«ADIEU SALON ! PLACE À LA FOIRE DU LIVRE !»

Un des nombreux dirigeants (subventionnés) en salons-du-livre (au Saguenay ) se lamente : « Avec les coupures, un salon du livre deviendra un simple magasin de livres ». Et sus à dame Line Beauchamp, ministre-ès-culture. Mais quoi ? C’est exactement cela un salon…du livre, allons. Lâchez-nous le mot « salon » qui fait très 19 ième siècle et sonne si faux. C’est une « foire commerciale » qui n’ose pas dire son nom; pourtant le mot « foire » ne mord pas ! Chaque année, la plus grosse et la plus franche manifestation du genre se tient en Allemagne (à Francfort).

Ici, chaque année, il y a 5 ou 6 écrivains « favoris » qui amènent de petites foules aux kiosques-à-dédicaces. J’ai eu mon tour jadis. À Montréal on proclamait cette année : « Venez, plus de mille auteurs présents ! » Un farce ? 995 écrivains observaient les quelques dédicaceurs-à-la-chaîne. Ce mince peloton de chanceux, le petit gang des élus-de-l’année : Aznavour, Beg-bédé, Yann Martel, la belle Arlette et ses sauces à rallonge. Et qui encore ? Ça change chaque novembre.

« SI J’ARA SU, J’ARA PAS VENU »

Quelques sept ou huit grosses maisons d’édition (dont celles de Paris) installent de splendides « magasins ». Ces HÉNAURMES et néanmoins respectables marchands de livres se transforment en « libraires d’un week-end ». Tout autour : une majorité de petits éditeurs regardent circuler vainement les chalands avec tout plein d’auteurs méconnus (la relève ?), non-médiatisés, souvent inconnus injustement, qui s’ennuient fermement, gribouillent d’intimes graffiti devant leur comptoir… désert. Cette année mon bien modeste éditeur (« du Lilas ») fut installé dans un recoin, dos au mur de froid béton. De la place pour une table et deux chaises ! Chaque jour de ce wek-end, tu attrapes une dizaine d’aficionados, les droits d’auteur récoltés ne suffisent qu’à rembourser le parking sous le Bonaventure (15 $ par soir).

Drôle de commerce…non-rentable ! Consolation, on m’offrait des « rencontres » sur quelques tétreaux aux angles de la librairie géante. Jasette-à-micro avec des collègues. Vendredi ( modeste cachet) avec Kattan et Archambault, sous Fugère. . Samedi, (sans cachet mais… du chocolat !) « Génie-en-herbes » sous Paul Arcand. Dimanche (pas de cachet) avec la divine Clémence, sous Miss Bombardier jr. Pour tous les autres, rien de cela. Rien. C’est trois heures d’absence à mon « petit coin » quoi ! Aznavour, Martel et Cie, très entourés, ont mal au poignet, eux. 995 écrivains se disent peut-être : « si j’ara su, j’ara pas venu ». J’ai entendu des éditeurs (pas Grasset-Seuil-Gallimard ) affirmer : « C’est pas payant ces salons mais c’est une vitrine ». Les allées centrales, voies royales sur tapis rouge, débordent de bouquinistes-du-week-end avec plein de voiturettes, de poussettes et d’écoliers ramasseurs de signets signés. À voir cette foule, on se dit que Montréal est une ville intellectuelle. Or c’est un leurre. Une illusion. Exactement comme pour le jazz, l’été. Parade de courte durée.

Cette étrange et bien courte « fête-du-livre » est un vaine mascarade subventionnée par l’argent public, la semaine d’après, les librairies, débarrassés de ces odieux « concurrents d’une fin de semaine », restent des lieux, hélas, très peu fréquentés. Questionnez ces valeureux « marchands de livres ». Le régime Charest, pas si libéral qu’on croit, vient de mettre un petit cran d’arrêt à ces gigantesques magasins. Plein d’organisateurs, bureaucrates salariés —supportés par de merveilleux bénévoles— blâment la minisse-des-arts, Line Beauchamp. Pas moi.

CONCOURS, AUBAINES, TIRAGES, BINGO

Je recommande à ces plaignard subventionnés de mieux montrer un visage franchement commercial, qu’ils se ré-orientent vers commerce-et-commerce : suffit de jouer la carte-culture. Bas les masques ! Place à la franchise des marchands ordinaires. Les éditeurs abandonneraient leur 30 % ? Oh ! Les distributeurs feraient pareillement ! Pourquoi pas les imprimeurs, les éditeurs leur 15 % ? Oh, oh ! Il y aurait offres de bons-rabais. Des concours à gages. Des aubaines cocasses bien réelles, genre dix exemplaires de « Caleb-filles » en incessants tirages-bingo. Et, sans cesse de beaux prix de présence. Sans arrêt, un coin loft-story. Aussi un coin « livres usagés ».

Encore ? Tiens, un coin « vedettes-qui-lisent ». Avec plein de Roy Dupuis, de Marina Orsini, costumés, à des lutrins lumineux, pour des sketches dramatiques. À vos marques populaires cinéastes, téléastes chéris du public !

« Oui, oui, dit le loustic, on est disposé à payer des frais d’entrée, amenez-nous le homard-Wilfred qui chante du Nelligan, le gras Brière-Bell en Ti-Zoune découvrant Agakuk-en-poche. Séraphin-Lebeau avec sa poche « d’argin » remplie de luisantes beauchemineries, viande à chien ! Un beau Survenant, nevermind, avec sa vieille-fille martyre, récitant du Miron-mironton. Aussi, les chassés d’un loft fench-kissant le tigre de Pi ! Foin des pudeurs littéraires ! Foin des aristocrates-du-livre ! Sus aux afféteries intellectichiantes. Ce sera « à guichet fermé » les scènes payantes, vous verrez ! On aura une vraie foire et les foules seront ravies. Tous nos marchands —y compris les éditions en gastronomie, jardins et horoscopes— se passeront enfin des subventions-de-dame-beauchamp. Séguin le disait : « Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour l’État ». Ainsi on aurait un vrai « centre commercial » temporaire de bouquins variés avec tant d’attractions bien publicisées au lieu de ce soi-disant « salon littéraire » pour cinq « meilleurs vendeurs» annuels. Stoppez le puritanisme et assumez la vocation marchande.

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