Ma mère.

La presse jase ces temps-ci de « dénatalité grave » au Québec. On sonde les gens. Quels remèdes à ce désastre national ? Immigrations tous azimuts ? Verser un salaire aux « mères à la maison » ? On lit que 77 % des sondés disent : « oui, bonne idée ». Autre question : « Les enfants de jadis étaient-ils plus heureux ? » Je lis tout cela et je songe à ma mère. Elle fut toujours là, présente, sans cesse. Nous entrions au foyer et étions bien certains que maman était présente pour nous accueillir. Nous consoler de nos petites peines ou nous gronder pour nos petits méfaits. C’était l’inévitable phare bienveillant. Une source de sécurité affective. Une source de bonheur immanquable. Une présence indéfectible, la précieuse chaleur de notre maison. Et il en allait de cette façon partout autour de nous, pour tous les amis du quartier. Et dans tous les quartiers bien entendu.

Pas question en ce temps-là de « la clé au cou ». Ou d’aller « déposer », tôt le matin, ses enfants dans des garderies pour aller les « ramasser » parfois dix heures plus tard. Et point de cette culpabilité maudite. Nous étions, heureux du fait , chaque midi : « C’est moi, m’man », et on entendait : « Bonjour mon p’tit gars, ça a bien été à l’école, ta soupe chaude est servie. » Ma mère n’est jamais allé —avec des copines de boulot— manger dans les restaurants, ni boutiqué ensuite aux jolis comptoirs de la féminité coquette d’aujourd’hui. Entre dîners et soupers, rarement —et comme à la sauvette— maman allait voir « un film français » au Château du coin de sa rue. La maison était ouverte tous les jours, jamais de verrouillage de l’entrée. Le dimanche, récréation : visite de ses soeurs, mes tantes, ou de sa chère vieille amie du couvent, Gertrude. Désormais, la fille a appris un métier, diplômée, elle a droit à un aussi bon salaire (pas toujours hélas) que le gars. Ça ne va plus changer, rien à faire. Elle va verrouiller la porte tous les matins et s’en aller au travail qu’elle aime (pas toujours). Ma fille (d’autres aussi sans doute) quittera son métier (de maîtresse d’école) pour rester au foyer, pour ses trois garçons. Mon fils, lui aussi maître d’école, s’installera un bureau (d’inventeur de jeux de société) « at home ». Ses deux garçons connaîtrons (ce qui n’existait pas jadis) ce qui se nomme « un travailleur autonome », et un pigiste (photo, journalisme pop ). Les temps changent. Je garde ma nostalgie par devers moi : fini pour la plupart « maman toujours présente ». Ai-je le droit de croire que c’était « le bon vieux temps » ? La question est posée : « Étions-nous, enfants, plus heureux » ? C’est « la » question !

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