LA TÉLÉ DES ” BOUGONS ” ET DE ” GRANDE OURSE ”.

Deux exemples de télé dramatique bâclée. Je suis un vieux singe en la matière, on ne m’enseigne plus la grimace, j’ai donné. Je reste jeune d’esprit, assez pour admettre les nouveaux rituels (infographie comprise) télévisés. Or les critiques actuels de la télé versent dans une complaisance crasse. Face aux foules accourues, ils sont intimidés, la vieille peur de ne pas faire chorus avec le populo les taraude. Il y avait jadis, à la publication des sondages, un indice dit de satisfaction. Ainsi on pouvait voir un grand auditoire —alléché par la pub— manifester pourtant son insatisfaction.

1-Les Bougon, c’est un ouvrage raté. Pas de structure dramatique valable, aucune. L’auteur (sont-ils deux ?) n’est qu’un ” one liner maker ”. Ce n’est pas rien, j’en conviens, mais il n’en reste pas moins que le public n’y trouve jamais ” une histoire ” ” un sketch ” aux articulations suivies. Les Bougons, ce n’est qu’une suite de répliques —drôles en soi— jamais un récit dramatique structuré (de 30 minutes). C’est une faille énorme qui prouve que l’auteur des Bougons n’en est pas un. Qu’il se recycle auprès des acheteurs de ” lignes ”, nos nombreux humoristes.

Aux Bougons, les textes dramatiques sont une simpliste courte-pointe de traits sarcastiques, une sorte de puzzle sans début, sans n½ud et sans dénouement, un facile patchage primaire de farces ironiques toujours isolés d’un contexte structuré. Jos Bleau, pas exigeant du tout, rit des jokes et souitche ailleurs, satisfait des rires gras convoqués. Le Richer des ” Moi et l’autre ”, encore vivant, écrirait différemment aujourd’hui, c’est certain. La technologie (et les moyens financiers) ont changé. Richer saurait composer un vrai récit comique cependant car il était un vrai auteur. Téléfilm Canada, Sodec Québec, créditeurs d’impôts, analystes-juges des projets chez les télédiffuseurs— une bande d’ ignares quand ils acceptent, avec notre argent public, ces écrits éclopés, ces avortons scripturaires Tous aussi complaisants que nos critiques actuels (sauf Paul Cauchon au Devoir). La rigueur est une notion disparue, hélas, et le grand public, privé d’analyse sévère, n’est pas guidé normalement en médias.

2- Grande Ourse — la deuxième série sera tournée— fut un salmigondis visuel idiot, un charabia stérile, un galimatias sans queue ni tête, des textes aux antipodes du gongorisme béat, d’un euphuisme patent, à l’opposé du moindre marinisme. Là encore que de prudents papiers partout, grande négligence critique. Et que de ” oui ” chez les subventionneurs (avec notre argent public toujours).Tous sont ou bien des abusés ignares en télé, ou bien des évaluateurs incompétents. Grande Ourse ? bon départ avec annonces d’un monde onirique, cela allait nous changer du lot habituel mélodramatique. Hélas, très vite, constatation d’un scripteur brouillon, de scripts embrouillés et embrouillants, d’une géante vacuité ultraconfuse avec incapacité de colmater l’écheveau d’élucubrations grotesques de l’auteur (sont-ils deux là aussi ?). Grande Ourse illustra une grotesque prétention visuelle. L’on a tenté de faire passer pour ” mystérieux ” une cavalcade de niaiseries futuristes pour de la bonne écriture d’anticipation. Ce ténébreux tissu au burlesque assommant de stéréotypes, de clichés éculés, plagiés chez les vrais écrivains de science-fiction. Le texte ne contenait aucune économie intelligible. À la dernière émission, on a garroché n’importe comment le lot de fausses clés d’un longuet drame villageois. Complètement insupportable et pourtant silence de convenance chez nos observateurs patentés.

Les téléspectateurs sont victimes que de l’incompétence aveugle du télédiffuseur et mal informés par la néfaste complaisance des critiques. Bougons comme Grande Ourse viennent de signer ostensiblement la grande pauvreté dramatique actuelle, celle de la poudre aux yeux avec des effets farcesques (Bougons) ou des effets spéciaux (Grande Ourse). C’est le règne des irresponsables partout. Et à nos frais.

4 réponses sur “LA TÉLÉ DES ” BOUGONS ” ET DE ” GRANDE OURSE ”.”

  1. Je viens de tomber par hasard sur votre mot. Dieu merci, l’histoire ne vous aura pas donné raison. Deux saisons plus tard. les Bougon continue d’attirer près de DEUX MILLIONS d’auditeurs. Deux millions. Pensez-y deux secondes. Avez-vous jamais rêvé endre autant de romans?
    Dans la vie, il faut savoir faire amende honorable. Les Bougon a révolutionné la télévision québécoise. C’est un événement, et vous semblez tout bêtement être jaloux. Avouez.

    Dan

  2. Cher Daniel Rodrigue,
    Non, pas jaloux, serais si heureux d’un succès total…
    Il y a 2 semaine: « Les Bougon », texte du camarade Achard plate, rarement aussi faible.
    La semaine dernière ? Bien meilleure,
    bons sujets: 1-char à vendre et 2- émission-beauté cul-cul:
    mais pas bien solides intrigues hélas (plot princpal et sous-plot) !
    Ma sévérité reste.
    Le goût de la foule est une réalité incontournable mais qui ne m’influence pas.
    Le succès de Mc Do (un seule exemple) me laisse de glace, vous ?
    Sachez jeune homme que j’ai connu ce genre de succès populaire avec LA PETITE PATRIE (SRC, 1974-1976) et « Boogie-Woogie », où débuta Marc Labrèche *(mon héros) SRC, 1980-83…alors, la jalousie hein !
    Avec mes saluts,
    JASMIN

  3. M. Jasmin,
    O.K., je change de tactique, c’était maladroit de ma part. Disons seulement que c’est la première fois depuis fort longtemps (mais pas aussi longtemps que La petite Patrie ou Boogie Woogie) qu’un téléroman n’a pas à ce point dérangé, fait jaser, fait rire, scandalisé, bref, brassé la cage! Je suis un fan, je le sais, mais avouez que les dialogues sont parfois géniaux et que c’est extrêmement distrayant. Et c’est quand même rare : on ne peut plus employer le terme bougon comme avant. Quand la télé infléchit la langue, c’est qu’il se passe quelque chose de spécial. Non?
    D.R.

  4. M. Jasmin,
    O.K., je change de tactique, c’était maladroit de ma part. Disons seulement que c’est la première fois depuis fort longtemps (mais pas aussi longtemps que La petite Patrie ou Boogie Woogie) qu’un téléroman n’a pas à ce point dérangé, fait jaser, fait rire, scandalisé, bref, brassé la cage! Je suis un fan, je le sais, mais avouez que les dialogues sont parfois géniaux et que c’est extrêmement distrayant. Et c’est quand même rare : on ne peut plus employer le terme bougon comme avant. Quand la télé infléchit la langue, c’est qu’il se passe quelque chose de spécial. Non?
    D.R.

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