Adieu Leloup, adieu !

Adieu Leloup, adieu ! Ici, comme une lettre ouverte au jeune louangé —mais défroqué— de la toune pop. Il se tue ? Il tue son personnage. Il fait bien ? On verra. Il en a assez de qui, de quoi ? De « lui », de l’image dont il est en bonne part responsable. Cela arrive. « Je est un autre », écrit Rimbaud. Je lis qu’aux USA (seulement ?), chaque année, des milliers de personnes disparaissent soudainement. On ne sait plus rien de ces disparus. Partis pour s’acheter des cigarettes et…plus de nouvelles, jamais. Gary-le-célébré tue Gary. En avait assez de lui-même ? Romain Gary s’invente alors un double : Emile Ajar. Grand succès de cet avatar, ce sosie encombrant et ça recommence . Il se tire une balle rue du Bac, à Paris. Bang ! Aquin tue Aquin. Pour vrai lui aussi : affreux bang dans le jardin d’un couvent, Villa Maria.

Leloup, glorieux, tue donc Leloup. Il dit que « le cirque à palmarès » (Adisq compris) ne l’amuse plus du tout. « Trop de parasites, de « 2 de pique », de niaizeux ». Il songe au roman. Oh Seigneur ! Il va voir un drôle de cirque là-aussi, le prévenir. C’est un monde sec sans aucun glamour, sans guère de ce « médiastisme », avant tout prêté aux chanteurs, humoristes, héros des téléromans. Si c’est ce qu’il veut le silence, qu’il songe à la danse ou à la peinture, là (hélas !) c’est vraiment la totale solitude médiatique. La sainte paix. Planète atroce que celle des littéraires, il va voir ça et vite. Rien ne fonctionne vraiment. « Le livre » —exactement comme pour le jazz— c’est, une fois l’an, la grosse fête (de Salon) subventionnée sous l’Hôtel Bonaventure. Une mascarade. Un trucage. Le reste du temps :le silence pardessus le silence mon pauvre Leloup virtuel romancier.

Leloup déclare : « Désormais, mon nom est Jean Leclerc ». Le chanteur rock, à l’apogée de sa jeune carrière (abandonnée), veut muer. C’est correct. Nous étions nombreux à bien voir que c’était un jeune homme singulier, grimacier, ricaneur, masqué : ironies, sarcasmes, caricatures, un zest de violente fronde; la dégaine d’un vieux gamin jamais dompté. Vouloir ne plus faire le bon chien, être le loup vrai. La fable de Lafontaine. Est-ce un suicide ? Non, non, son droit :changer de cap. Des dizaines de jeunes talents —encore trop mal connus— qui se couperaient un bras pour obtenir un dixième de sa popularité. Un ingrat alors ? Car feu Leloup, lucide, rit de ses thuriféraires, se moque cruellement de ses complaisants commentateurs, tourne le dos à sa propre église ? Tonne de reportages en presse-radio-télé qu’il jette aux ordures. Un sans coeur ? Vas-y mon gaillard, tourne le dos. Éloigne-toi vite citoyen-Leclerc, simple « ci-devant » !

Jadis on lisait : « Pars, ô mouse !, tu reviendras en disant qu’aucune terre n’est si douce que la terre où nous sommes né ». Ouen, ouen ! Vie nouvelle ? Pardon mossieu, monsieur qui ? Ah, Leclerc, votre nom ? Prenez un ticket. Mettez-vous en ligne avec les autres loustics si-ou-pla ! Quand on vous sonnera, suivez le guide, mossieu Leclerc, la « maison du roman » est une cabane branlante, n’y cherchez plus un micro ou une caméraL’adulation de vos jeunes, M. Leclerc, ne vous suivra pas du côté de « chez bouquin », vous verrez. « Chez ces gens-là, dirait Brel, on ne lit pas monsieur, on ne lit pas » !

Les déçus, les ratés, les ignorés se voient confortés, un allié inattendu la « star » consacrée qui jette le tablier, son froc de « veudette » aux orties. Hon ! Dans la cale des échoueries —soulagés, étonnés— les toujours obscurs s’exclament en ch½ur : « On vous le répétait, ce loup déserteur le confirme : « Yes William ! il y a « queukchose » de pourri au royaume de la chanson ». Une étoile qui s’éteint d’elle-même, signal fataliste ou la respectable recherche d’un supplément d’âme ? Nombreux ceux qui ont vu la terrible détresse —par seul exemple— dans la vedettariale « téléréalitévisée » d’une Michèle Richard vieillissante. Terribles images ! Brel tuait Brel et se fit l’aviateur-dépanneur aux Marquises. Je ne m’en consolais pas.

Voilà donc Leloup assassinant Leloup. Meurtre symbolique. Faut savoir jeter le passé s’il nous pèse. Il y faut du courage car c’est facile quand il n’y a aucun succès. Le revoir un jour en romancier ? Ou en vagabond céleste bien kérouacien ? Tant pis, nous aurons eu droit —pour un temps limité mais on ne le savait pas— à un jeune iconoclaste effronté, aux sourires sardoniques, aux gestes fous, aux rires jaunes sur dents blanches, qui ruait dans de vieux murs-à-clignotants, qu’il a jugé n’être que du carton-plâtre décoratif. Il a décroché sa boule-aux-miroirs, ses amplis, les poursuites-à-couleurs :« È finita la comedia ! » Faut le faire. Le music-hall des aspirants continuera : rideau, rideau, crient les Wilfred ! Ça piaffe… mais sa place est imprenable.

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