sur sa longue galerie —avec sa carabine— tant il craignait les terroristes en Estrie ! Bouffonnerie. Il ne reste qu’une franche lecture d’Octobre 1970 : sous prétexte de capturer une toute petite poignée de terroristes québécois, il fallait en profiter pour discréditer et le Parti québécois (avec vol de ses listes électorales, incendies frauduleux, faux communiqués felquistes) et du même coup le jeune FRAP. L’ex-ministre libéral n’a qu’un seul regret : « N’avoir pas mieux vérifier la liste des internés ». Mais il s’abrite aussitôt : « Bourassa nous disait qu’il ne fallait pas s’immiscer dans le travail policier ». La police bien au dessus des élus quoi… Franchement M. Tetley, téter comme ça, c’est « téteux » rare !

Claude Jasmin, écrivain

Sainte-Adèle,

24 octobre 2003.

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