Il parle avec les chiens.

J’écoute Claude Dubois à la radio qui chante « Le labrador », de son père. Ô la si belle chanson ! Fin du temps des Fêtes et je bouffais (c’est bon ) « Chez Lévesque » rue Laurier, avant d’y arriver, dehors, vive glace noire, hypocrite neige blanche, ce vendredi, un terrifiant vent à décasquer tous les Tit-Coune d’icitte ! Plus tard, ma bonne chère « bavette-aux-échalottes ». à « La Moulerie », rue Bernard, Y est le Roger Rolland de « Carte blanche », —poète iconoclaste— en grande forme qui me salue. Dehors ce mardi soir ? Encore et toujours les effrayantes rafales, l’hiver raide et dur. La misère ? Non. Je pensais aux chiens du Labrador de Dubois. Parlons « chiens ».

Il était temps, à mon grand âge, d’essayer ça, « le traîneau à chien ». Un peu passé Val David, sur le chemin qui mène à Sainte-Lucie, si vous voyez un vieil autobus scolaire, orangé bien entendu, parqué au bord d’un chemin, c’est là. Il parle avec les chiens, il se nomme Philippe Barrière, avocat, agent en immobilier et c’est une passion « parler avec les chiens » ! J’y fis, un dimanche, toute une expérience. Qui n’a rien à voir avec la bruyante motoneige. Philippe commande —en langue-chien— son attelage-à-quatre. Ce quadrige canin bondit, tourne à gauche sous des sapins blanchis, à droite entre deux collines, accélère dans une pente —en profite—, ralentit dans une montée. S’arrête dans un vallon et vous , étendu dans le traîneau, Philippe au guidon d’en arrière, vous écoutez un impressionnant silence. Inouï ! Une paix totale, une fameuse communion avec « le nord ».

Philippe m’a jasé : des touristes d’Europe —qui en raffolent—, d’un dresseur (en Mauricie) qui améliore, par croisements intelligents, la race de ces énergiques bêtes, de ces traîneaux aux designs divers, de l’indispensable frein à bras, sorte d’ancre de métal, des us et coutumes de ses chiens, de leurs pâtés « pas trop chers », du langage approprié qu’il faut leur tenir.

Ce fut un plaisir spécial car j’avais peur —un peu— les glisses sont parfois fort rapides. J’ai vu soudain un gaillard qui « sortait » du bois de la forêt, troncs morts. J’étais avec Jack London, j’étais chez Maria Chapdelaine, j’étais catapulté dans les premiers temps de la colonie, dans le monde arctique d’avant les moteurs. En course, baissez la tuque sur les yeux, il y a volées de mini-glaçons venues des pattes acharnés des chiens, de leurs frénétiques pas de course. La suspension sur « un traîneau-à-chiens » n’a rien de confortable, le dos se cabre, les reins geignent. On se fait secouer le squelette mais si ça cogne ferme c’est aussi un voyage palpitant. Vous faites corps —chorus ?— avec la nature. C’est une expérience qui raconte —à vos os— la primaire méthode de déplacement quand l’espace gigantesque s’offrait tout nu aux colons comme aux indigènes. Nos petites natures gâtées se font secouer le pommier mais il est bon, une fois au moins, de retourner aux racines du transport primitif. Ah oui, « Philippe qui parle avec les chiens », une expérience étonnante et très instructive aussi.

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