Zoom-in sur Claude Léveillée !

Quittons vite ce funeste lit d’hôpital où son sang fait des siennes, venez, faisons l’oiseau, voyez cette section au milieu de notre ville. Soyons dans une montgolfière pour observer ce petit garçon endimanché dans sa rue Drolet. Écoutez bien —comme Claude enfant— le vrombissement des cloches de Sainte-Cécile, rue De Castelnau. Claude en fera un fameux fracas inoubliable pour piano seul quand papa-Léveillée fait le maître-chantre au jubé et que maman-Léveillée servait ses élèves au vieux piano salon.
« Je me fous du monde entier quand Frédérique… »
Suivons-le maintenant dans la ruelle, rue de Gaspé, écolier malingre de l’école Philippe Aubert de Gaspé des Clercs de Saint-Viateur. Claude compte ses billes au fond de sa poche mais il est distrait par les cris du furieux maraîcher ambulant descendu de son Saint-Benoit (où, adulte, il se bâtira maison) : « On a des choux, des navets, des radis, des carottes, du beau blé dingue » !
« Je me fous du monde entier… »

Voguons plus au nord, rue Crémazie et voyons le chétif collégien boutonneux des Sulpiciens d’André Grasset. Claude délaisse sa raquette de crosse à babiche mal nouée pour mieux écouter comme toujours. Le tramway numéro 24 grince vers Ahuntsic mais n’arrive pas à couvrir les cris des alouettes en chamaille dans le voisin boisé de cenelliers, derrière le back-stop du collège.
« Et papa nous aimait bien… »

Notre ballon suiveur ne le lâchera pas : l’étudiant osseux rêve de sons inédits sur le coteau de son Université de Montréal, adolescent distrait par le tintamarre ambiant, celui de « la vie, la vie ».
Adieu les livres scolaires, ce sera le profond mariage avec la musique. Un ancien chanteur de Paris, pas encore rond comme un marbre, Buissonneau, reconnaît une musique authentique, dynamique. Paul va s’attacher à ce très jeune bizarre vieillard précoce, au dos déjà voûté. Féroce accoucheur de talents, Paul se l’attachera pour
« Quat’sous ».

Décelant le génie brut, l’instruit André Gagnon, médusé, écrira cette musique d’un jeune autodidacte surdoué qui ne sait pas même lire la musique. Édith Piaf l’invitera chez elle mais revenu chez les apatrides involontaires, désormais, Léveillée nous installera, et pour toujours, ses lumineuses mélodies. Il sera poète mais aussi comédien solide, animateur incontinent, trop généreux, revenant du haut de la Côte-Nord jusqu’à s’écraser mardi soir dernier, à Ville Émard, sur le piano du poète Marie-Uguay.
« Les rendez-vous qu’on n’a pas su… »

Un poète unique décrit finement nos émotions, nos sentiments, paroles et musiques. Avec « la patron », barde-Leclerc, avec le fleuve-Vigneault, c’est un trio indispensable pour chanter nos heures et malheurs.
Les autres pourront naître, Claude Léveillée a ouvert tous les chemins. Léveillée doit se rétablir vite, il doit se relever. Qu’il continue !
Toutes nos petites patries t’en supplient Claude :
prompt rétablissement !

VAINE QUERELLE LITTÉRAIRE ?

