Le mot juste :scandale de la « propagande »

C’est nuire à une activité normale et bienvenue que de continuer (innocemment ?) à utiliser le mot « commandites ». Il faut parler du « scandale de la propagande ». Certes il y eut des mouvements propagandistes correctes, souvenons-nous les aînés, de « la propagation de la Foi ».

Se révèlent désormais et une caisse secrète et tant de millions de notre argent (de québécois taxés) pour laver les cerveaux ( les yeux !) au moindre festival, la moindre « partie de base-ball via des rapports bidons d’agences de publiées aux Libéraux.

On voulait vendre le pays fédéral critiqué ( par au moins 50 % des francophones) comme on vend du savon ou des hamburgers. Tous les hypocrites qui grimpèrent aux rideaux promptement à cause de ce «..on a été battu par l’argent… » doivent maintenant s’en repentir puisque, là-dessus, « Monsieur » parlait vrai.

N’oublions jamais que ces millions consacrés à « une vente vulgaire et méprisante » contrecarraient les lois québécoises sur le financement en matire de référendum. Double mépris ! Chantons « Et c’est pas fini… ».

More to come, comme on dit en pub-télé.

P.S. : En 1988, la fédération-URSS joua aussi (Le Monde, 15/1/90 ) de « propagande effrénée ». On a vu son écroulement en janvier 1990.

Claude Jasmin

Écrivain

Sanite-Adèle
31 mars 2004 publié dans le Soleil du 1er avril 2004

Pour durer ? Riez et faites rire.

Par hygiène mentale, on a tous le droit d’oublier momentanément les duretés aux actualités, Madrid ou Jérusalem, Bagdad ou Kaboul (d’où l’on est sans nouvelles du soldat Claude B., notre neveu, exilé là). Oubliez la noire « page 3 », sous Gillet ou sous Cloutier. Le cinéaste (« Le grand blond…», « Le dîner de cons ») Francis Weber était ici pour son « TAIS TOI ! » et répondit intelligemment (à Delgado, La Presse) sur le rire : « C’est compliqué ». Il parle du choc si « efficace de l’imprévisibilité ». Si vrai !
Avoir de l’esprit c’est exactement cela : surprendre (ah le plaisir d’étonner !). Faites dans le propos imprévu et fuyez le convenu. C’est une formule gagnante. Le monde : parents, voisins, amis, invités, sont bien souvent « seurieux ». « Graves », disent les gens du Saguenay. Nous voulons tant, tous, passer pour des intelligents. Nous craignons tant de paraître des adeptes de « la légèreté d’être » que nos existences s’engluent dans « la rectitude ». Pas de surprenant comportement, nous répétons le refrain ambiant redondant : « le dire comme toute le monde ». Pouah !
C’est connu désormais : pour vivre vieux, la naturelle et gratuite pharmacopée essentielle : le rire. Jeunes, nous raffolions des Charlie Chaplin, des « Laurel et Hardy », des « Marx Brothers », des « Abot et Costello ». Des Fernandel et des Bourvil, plus tard. Un besoin viscéral : rire. J’ai aimé la série «Catherine » comme j’avais aimé Olivier Guimond, Dominique Michel (revue en rafale à ARTV). J’ai écrit en riant, et en suant, les scénarios et les dialogues de la série « Dominique », numéro 1 du palmarès durant 3 ans à TVA (sept 1976, juin 1979). Un fameux bon souvenir. Si vous n’aimez pas rire, vous ne vivrez pas vieux. Ado, mon fils Daniel se re-soudait à son père (moi) allant ensemble voir tous les dôles Jerry Lewis.
Enfant, j’aimais rire aux bédés de « Toto et Titi », Daniel raffolait des « Astérix » que je lui lisais. Le rire unit. Aux collèges, les « comiques » font florès (j’en fus jusqu’à mon expulsion !), parfois, ils deviennent des « professionnels ». Nos meilleurs humoristes l’affirment. Des femmes « séduites » l’avouent volontiers: « D’abord il m’a fait rire » ! C’est une arme —l’arbalète de Cupidon— éprouvée. Jeunes gens, vite, adoptez ça : succès assuré. Comment faire ? Surprenez ! Le cinéaste Weber a raison : « l’imprévisible fait toujours mouche ».
Un ex-libraire, rencontré à l’École hôtelière, me fait : « Jasmin, je vous lis mais la vie est assez dure, pourquoi pas rédiger parfois sur ce qui amuse aussi, fonctionne, qui a du succès ? » Je le fais ici. On dit que le célèbre humour juif est né des « historiques » tourments face au bête antisémitisme. J’y crois. À une moindre échelle, j’ai reconnu l’humour le plus caustique, et souvent, dans les milieux les plus pauvres (le génial Yvon Deschamps l’illustre efficacement) ou dans des situations malheureuses.
L’humour est une soupape vitale, « Le masque du désespoir », disait la De Staël; sans doute. Une thérapie essentielle pour prendre ses distances en cas de malheur. Relativiser ? Oui. Pas facile parfois bien entendu. Par contre, ils sont trop nombreux ces « chevaliers à la triste figure » qui se lamentent à coeur de jour pour des vétilles et des broutilles. Ils ne feront pas de veux os. Ces « Jérémie » perpétuels portent des lunettes noires avec complaisance. On ne les voit jamais s’émerveiller. Devant rien. Ni devant la moindre réussite, ni devant… ce crocus qui va, bientôt, sortir à travers la neige. Rivard chantait : « Ayez pitié de l’homme qui a peur »; ayez pitié aussi du « sinistrosé » congénital et tentez de le (la) faire rire. Facile : ayez des propos imprévisibles, surprenez-le (la) avec une attitude, des propos imprévus.

