Pour durer ? Riez et faites rire.

Par hygiène mentale, on a tous le droit d’oublier momentanément les duretés aux actualités, Madrid ou Jérusalem, Bagdad ou Kaboul (d’où l’on est sans nouvelles du soldat Claude B., notre neveu, exilé là). Oubliez la noire « page 3 », sous Gillet ou sous Cloutier. Le cinéaste (« Le grand blond…», « Le dîner de cons ») Francis Weber était ici pour son « TAIS TOI ! » et répondit intelligemment (à Delgado, La Presse) sur le rire : « C’est compliqué ». Il parle du choc si « efficace de l’imprévisibilité ». Si vrai !
Avoir de l’esprit c’est exactement cela : surprendre (ah le plaisir d’étonner !). Faites dans le propos imprévu et fuyez le convenu. C’est une formule gagnante. Le monde : parents, voisins, amis, invités, sont bien souvent « seurieux ». « Graves », disent les gens du Saguenay. Nous voulons tant, tous, passer pour des intelligents. Nous craignons tant de paraître des adeptes de « la légèreté d’être » que nos existences s’engluent dans « la rectitude ». Pas de surprenant comportement, nous répétons le refrain ambiant redondant : « le dire comme toute le monde ». Pouah !
C’est connu désormais : pour vivre vieux, la naturelle et gratuite pharmacopée essentielle : le rire. Jeunes, nous raffolions des Charlie Chaplin, des « Laurel et Hardy », des « Marx Brothers », des « Abot et Costello ». Des Fernandel et des Bourvil, plus tard. Un besoin viscéral : rire. J’ai aimé la série «Catherine » comme j’avais aimé Olivier Guimond, Dominique Michel (revue en rafale à ARTV). J’ai écrit en riant, et en suant, les scénarios et les dialogues de la série « Dominique », numéro 1 du palmarès durant 3 ans à TVA (sept 1976, juin 1979). Un fameux bon souvenir. Si vous n’aimez pas rire, vous ne vivrez pas vieux. Ado, mon fils Daniel se re-soudait à son père (moi) allant ensemble voir tous les dôles Jerry Lewis.
Enfant, j’aimais rire aux bédés de « Toto et Titi », Daniel raffolait des « Astérix » que je lui lisais. Le rire unit. Aux collèges, les « comiques » font florès (j’en fus jusqu’à mon expulsion !), parfois, ils deviennent des « professionnels ». Nos meilleurs humoristes l’affirment. Des femmes « séduites » l’avouent volontiers: « D’abord il m’a fait rire » ! C’est une arme —l’arbalète de Cupidon— éprouvée. Jeunes gens, vite, adoptez ça : succès assuré. Comment faire ? Surprenez ! Le cinéaste Weber a raison : « l’imprévisible fait toujours mouche ».
Un ex-libraire, rencontré à l’École hôtelière, me fait : « Jasmin, je vous lis mais la vie est assez dure, pourquoi pas rédiger parfois sur ce qui amuse aussi, fonctionne, qui a du succès ? » Je le fais ici. On dit que le célèbre humour juif est né des « historiques » tourments face au bête antisémitisme. J’y crois. À une moindre échelle, j’ai reconnu l’humour le plus caustique, et souvent, dans les milieux les plus pauvres (le génial Yvon Deschamps l’illustre efficacement) ou dans des situations malheureuses.
L’humour est une soupape vitale, « Le masque du désespoir », disait la De Staël; sans doute. Une thérapie essentielle pour prendre ses distances en cas de malheur. Relativiser ? Oui. Pas facile parfois bien entendu. Par contre, ils sont trop nombreux ces « chevaliers à la triste figure » qui se lamentent à coeur de jour pour des vétilles et des broutilles. Ils ne feront pas de veux os. Ces « Jérémie » perpétuels portent des lunettes noires avec complaisance. On ne les voit jamais s’émerveiller. Devant rien. Ni devant la moindre réussite, ni devant… ce crocus qui va, bientôt, sortir à travers la neige. Rivard chantait : « Ayez pitié de l’homme qui a peur »; ayez pitié aussi du « sinistrosé » congénital et tentez de le (la) faire rire. Facile : ayez des propos imprévisibles, surprenez-le (la) avec une attitude, des propos imprévus.

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