Au monde de la littérature voilà qu’un jeune (vieux ? ) et un vieux (jeune ?) se chamaillent.
Le noeud de cette prise de bec ? Nombrilisme d’égoïste versus engagement social dans les romans nouveaux. Pourrais-je y mettre mon…fion ?
Cette discorde est futile. Il n’y a qu’un seul vrai problème : Mistral comme Beaulieu n’ont pas le lectorat qu’ils méritent.
C’est très grave. Alors l’installation d’un vain débat au fin fond du mince cahier culturel du dimanche est un leurre.
Les écrivains québécois (vieux ou jeunes) ont un urgent besoin de visibilité en médias.
Le nouveau livre québécois (de Beaulieu ou de Mistral) appellent des interviews, ces pré-papiers et des commentateurs divers et plus nombreux.
Les dirigeants (en médias) diront : « Vous avez si peu de lecteurs, il n’y a pas demande du public ».
Et c’est vrai. Reste à savoir les vraies causes de ce désert ? Moins on visibilise nos écrivains, moins il y a de cette « demande ».
Vieille affaire de la poule ou l’oeuf ? Oui.
Les radios ? Elles font bien peu (aux privés : rien) pour les écrivains québécois. La télé ? N’en parlons pas et c’est scandaleux. Les journaux ? Ici, un p’tit coin le dimanche.
Là, grandes pages aux bestsellerisés de Paris, chez Grasset-Seuil-Galimard.
Au sein de cette lamentable situation, Beaulieu peut bien chicaner des jeunes déracinés volontaires et Mistral, piqué, peut bien se moquer du cher vieux barbu des Trois-Pistoles, c’est une perte d’énergie.
Un gaspillage du peu d’espace consacré aux écrivains québécois.
Les petits camarades s’exciteront un petit mois de cette chamaille mais toujours dans ces vases clos installés pour notre « littérature qui se fait » (Marcotte) et c’est cela qui est regrettable.

MERCI PERRE DUCHESNE, MERCI MILLE FOIS !

Remercie-moi aussi lectorat paresseux, je vais te résumer une fameuse brique, 580 pages ! Un journaliste en congé de la SRC (un vrai fou ?) se désâme pour questionner des centaines de témoins des années 1985-1995. Il se nomme Pierre Duchesne (retenez ce nom) et il veut tout savoir, mais tout, sur dix ans dans la vie d’un homme politique. Peu importe l’homme étudié, je ne le nommerai même pas.
Un véritable roman ? Oh oui ! J’en sors complètement stupéfait. Très écoeuré aussi. C’est instructif en diable. Oubliez la querelle fondamentale entre ceux qui veulent un pays et ceux qui n’en veulent pas, « Le régent » (best-seller actuel chez Québec-Amérique) narre, et en détails abondants, l’existence d’un chef politique au sein de son combat. J’ai mieux découvert, et à fond, ce monde effroyable : un politicien est entouré d’une armée de « mouches du coche », de gérants d’estrade, de fin finauds.
L’homme élu doit-il endurer cela ? Eh ! Ça fait partie des meubles, du modus vivendi. Il engagera même de ces sbires encombrants, le malheureux, tas de conseillers en violentes discordes souvent. Le volumineux « LE RÉGENT » nous informe sur les coups-de-poignards-dans-le-dos, les clans en rivalité, les mini-tribus nocives. Merci Duchesne pour cela : la découverte détaillée d’un microcosme dégueulasse. J’oubliais : il y a aussi tous ces sous-ministres (ah ces « dessous » de ministres !) vantards, vaniteux, égoïstes, aux ambitions nocives (pour une cause sacrée). Je vous le redis, « Le régent » est une saga effrayante. Une monstrueuse démonstration dans les entrailles d’un parti qui se fiche de ses humbles membres.
L’on imagine qu’il n’en va pas autrement pour qui que ce soit qui s’aventure dans la carrière politicienne. On songe au duel Chrétien-Martin. C’est la leçon terrifiante du formidable gros livre de Duchesne. À la fin, j’en avais la nausée, physiquement ! À l’automne de 1994, candide, j’avais osé y mettre le pied. Ma mésaventure dura 10 jours et, dégoûté, je m’étais sauvé —littéralement— de ce bourbier. Maintenant je sais encore mieux de quoi il retournait en matière de magouilles de coulisses.
Comme dans tous les partis sans aucun doute. « Le régent » fera saisir aux nouveaux venus, je l’espère, d’envoyer paître tous ces parasites. L’un (se voyant en tacticien expert) vous excite à tirer à « dia », un autre, (se croyant un redoutable stratège) à « hue » ! Une farce grotesque. La gigantesque fresque de Pierre Duchesne éclaire sous un jour implacable les tortueuses allées de ces labyrinthes malodorants. À la fin du livre, le méticuleux questionneur fait parler une dernière fois la proie de ce jeu tordu, un Premier ministre québécois (de 500 jours seulement), c’est extrêmement révélateur et tragique.
Séraphins, en cachette chez votre libraire, lisez de la page 575 à 578. Tout est dit. Les vifs regrets d’un Monsieur qui, amer avec raison, regrette les « bons » conseils de tous ces odieux parasites du pouvoir. « Le régent », il faut le souhaiter, fera clairement comprendre ceci aux jeunes audacieux qui veulent courageusement « entrer en politique » : n’écoutez pas ces vains gérants d’estrade, ces futiles « tit-Jos connaissants », restez vous-même, gardez intactes vos convictions, fuyez ces calculateurs prudents qui ne songent qu’à garder « le pouvoir » car ils seront congédiés sans lui.
« Le régent », c’est une leçon qui n’a pas de prix. Merci, M. Duchesne.