Terreur, terrorisme.

Les mots ont un sens. Les notaires le savent, les juges aussi, Les écrivains sérieux respectent les mots. Voilà que l’on fabrique, depuis octobre 2001, de l’amalgame facile. Invention d’un synonyme : terrorisme égale fanatiques islamistes. Un seul sens pour le mot « terroriste ». Ces intégristes déboussolés qui fabriquant de la terreur (d Manhattan à Madrid ) sont des fous car « terroriste » est un mot héroïque à l’occasion. Le respectable M. Begin fut terroriste anti-Londres après a guerre de 39-45. Par la suite, l’ex-terroriste grimpera au sommet politique. En France, les terroristes de la Résistance aux nazis furent indispensables et ils ont leurs plaques de bronze aux murs de Paris. Des « bons » terroristes ? À Boston, début 1775, à Londres, au temps de ses révolutions, à Paris, à l’aube de 1789, en Inde « occupé » malgré Gandhi, en Irlande du Nord sous racisme « orangistes », à Cuba-sous-Batista, au Nicaragua-sous-CIA. Longue liste des terroristes héroïques !

Alors quand les buschistes crient : « Traquons et tuons les terroristes », il y a abus d’un mot. Il est Utile aux va-t-en-guerre. Cette terrible activité —forcément clandestine— fut inévitable chaque fois que des occupants étrangers (good morning, Viêt Nam !) conduisaient au désespoir, chaque fois qu’il n’y avait plus d’autre recours. Il en alla ainsi aux débuts du syndicalisme ouvrier face aux tueurs stipendiés par un boss.

Cette réalité embarrasse les hypocrites comme ce fut le cas au Québec d’il n’y a pas si longtemps avec vagues de nos jeunes impatients. Ce n’était pas nécessaire (Lévesque dixit) ? Nous vivions sous un colonialisme soft, flou et mou, discret, déférent même à l’occasion. Nos jeunes gens du FLQ n’ont pas agi pour l’argent, ils hypothéquaient gravement leur avenir pour changer une assujettissement néfaste, cet anglo-mépris raciste (Gordon etc.). Ces bombes, le peuple québécois le constata, nous octroya très soudainement (!) des promotions publiées dans tous nos journaux et pas un de ces neufs vice-présidents subits alla porter une seule orange aux incarcérés. Rien au jeune felquiste Hudon condamné à perpétuité 20 fois ! Sur ce sujet : ce bizarre silence compacte —de plus 30 ans— des deux seuls témoins sur les circonstances de la mort du ministre Laporte —lâché par Bourassa— ne dupe personne : j’affirme qu’ il n’y a pas eu assassinat de sang froid. Allons, c’est bien évident.

