LE COUPLE À QUATRE ?

La fin d’une année c’est le bon temps pour réfléchir. Je sors de ” L’UN EST L’AUTRE ” d’Élisabeth Badinder qui, savante, joue de palethnologie, d’anthropologie, d’analyste sur-cultivée. Elle fait le tour des cycles humains à partir des débuts de l’humanité. ” Enfin, nous émergeons ”, triomphe-t-elle. ” L’autre ” —la femme— vient de voir se briser à jamais un antique ” moule ”, la femme n’était qu’un ” objet ”, serviable outil à fabriquer des bébés. Depuis la ” pilule ” —et le droit d’avorter— la femme n’est plus seulement ” un ventre ”. Elle décide : pas d’enfant. Ou un, ou deux.

La famille ne ressemble plus du tout à celle d’antan. La ” mère célibataire ” n’est plus la vilaine pécheresse de jadis. La femme nouvelle garde son nom, son autonomie, a un métier. Surtout refuse de supporter toute une vie (comme nos mères si souvent) l’homme qui la déçoit. Les enfants se font ” élever ” par des étrangères, gardiennes spécialisées. Se feront éduquer par la télé omniprésente. Par les jeux électroniques. Par un cinéma ciblé ” jeunesse ”. Par l’Internet, univers offert aux simples cliquetis d’un clavier. Nos enfants y trouvent des valeurs qui n’avaient aucun cours jadis. La famille ? Un bref ” rendez-vous ” entre l’avant-souper et le sommeil. L’Occident a mué radicalement. La dénatalité menace et le nécessaire noir discours écologique se répand. Il fait réfléchir : ” Fonder une famille ” ? Dans les années 1940, tante Pauline, ” femme au travail ”, était un phénomène, maintenant c’est ” la mère au foyer ” qui se fait remarquer.

Badinder s’enchante de voir l’homme nouveau qui cuisine, fait le ménage, lave, soigne et pouponne ” son ” bébé ! Impensable au temps de nos ” pères- pourvoyeurs ” seulement.

Le noeud de ” L’un est l’autre ” ? ” Désormais ils sont quatre dans un couple ! Quoi ? Oui. Il y a la femme virilisée et, dans ce même corps, la femme féminine. En face, l’homme-féminisé, plus sensible, aussi l’homme durablement masculinisé. ” C’est formidable ”, dit-elle. N’a-t-on pas trouvé (un peu) de testostérone chez la femme et de l’½strogène (un peu) chez l’homme ? Ce quatuor —androgynie mutuelle— est un net progrès, dit-elle. Cette androgynie veillait depuis l’homo erectus, le sapiens sapiens. Elle affirme que ce ” double-duo ” dans le couple intelligent fut étouffé, bafoué par l’exécrable peur-domination —multiséculare— des mâles. Ces ” quatre accouplés ” doivent s’harmoniser, négocier en liberté. Sinon ? Séparation inévitable.

Selon Badinder, après les Déesses, l’Égypte d’Isis et d’Osiris, merveilleux couple céleste, toutes les autres les religions —les mythologies d’abord— furent l’ouvrage des mâles énervés par ” l’autre ”. Zeus, Jupiter, Yaveh, Dieu, Allah… tous des mâles, dieux-hommes, pères-fouettards des alliés utiles aux chefs de tribus, aux tyrans, aux rois, aux pères despotiques. Son bilan ? Les enfants d’aujourd’hui sont sans la mère-poule, omni-présente, départis des valeurs anciennes. Badinder, avec confiance et malgré les dégâts inévitables de cette nouvelle donne, reste optimiste, dit que l’évolution —que rien ni personne ne peut stopper— finira par réguler le nouvel ordre homes-femmes. Ordre qui sera, à son tour, ébranlé ? Oui, dit-elle, par ” l’homme enceint ” —des scientistes y travaillent, par la machine ” couvoir d’embryons ”, ventres mécanisés. C’est parti déjà. En attendant, des parents anxieux et des enfants bousculés s’angoissent. Badinder répond : ” Le changement fait toujours peur d’abord ”. Et, avant le mot ” fin ”, franche, elle ne désavoue pas ses propres inquiétudes.

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