ÊTRE AUX OISEAUX !

Un album excitant, émouvant, bouleversant même : « Les oiseaux et l’amour » de Léveillé. Enfant, dans Villeray, les oiseaux c’était des « moéneaux ». Point final. Aucun intérêt. Même en vacances l’été, au bord du lac des Deux Montagnes, on se fichait carrément de la gent ailée. L’enfant n’a pas de temps à perdre à observer ces « tites » bêtes au-dessus de sa tête. On joue, bon ! J’ai fini par apprendre qu’il y a l’ornithologie, des observateurs pour qui « les oiseaux » c’est une passion. Dans mes chers Laurentides, j’ai fini par mieux les voir, les distinguer et m’y attacher énormément.
Or Jean Léveillée, un médecin et un excellent photographe, publie 175 pages remplies d’ailes, avec ses écrits explicatifs. C’est un album qui vous jette dans… l’extase. Ce Léveillée a fait le tour du monde avec sa compagne pas moins passionnée que lui, des jumelles et un appareil photo. Son album, en couleurs vives, est un ravissement. Ça part avec le colibri, l’hirondelle, le bruant, le cormoran, la grue, le huard, etc. Ça se termine avec le fou de bassan, le macareux, le balbuzard, la tourterelle, le pélican, le paon et le canard colvert, etc.
Je garde son bel album à la portée de la main et je m’y replonge sans cesse. Ce « Les oiseaux et l’amour » (aux Éditions de l’Homme), c’est 175 pages sur la beauté ailée et ses amours. Au milieu des chamailleries, des scandales des actualités, la beauté fait du bien. On admire ces confondantes réussites naturelles et cela calme. Au dessus des chimères nauséabondes des terriens, il y a donc ce ciel peuplé de petits êtres, ils sont si vivants, si légers. Ce peuple du ciel offre à ceux qui s’en donnent la peine, une joie totale, un formidable plaisir des yeux qui effacent nos tracas communs, éloignent nos petits et graves chagrins.
Il y a peu, au milieu des collégiens, à Joliette, j’ai osé donner deux leçons pour vivre vieux (car « voler c’est pas bien ») : garder intact sa faculté d’indignation. Garder intact sa faculté d’émerveillement. Oui, vieillir —et cela peut arriver à vingt ans hélas— c’est accepter en silence complice les petites et grandes horreurs des pouvoirs établis. Vieillir prématurément c’est aussi perdre la faculté d’admirer, de s’émouvoir en face des beautés, et des réussites, qui nous entourent.
J’ai donc fini par mieux savoir que parmi les beautés de notre environnement, il y a les oiseaux. Vous, Jean Léveillé, voyageur passionné, ornithologue emeritus : merci mille fois ! Procurez-vous cet album en images, « Les oiseaux et l’amour » c’est un puits inépuisable qui va vous réjouir le coeur. Et les yeux bien entendu. Un bréviaire essentiel, l’évangile précieux d’une vie étonnante, celle de la gent ailée qui se déploie insouciante, comme à l’abri de nos futiles querelles terriennes. L’amour triomphe à chacune des 175 pages !