Oui, les mots ont un sens. Il faut parler de « fanatiques religieux » et éviter le vocable « terroriste ». Tenez, imaginons un réseau clandestin organisant une lutte mortelle au dictateur-fou de la Coré du nord ! Bush et Cie applaudirait ce terrorisme-là, pas vrai ? Oliver Roy —orientaliste reconnu mondialement— vient de dire : « C’est une bêtise de déclarer la guerre à des clandestins. Il y faut l’infiltration d’agents secrets (parlant l’arabe), pas des soldats ». Le lobby militaro-industriel a reçu plus que cinq fois tout le budget annuel du Québec, en douze mois, voyez le gâchis.

Un deuxième point :les excités actuels qui disent :« Victoire des fanatiques religieux d’al Qu Aïda si L’Espagne retire ses garçons du bourbier ». Niaiserie. Il n’y avait pas de « pro-Bush » à Casablanca, ni à Istambul, ni à Riyad, ni à Bagdad, ni à Bassora, ni à Falloujah. Ni en Afrique, ni à Jérusalem. Le fanatisme religieux se fiche des pro-Bush ou des anti-Bush. Il cherche n’importe quelle occasion de tuer. Ça pourra être Montréal ou Toronto (en un pays anti-guerre ), à Amsterdam ou à Stockholm. Les mêmes excités disent :« Al Qu Aïda frappera là où il y a un vide sécuritaire ». Mensonge. Quel pays au monde peut organiser une totale sécurité ace au fanatisme ? Pas un seul. Bush et Cie le savent mais « la peur panique » est leur recette machiavélique pour garder the power. Fait plus récent :Sharon (ex-tueur au Liban) autorisant l’assassinat d’un chef palestinien en fauteuil roulant ! Connerie de plus pour garnir les ceintures d’adolescents explosifs, palestiniens « coraniquement » fanatisés.

Un attendrissement haïssable !

Néfaste mode actuelle : des femmes le plus souvent —maîtresses, filles, petites-filles— veillent complaisamment à glorifier des artistes vieillards, ou, « post mortem », des artistes mineurs. Comme c’est touchant ! Après des Barbeau, Molinari, etc., voici venu le tour de Stanley Cosgrove (Le Devoir 18 mars). Au FIFA, documentaire de Bernard Hébert fait avec l’aide de… la petite-fille de ce peintre —plutôt méconnu de son vivant— Renée-Claude Riendeau. Comme c’est attendrissant ! Fouillez les archives :peu d’éloges sur S.C. de 1950 à 2000 ! Il s’agit—vénalement ?— de faire grimper la « plusse valeur » des défunts ? Effort profitable à ces chers héritiers de stocks invendus. L’Establishment-beaux-arts, galeristes, directeurs, conservateurs de nos musées, affamé de nouvelles icônes collaborent volontiers à ces dévotes manoeuvres.

Certes, cette récupération ac cadaver n’est pas toujours intéressée, foin des préjugés. Il peut s’agir d’affection vraie. Reste qu’il y a distorsion des réputations —des notoriétés— et concertée. Je ne parle pas ici des laides querelles d’argent à propos des héritiers de Riopelle (voire d’un Picasso il n’y pas si longtemps), il s’agissait alors de « géants » de l’art moderne. Or Cosgrove fut dominé par son vieux maître le célèbre mexicain Orozco et en fut un suiveur timide. Tout comme un Léo Brisset, son élève aux Beaux-Arts, qui fut un suiveur du suiveur Cosgrove. Anecdote en passant : son élève, le brillant graphiste Roger Lafortune, fut invité en 1950 par la Police Montée d’Ottawa à espionner son prof Cosgrove, revenu du Mexique, vu par la RCMP en militant « communisse » ! Roger refusa net.

