Un attendrissement haïssable !

Néfaste mode actuelle : des femmes le plus souvent —maîtresses, filles, petites-filles— veillent complaisamment à glorifier des artistes vieillards, ou, « post mortem », des artistes mineurs. Comme c’est touchant ! Après des Barbeau, Molinari, etc., voici venu le tour de Stanley Cosgrove (Le Devoir 18 mars). Au FIFA, documentaire de Bernard Hébert fait avec l’aide de… la petite-fille de ce peintre —plutôt méconnu de son vivant— Renée-Claude Riendeau. Comme c’est attendrissant ! Fouillez les archives :peu d’éloges sur S.C. de 1950 à 2000 ! Il s’agit—vénalement ?— de faire grimper la « plusse valeur » des défunts ? Effort profitable à ces chers héritiers de stocks invendus. L’Establishment-beaux-arts, galeristes, directeurs, conservateurs de nos musées, affamé de nouvelles icônes collaborent volontiers à ces dévotes manoeuvres.

Certes, cette récupération ac cadaver n’est pas toujours intéressée, foin des préjugés. Il peut s’agir d’affection vraie. Reste qu’il y a distorsion des réputations —des notoriétés— et concertée. Je ne parle pas ici des laides querelles d’argent à propos des héritiers de Riopelle (voire d’un Picasso il n’y pas si longtemps), il s’agissait alors de « géants » de l’art moderne. Or Cosgrove fut dominé par son vieux maître le célèbre mexicain Orozco et en fut un suiveur timide. Tout comme un Léo Brisset, son élève aux Beaux-Arts, qui fut un suiveur du suiveur Cosgrove. Anecdote en passant : son élève, le brillant graphiste Roger Lafortune, fut invité en 1950 par la Police Montée d’Ottawa à espionner son prof Cosgrove, revenu du Mexique, vu par la RCMP en militant « communisse » ! Roger refusa net.

Donc, beaucoup d’artistes n’ont jamais pu réussir à se constituer un solide public et des aficionados tentent post mortem de nous faire accroire qu’ils furent de grands créateurs alors qu’ils ne furent que des satellites des fameux Pellan, Borduas, Riopelle, Tonnancour, ou des moins célèbres, Lemieux, Bellefleur, Dallaire, (j’en oublie). Cosgrove comme tant d’autres n’eurent que la dévotion d’une chapelle d’ordre confidentiel. Historique anecdote sur ce même sujet : Arthur Rimbaud mort, sa soeur Isabelle, de connivence avec son vénal mari (le fumiste Paterne Berrichon), fit du poète décédé « subconsciemment » un grand catholique vibrant et ardent, cela fonctionna, un Paul Claudel converti y crut et participa à cette cabale catholiconne (sic). Cette imposture va durer une demi-siècle. Quant à Cosgrove subitement « sur louangé », c’est moins grave, il n’en reste pas moins que cette mode pénible veut nous faire prendre pour des lanternes éclatantes des peintres mineurs. Odile Tremblay, dans son autre « papier », nous parle du peu de secours des gouvernements (via SRC, T.Q, etc.), avec notre argent public— apporté à ces quémandeurs de gloire posthume mal fondée. Eh !

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