OKA, PIRE QUE CHEZ « LES BOUGON » ?

Ministre Chagnon, pouvez-vous me garantir la même sollicitude si, à Outremont, avec des comparses, j’incendie la maison du maire Trembay ? Pourrais-je, trois mois et davantage, profiter de votre totale cécité ? Non ? Je sais bien que l’incendiaire que je deviendrais ne pourrait courir en toute liberté, pas même 24 heures. Ce serait justice !
À Oka, des gredins ont mis le feu à la demeure du chef élu. La justice, monsieur le ministre, aurait des cassettes vidéos, donc un bon lot de suspects et (Brel) « Plus rien de bouge ». Le poste de police dans « la mission ex-sulpicienne », a été fermé par des truands. Le néo-chef de police agnier, Ed Thompson, a des mandats d’arrestation, signés par le juge Chevalier mais on se fout de sa gueule là-bas.
Le 3 mai prochain, à Saint-Jérôme, à l’un de vos Palais, y aura-t-il ce défilé annoncé de 14 lascars Rouges ? Pas sûr. Ces 14 suspects risquent-ils vraiment gros s’ils vont au village s’acheter de l’essence, ou du lait, ou du pain ( pas de danger pour les cigarettes) ? Paraît qu’aucun de ces 14 prévenus virtuels ne serait accusé pour le feu mis au logis du chef James Gabriel !
« Ah bin sacrament » !, fait le petit bandit de ruelle d’Hochelaga, terre natale de Mom Boucher.
Le touriste me lit, s’étonne. De quoi il retourne au Québec ?
Voici : craignant que nos colons continuent d’enivrer nos échangistes (de peaux) Amérindiens, les curés de St Sulpice déménagent leurs convertis du Sault (actuel boulevard Gouin et Papineau) à Oka (qui signifie « Poisson d’argent »). Après 1763, changement de la garde : les Britanniques font la loi en Canada. Pas fous, vous auriez fait de même, ces Agniers (des Iroquois) s’allient aux régnants, (s’anglicisent aussi). Par exemple, ils mettront à feu le domaine sulpicien. Les troubles débutaient.
Un maire, assez coco, songe à agrandir son golf municipal en rognant sur leur cimetière. Ce sera la crise de 1990. On ne sait pas encore qui a tué un policier, père de famille, dans la pinède. Venus de Saint Régis, des délinquants Rouges armés et très intéressés à agrandir le laxisme pour leurs diverses contrebandes, se précipitent à Oka sous l’étendard « Warrior ». Les Libéraux d’un Bourassa cancéreux vont négocier avec…oui, des cagoulards. Dont un juge, Gold, un ministre, Schichia (qui va même louer aux Warriors sa marina). Viendra plus tard, pour la paix (!) diverses concessions du régime péquiste (étatisation de propriétés de Blancs, police indigène, etc.) tout cela qui fait d’une petite poignée de citoyens québécois « des gens à part ». De paisibles Rouges se font désormais brasser, folichonnes chicanes claniques et, un soir, l’incendie criminel et le chef empêché de séjour à Kanasatake. Dame Justice, cher ministre terrifiée, se bande doublement les yeux et les contribuables, écoeurés, suivent votre feuilleton scandaleux. Vous surpassez l’amoralité bouffonne des Bougons. Bravo Jacques Chagnon !

AU REVOIR BEAU-FRÈRE RENÉ !

René est parti vers l’au-delà à 8, le 8 avril 2004, jeudi.

Toute vie humaine est un roman.

Des centaines et des centaines de milliers de québécois ont vu revivre René à la télévision de ” La petite patrie ”, le dimanche soir. Cela durant deux ans, de septembre 1976 à juin 1978. J’avais baptisé René ” Roland ” (Patry) et c’est, un comédien débutant surdoué, l’acteur Michel Forget, qui l’imitait. Pardon qui l’incarnait, le personnifiait. Avec tant de talent que René m’avait dit ben être tout content. Fier même.

Oui, toute vie humaine est un roman. Un livre de non-fiction.

Une histoire. Il était une fois donc… à Saint-Rémy de Napierville, dans le sud-ouest du Québec, un très jeune garçon vigoureux qui va vivre un terrible choc. René fut subitement privé, comme soeurs et frères, de son papa. Un homme vaillant mort trop jeune. Un père, de son métier, boucher tout comme le grand-père Lefebvre d’une jeune fille, Lucille, qu’il ne connaît pas encore dans ses culottes courtes. Ce fut, on peut l’imaginer facilement, la détresse dans un foyer d’une petite ville. René est donc orphelin de père tout jeune, comme ce beau-père qu’il ne devine pas encore, l’Édouard de Lucille, orphelin de père lui aussi dans un rang de cultivateur à Vlile Saint-Laurent.

Au Paradis de la paix éternelle, ces deux-là, Édouard et René, viennent de se retrouver dans L’Éther et se font des confidences. De là-haut, ils regardent le ” ici-bas ”, cet après-midi. René nous observe, voit ses cendres. Edouard l’a pris par le cou et reconnaît son cher Pont-Viau. Vivants en esprit, ils se comprendront toujours les deux orphelins, pas vrai ? Durant des décennies, rue St Denis, jamais René et Edouard n’auront le moindre grief entre eux, la moindre chicane. Jamais.

Est-ce la solidarité muette des enfants orphelins ?

Et puis, revenons en arrière : la vie s’écoule, parfois tristement, souvent, très joyeusement. La mère de René fait ce qu’elle peut avec sa charge, veuve vaillante, qui déménage à Saint-Vincent de Paul au nord-est de Montréal. Le temps viendra où un clan, les Jasmin de Villeray, croisera, un autre clan, celui des Pitre de Saint-Vincent. René, sorte de jeune chevalier, voyage sur une Indian. La motocyclette emblématique du temps de l’après-guerre. Du début des années 1950. Il fallait le voir : portant de longs gants de motard à manchons noirs, la casquette d’aviateur en cuir, des lunettes fumées. René troublera pas mal sa future belle-mère Germaine au début. La mère-poule ne peut pas savoir encore quel bon coeur, quel grand coeur, se cache sous ce blouson de cuir noir. Lucille, sa fille aînée, réussira-t-elle à amadouer ce doux sauvage, ce Indian, au masque prudent. Au visage imperturbable, au fond, pour cacher sa vive sensibilité.

Suspense ! Le pieux beau-papa servira au ” soupirant ”, sa bière d’épinette, sa pitz, ses plus beaux hamburgers, moutarde-oignon, ses meilleurs ” Sunday ”. Et des cigarettes British Consol. René, mon beau-frère à moto fait souvent le jarre. Me tord les poignets. Les ouies aussi. Il veut tester si je suis vraiment un ado solide. Mais, surprise !, ce grand gaillard en cuir noir, qui parle trop vite, est aussi un romantique car il siffle et chante les tounes western de Willy Lamothe, —” Allo, allo, petit Michel ! ”. René chante aussi des airs du ténorino corse, Tino : ” Bohémienne aux grand yeux noirs ”, ” Marinella… ”, ou ” Veni, veni, veni, oh bonne, bonne mère ! ”
Voilà donc la mère-Germaine rassurée car un homme qui chante ne peut pas être un mauvais gars ! René aimait turlutter. Il aimait aussi les polars à 15 sous, les X-13 de M. Daigneault, qu’il entassera une fois marié dans son hangar.