Donc, beaucoup d’artistes n’ont jamais pu réussir à se constituer un solide public et des aficionados tentent post mortem de nous faire accroire qu’ils furent de grands créateurs alors qu’ils ne furent que des satellites des fameux Pellan, Borduas, Riopelle, Tonnancour, ou des moins célèbres, Lemieux, Bellefleur, Dallaire, (j’en oublie). Cosgrove comme tant d’autres n’eurent que la dévotion d’une chapelle d’ordre confidentiel. Historique anecdote sur ce même sujet : Arthur Rimbaud mort, sa soeur Isabelle, de connivence avec son vénal mari (le fumiste Paterne Berrichon), fit du poète décédé « subconsciemment » un grand catholique vibrant et ardent, cela fonctionna, un Paul Claudel converti y crut et participa à cette cabale catholiconne (sic). Cette imposture va durer une demi-siècle. Quant à Cosgrove subitement « sur louangé », c’est moins grave, il n’en reste pas moins que cette mode pénible veut nous faire prendre pour des lanternes éclatantes des peintres mineurs. Odile Tremblay, dans son autre « papier », nous parle du peu de secours des gouvernements (via SRC, T.Q, etc.), avec notre argent public— apporté à ces quémandeurs de gloire posthume mal fondée. Eh !

ÇA M’ARRACHE LE CŒUR

 » INTERDIT AUX ÉCRIVAINS  » : MOTTO RADIO-TÉLÉ ?

Je réplique publiquement à des plaignants (bulletin récent de l’Uneq) en mal d’écho médiatique. Dire avant tout —lisant de bons romans nouveaux— que ça m’arrache le cœur de constater le peu de visibilité-écrivains en médias. Pas une consolation mais sachons que les peintres (et sculpteurs), les poètes, les gens de danse (moderne) les compositeurs (de musique nouvelle) subissent un sort médiatique encore pire que le nôtre, écrivains. C’est la plaie maudite de ce que je nomme le  » racisme inversé  » (i.e. l’automépris). Celui des programmeurs actuels en radio et télé.

Voici d’abord, premier témoin à la barre : le collègue Soulières :  » on n’en a que pour les journalistes-auteurs, les vedettes, les gros noms. Refermer alors journal, radio et télé pour les haïr et les maudire une fois de plus  » ! Qui ça, Robert, les  » gros noms « , les  » vedettes  » ? Tremblay, Beauchemin, Marie Laberge, moi itou là-dedans ? Soulières appelle-t-il une fatwa de haine (les maudire) sur eux ? Les inconnus, les méconnus, injustement, y gagneraient quoi ? Éliminant les bien rares  » vedettes  » en littérture, les négligés des micros et des caméras obtiendraient-ils davantage d’invitations ? Doutons-en. Et puis les journalistes connus ont bien le droit d’écrire de bons livres, ça se pratique aux USA comme en Europe, non ? Milliers de noms dans le bottin de l’Union des artistes, diplômés de bonnes écoles, attendant de la lumière, au bottin de l’Union des écrivains, des centaines de méconnus. La notoriété, méritée ou non, relève souvent du hasard, des circonstances, parfois, et aussi, du talent.

À la barre des témoins, voici Suzanne Jacob qui cite feu Anne Hébert —paralysée en médias— lui ayant dit question radio-télé :  » qu’on ne pouvait raconter dix ans d’écriture en dix minutes « . Ce  » Rien à dire, à déclarer « , Jacob dit que feu l’auteure de L’amant chinois, la Duras, savait, elle, en faire un show (sic). Jacob semble lui préférer l’homme-invisible, Réjean-Ducharme. Un modèle de mutisme. Jacob nous recommande, à propos de  » show « , de lire Debord ( L’industrie du spectacle) et Lapierre. Consoler les absents en radio-télé en 20 lignes, c’est court.

Deux autres plaidoyers : une Michaud et un Beaulieu. La première affirme que  » Québec-médias  » juge nos intellectuels et nos penseurs incapables  » de légèreté, d’anecdotes, de  » vécu  » et d’humour « . Les écrivans, tous ?, pesants, froids, sans esprit ? L’écrivain-ethnologue Serge Bouchard et l’autre Bouchard (celui du bon roman  » Mistouk  » ), chez Bazzo, me firent déjà rire aux éclats. Michaud —snobinarde ?— affirme que les feuilletons télé (mon pauvre VLB !), les jeux-quizz, les  » flash  » de la télé font reculer une société. Télé, vieux bouc émissaire ? Quel écrivain n’y glane pas (RDI, Artv, TV 5, Historia, T.-Q, ), de bonnes choses ? Enfin, le jeune Beaulieu, léger lui, garantit que les écrivains ne  » font pas peur et ne sont pas dangereux « . Sauf entre eux, compétitifs comme ils sont, tranche-t-il !.  » Ah ! ah ! « , s’écrirait un pharmacien à sarrau blanc de télé. Carrément, il en appelle aux bombes de peinture (!), aux barrages de livre sur les autoroutes (!) pour nous mériter de la visibilité. Il termine, bien méchant envers la confrérie :  » Mais diront-ils quelque chose  » ?

Quatre opinions donc. La mienne ? Du judo, le : if you can’t beat them, join them . Oser un realityshwow ! Mais oui. Pour une chaîne généraliste populaire. Des caméscopes (pas chers) cachés dans un café et, tous les matins, quelques heures de palabres, d’engueulades, d’éloges, entre écrivains, cela avec des (jeunes ?) connus et des (vieux ?) méconnus. Montage l’après-midi des meilleurs moments. Diffusion en soirée à une relative bonne heure d’écoute. J’ai envoyé —il y a un mois au moins— ce projet au nouveau directeur des programmes de Radio-Canada. Pas même reçu le rituel  » accusé-de-réception « . Je vais m’essayer à T.Q. o, tiens, à TQS et à TVA, parois les  » privés  » ont des couilles.

Qui avait peur de Virginia Woolf et qui a toujours peur de la pensée vivante ?

Claude Jasmin

Sainte-Adèle.

18 mars 2004

VIVA LA MUERTE !

Néfaste mode actuelle : des femmes le plus souvent —maîtresses, filles, petites-filles— veillent complaisamment à glorifier des artistes vieillards, ou, « post mortem », des artistes mineurs. Comme c’est touchant ! Après des Barbeau, Molinari, etc., voici venu le tour de Stanley Cosgrove (Le Devoir 18 mars). Au FIFA, documentaire de Bernard Hébert fait avec l’aide de… la petite-fille de ce peintre —plutôt méconnu de son vivant— Renée-Claude Riendeau. Comme c’est attendrissant ! Fouillez les archives :peu d’éloges sur S.C. de 1950 à 2000 ! Il s’agit—vénalement ?— de faire grimper la « plusse valeur » des défunts ? Effort profitable à ces chers héritiers de stocks invendus. L’Establishment-beaux-arts, galeristes, directeurs, conservateurs de nos musées, affamé de nouvelles icônes collaborent volontiers à ces dévotes manoeuvres.

Je sortais de « 1492 » (Fayard éditeur), un livre d’histoire, d’histoires sordides. Colomb partait en août 1492. Bientôt plein de cadavres d’indigènes sur ce continent découvert. Génocides amérindiens. À la chaîne. Mars 2004 : plein de cadavres d’innocents madrilènes. Du temps de Colomb : chasse aux Juifs dans l’Espagne des royalistes catholiques romains. Avant l’éc½urante chasse aux indispensables réformistes (de Luther et de Calvin), il y eut d’abord la chasse aux mahométans, aux satanés Arabes. « Hors d’Espagne maudit Islam, maudits dévots du Coran ».

Hors du Portugal aussi, hors de France, d’Allemagne, d’Italie ! Lisez ça, ce « 1492 » d’Attali qui nous raconte la cause de ce racisme né en Espagne. Une vaste battue encouragée par les papes du Vatican. Fabuleuse inquisition. La source, questionne Jacques Attali ? La jalousie. Jalousie catholique maladive face à l’Orient, d’où venaient les mathématiques (algèbre et trigonométrie), l’astrologie, des architectes, des joailliers, des tisserands, décorateurs inouïs (visiter L’Alhambra).

L’Orient envié dont l’influence et la population couvraient toutes les régions méditerranéennes avec ces descendants des indispensables premiers traducteurs des grands penseurs grecs, même des premiers penseurs chrétiens (dont Thomas d’Aquin).

