ÇA M’ARRACHE LE CŒUR

 » INTERDIT AUX ÉCRIVAINS  » : MOTTO RADIO-TÉLÉ ?

Je réplique publiquement à des plaignants (bulletin récent de l’Uneq) en mal d’écho médiatique. Dire avant tout —lisant de bons romans nouveaux— que ça m’arrache le cœur de constater le peu de visibilité-écrivains en médias. Pas une consolation mais sachons que les peintres (et sculpteurs), les poètes, les gens de danse (moderne) les compositeurs (de musique nouvelle) subissent un sort médiatique encore pire que le nôtre, écrivains. C’est la plaie maudite de ce que je nomme le  » racisme inversé  » (i.e. l’automépris). Celui des programmeurs actuels en radio et télé.

Voici d’abord, premier témoin à la barre : le collègue Soulières :  » on n’en a que pour les journalistes-auteurs, les vedettes, les gros noms. Refermer alors journal, radio et télé pour les haïr et les maudire une fois de plus  » ! Qui ça, Robert, les  » gros noms « , les  » vedettes  » ? Tremblay, Beauchemin, Marie Laberge, moi itou là-dedans ? Soulières appelle-t-il une fatwa de haine (les maudire) sur eux ? Les inconnus, les méconnus, injustement, y gagneraient quoi ? Éliminant les bien rares  » vedettes  » en littérture, les négligés des micros et des caméras obtiendraient-ils davantage d’invitations ? Doutons-en. Et puis les journalistes connus ont bien le droit d’écrire de bons livres, ça se pratique aux USA comme en Europe, non ? Milliers de noms dans le bottin de l’Union des artistes, diplômés de bonnes écoles, attendant de la lumière, au bottin de l’Union des écrivains, des centaines de méconnus. La notoriété, méritée ou non, relève souvent du hasard, des circonstances, parfois, et aussi, du talent.

À la barre des témoins, voici Suzanne Jacob qui cite feu Anne Hébert —paralysée en médias— lui ayant dit question radio-télé :  » qu’on ne pouvait raconter dix ans d’écriture en dix minutes « . Ce  » Rien à dire, à déclarer « , Jacob dit que feu l’auteure de L’amant chinois, la Duras, savait, elle, en faire un show (sic). Jacob semble lui préférer l’homme-invisible, Réjean-Ducharme. Un modèle de mutisme. Jacob nous recommande, à propos de  » show « , de lire Debord ( L’industrie du spectacle) et Lapierre. Consoler les absents en radio-télé en 20 lignes, c’est court.

Deux autres plaidoyers : une Michaud et un Beaulieu. La première affirme que  » Québec-médias  » juge nos intellectuels et nos penseurs incapables  » de légèreté, d’anecdotes, de  » vécu  » et d’humour « . Les écrivans, tous ?, pesants, froids, sans esprit ? L’écrivain-ethnologue Serge Bouchard et l’autre Bouchard (celui du bon roman  » Mistouk  » ), chez Bazzo, me firent déjà rire aux éclats. Michaud —snobinarde ?— affirme que les feuilletons télé (mon pauvre VLB !), les jeux-quizz, les  » flash  » de la télé font reculer une société. Télé, vieux bouc émissaire ? Quel écrivain n’y glane pas (RDI, Artv, TV 5, Historia, T.-Q, ), de bonnes choses ? Enfin, le jeune Beaulieu, léger lui, garantit que les écrivains ne  » font pas peur et ne sont pas dangereux « . Sauf entre eux, compétitifs comme ils sont, tranche-t-il !.  » Ah ! ah ! « , s’écrirait un pharmacien à sarrau blanc de télé. Carrément, il en appelle aux bombes de peinture (!), aux barrages de livre sur les autoroutes (!) pour nous mériter de la visibilité. Il termine, bien méchant envers la confrérie :  » Mais diront-ils quelque chose  » ?

Quatre opinions donc. La mienne ? Du judo, le : if you can’t beat them, join them . Oser un realityshwow ! Mais oui. Pour une chaîne généraliste populaire. Des caméscopes (pas chers) cachés dans un café et, tous les matins, quelques heures de palabres, d’engueulades, d’éloges, entre écrivains, cela avec des (jeunes ?) connus et des (vieux ?) méconnus. Montage l’après-midi des meilleurs moments. Diffusion en soirée à une relative bonne heure d’écoute. J’ai envoyé —il y a un mois au moins— ce projet au nouveau directeur des programmes de Radio-Canada. Pas même reçu le rituel  » accusé-de-réception « . Je vais m’essayer à T.Q. o, tiens, à TQS et à TVA, parois les  » privés  » ont des couilles.

Qui avait peur de Virginia Woolf et qui a toujours peur de la pensée vivante ?

Claude Jasmin

Sainte-Adèle.

18 mars 2004

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *