Jean-Paul Leclerc est mort

Un inconnu ? Pas pour tout le monde. Ce modeste artisan-réalisateur (« Grand remou » de Mia Riddez), vient de mourir. Comme tous les valeureux Jean-Paul Kingslay d’ici, l’aspirant-acteur, tout jeune, voulait répandre l’art du théâtre durant la guerre de 39-45. Je revois ce fils du vétérinaire de Sainte-Cécile épinglant lui-même ses affichettes sur tous les poteaux de téléphone du quartier Villeray, aux vitrines des magasins. Sa photo avec le traditionnel foulard au cou, pour « faire artiste », qu’il signait « Guy Dugas ». Selon la mode du pseudonyme dans le temps. Ça proclamait : « Venez nombreux voir « La fiancée du commando », à la salle St-Alphone rue Saint-Gérard. 50 sous ! ».

Le jeune Mario Verdon, d’autres flamboyants inconnus, se joignaient à Leclerc-Dugas et rêvaient d’une carrière. En lavant la vaisselle, à quinze ans, je les entendais rêver, bohémiens moqués, buvant café sur café, au petit caboulot de mon père rue Saint-Denis. Sa mort récente m’a fait me souvenir d’un maigre temps où un Gaétan La Brèche (papa de Marc), la belle Denise Dubreuil et tant d’autres, faisaient partie du mince peloton « des espérants ». C’était avant les écoles professionnelles d’art dramatique, les théâtres subventionnés répandus, c’était le temps des petites noirceurs québécoises. Jean-Paul Leclerc finit par biffer ce Dugas, devenait réaliste et s’engagea comme régisseur de plateau d’abord aux dramatiques de la SRC. Paix à son âme de pionnier.

2003-11-28

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