Dehors de l’Europe Déguerpissez vite, même si vous vivez en Espagne depuis sept siècles ! 1492 : l’on s’apprête à exploiter —en esclaves— ces sauvages qu’on attachera avec les Noirs africains. Madrid sonne l’alarme du racisme. Il faut abolir Jérusalem (gênante faillite des croisés). Il faut nous débarrasser de cet Orient maudit et rayer de la magma carta, oublier Jérusalem (l’imprenable). Faisons accroire aux Européens que tout part de Rome. L’Orient d’où venait pourtant le monothéisme et Jésus lui-même ! Embarrassant. Alors on va peindre en beaux blonds aux yeux pâles ce Jésus le Nazaréen (!). Et tous ses apôtres et tous les saints. Une Toussaint de nazis !

Madrid en tête, l’on vocifère dans les cours royales : « assez de ces maudits sémites », inventons un nouveau centre du monde civilisé : Rome. Tourner le dos à sa propre histoire ! Espagne, —comme partout— les marchands européens, enfin commençaient à s’enrichir. On allait en Inde, en Chine —en évitant les damnés pays arabes— par l’Afrique du sud. Assassinat de tout le commerce arabe. En Espagne on arrachait la tête d’une formidable civilisation, décapitant toute une race en expansion prodigieuse, mettant au rancart un monde développé. La déchéance tomba sur eux tous, avec la pauvreté. Voici maintenant ses séquelles. De merde !

Le 11 mars, Madrid saigne ! Allah ou Akbar crient les descendants lointains chassés d’Espagne-la-fasciste. Coupable d’épuration ethnique. Le docteur Folamour , Bush jr est content : « Voyez, l’Islam intégriste peut frapper partout. Bon pour ma ré-élection ». À qui le tour ? Des jeunes pauvres fanatisées se font sauter à Tel Aviv ou à Bagdad, etc. Certains fanatiques riches —Ben Laden— se sont instruits : le 11 septembre à l’aéroport de Boston les terroristes étaient de savants diplômés. Ils ont les moyens de bombarder Madrid.

Madrid pleure. Des centaine de milliers de musulmans pleuraient, volés, dépouillés de tout, sur tous les quais de tous les ports d’Espagne et du Portugal. « 1492 ». L’autre midi, au soleil de mars, sur le balcon, David, l’aîné de mes petits fils, me montrait le cahier de ses rudiments d’apprentissage : il veut apprendre la langue arabe. J’admirais avec lui la si belle calligraphie des hommes jalousés, boutés dehors en Espagne. Lisez donc « 1492 ».

Chapdelaine a rendu l’âme

Passé 70 ans, la mort proche rôde sans cesse, funeste hécatombe, vous verrez les jeunes. Je n’ai guère fréquenté ni Berval ni Mimi D’Estée mais Gérard, oh!

Le réalisateur de télé Chapdelaine faisait souvent la joie des camarades dans les dédales de la boite de Chiffon-J.

À la cafétéria, aux seuils des studios, au  » tabac  » derrière les ascenseurs, qui n’a pas souvent entendu les facéties spirituelles, les sardoniques moqueries de ce grand gaillard cultivé ?

Sa tonitruante diction nous mettait en joie :piques, taquineries lègères , aussi, parfois, carrément des horions.

Le grand ironiste Chapdelaine est mort le 6 mars.

Gérard était un fouineur, parfois indiscret. S on humour —à l’occasion strident— ne blessait que les faibles, et encore, car il s’attaquait aux bien caparaçonnés.

C’était un célibataire iconoclaste du 19 e siècle et il aurait aimé vivre sans doute avec les esprits caustiques de jadis, les Arthur Buies, Asselin, Francoeur, Dupire. Scout il aurait été baptisé : » belette curieuse « .

Rien ne le laissait indifférent. Esprit libre, entre ses émissions (Carrefour, Aujourd’hui, longtemps L’évangile en papier avec Lafortune), Chapdelaine vagabondait dans le milieu, l’oreille ouverte à toutes confidences, en désopilant confesseur laïc.

Il écoutait bien, c’est rare. Que le dieu des esprits ouverts ait son âme !

8 mars 2004

LA TÉLÉ DES ” BOUGONS ” ET DE ” GRANDE OURSE ”.

Deux exemples de télé dramatique bâclée. Je suis un vieux singe en la matière, on ne m’enseigne plus la grimace, j’ai donné. Je reste jeune d’esprit, assez pour admettre les nouveaux rituels (infographie comprise) télévisés. Or les critiques actuels de la télé versent dans une complaisance crasse. Face aux foules accourues, ils sont intimidés, la vieille peur de ne pas faire chorus avec le populo les taraude. Il y avait jadis, à la publication des sondages, un indice dit de satisfaction. Ainsi on pouvait voir un grand auditoire —alléché par la pub— manifester pourtant son insatisfaction.

1-Les Bougon, c’est un ouvrage raté. Pas de structure dramatique valable, aucune. L’auteur (sont-ils deux ?) n’est qu’un ” one liner maker ”. Ce n’est pas rien, j’en conviens, mais il n’en reste pas moins que le public n’y trouve jamais ” une histoire ” ” un sketch ” aux articulations suivies. Les Bougons, ce n’est qu’une suite de répliques —drôles en soi— jamais un récit dramatique structuré (de 30 minutes). C’est une faille énorme qui prouve que l’auteur des Bougons n’en est pas un. Qu’il se recycle auprès des acheteurs de ” lignes ”, nos nombreux humoristes.

Aux Bougons, les textes dramatiques sont une simpliste courte-pointe de traits sarcastiques, une sorte de puzzle sans début, sans n½ud et sans dénouement, un facile patchage primaire de farces ironiques toujours isolés d’un contexte structuré. Jos Bleau, pas exigeant du tout, rit des jokes et souitche ailleurs, satisfait des rires gras convoqués. Le Richer des ” Moi et l’autre ”, encore vivant, écrirait différemment aujourd’hui, c’est certain. La technologie (et les moyens financiers) ont changé. Richer saurait composer un vrai récit comique cependant car il était un vrai auteur. Téléfilm Canada, Sodec Québec, créditeurs d’impôts, analystes-juges des projets chez les télédiffuseurs— une bande d’ ignares quand ils acceptent, avec notre argent public, ces écrits éclopés, ces avortons scripturaires Tous aussi complaisants que nos critiques actuels (sauf Paul Cauchon au Devoir). La rigueur est une notion disparue, hélas, et le grand public, privé d’analyse sévère, n’est pas guidé normalement en médias.

2- Grande Ourse — la deuxième série sera tournée— fut un salmigondis visuel idiot, un charabia stérile, un galimatias sans queue ni tête, des textes aux antipodes du gongorisme béat, d’un euphuisme patent, à l’opposé du moindre marinisme. Là encore que de prudents papiers partout, grande négligence critique. Et que de ” oui ” chez les subventionneurs (avec notre argent public toujours).Tous sont ou bien des abusés ignares en télé, ou bien des évaluateurs incompétents. Grande Ourse ? bon départ avec annonces d’un monde onirique, cela allait nous changer du lot habituel mélodramatique. Hélas, très vite, constatation d’un scripteur brouillon, de scripts embrouillés et embrouillants, d’une géante vacuité ultraconfuse avec incapacité de colmater l’écheveau d’élucubrations grotesques de l’auteur (sont-ils deux là aussi ?). Grande Ourse illustra une grotesque prétention visuelle. L’on a tenté de faire passer pour ” mystérieux ” une cavalcade de niaiseries futuristes pour de la bonne écriture d’anticipation. Ce ténébreux tissu au burlesque assommant de stéréotypes, de clichés éculés, plagiés chez les vrais écrivains de science-fiction. Le texte ne contenait aucune économie intelligible. À la dernière émission, on a garroché n’importe comment le lot de fausses clés d’un longuet drame villageois. Complètement insupportable et pourtant silence de convenance chez nos observateurs patentés.

Les téléspectateurs sont victimes que de l’incompétence aveugle du télédiffuseur et mal informés par la néfaste complaisance des critiques. Bougons comme Grande Ourse viennent de signer ostensiblement la grande pauvreté dramatique actuelle, celle de la poudre aux yeux avec des effets farcesques (Bougons) ou des effets spéciaux (Grande Ourse). C’est le règne des irresponsables partout. Et à nos frais.