On découvre donc ce René, comme on dit alors qu’il fréquente. Et, pour le bon motif. Il fera pétarader sa moto, les bons soirs et en week-end. Nous apprenons, les plus jeunes, à quoi peut servir un chesterfield. À part de grimper dessus comme moi, et mon jeune frère Raynald, jouant à Tarzan, ça sert donc aussi à échanger des… ” bascios d’amore ”.

” La vita est bella ” pour nos deux tourtereaux. René convolera en justes noces. Lucille, survivante courageuse, vous dira peut-être où ils allèrent e voyage de noces. Au retour et, à l’étage du 7068, un modeste nid pour les amoureux, deux salons-double et cuisine. René sera papa trois fois, d’abord de son cher Michel —honneur au ” allo allo petit Michel ”. Puis de Diane, la belle dynamique, rebelle à ses heures. Puis de Sylvie, la jolie benjamine si douce. Bien fini le motard !

René, si longtemps familier des outils de l’usine-Canadair, a ses propres outils. Dans la cour, René s’amuse sans cesse à faire souffrir toutes les organes de son char, le capot bien en l’air. Ses cris : ” Lucille ? Pitch-moi donc le tournevis, si-ou-pla ! ”

Le dimanche, rasé de frais, lotion répandue, il assiste à la messe sans être un rongeur de balustre, ça, jamais. Longtemps, les soirs d’été, René aime regarder luire les flammes de nos bûchers sur la plage. Ou bien aller pêcher la barbotte, la perchaude sur le lac des Deux-Montagnes.

C’est le roman d’un homme paisible. L’histoire d’un homme modeste qui ne pétait pas plus haut que le trou. Qui ne s’est jamais pris pour un autre. René Pitre a fait partie de ce que l’on nomme le monde ordinaire, ce vrai peuple québécois au coeur d’or. Celui que chantait Georges Dor. Souvenez-vous : “Y en a qui font les fanfarons… Qui jouent de l’accordéon… D’autres, de la guitare… Mais moi, je joue de nos amours… À coeur de jour”; René jouait de ses amours.

René n’a pas aidé à construire la Manic. Son ouvrage c’était sa famille, sa petite vie tranquille. C’est ce lent et long ouvrage de patience qui forme un pays, qui forme un peuple. René, on en témoignerait tous, était de bonne humeur à nos rencontres de Noël ou de Pâques rue St-Denis, comme, il y a pas si longtemps, à nos joyeuses réunions d’après mai 1987, l’année de nos morts. René s’amenait parmi nous avec son perpétuel beau sourire. Son tempérament enjoué, pas trop bavard, réservé même, jamais les baguettes en l’air. René savait écouter et, généreux, riait volontiers à nos follereries jasminiennes.

Nous l’aimions. Nous l’avons beaucoup aimé.

L’ancien petit orphelin de St-Rémy, le bras droit de sa mère-veuve, a vu grandir son Michel, sa Diane et sa Sylvie et les a vu quitter, un après l’autre, le nid de Chomedey…la vie, la vie !
Le camp de Pointe-Calumet disparut, l’âge d’or vint, s’empara de lui. De nous tous. Notre loi inexorable à tous les témoins âgés rassemblés ici aujourd’hui. Mais René, lui, hélas, un jour récent, un méchant jour, la vie, capable de cruauté, prit son masque de terreur sombre, l’assomma. D’un grand coup sec. Ce sera un lit d’hôpital à Sacré-Coeur. La détresse des siens, le désarroi de Lucille, l’épouse abandonnée malgré lui. Lui, l’abattu raidement en pleine bonne santé, capable de s’entraîner encore. Ce sera l’angoisse aussi pour chez Michel et Sylvie et l’anxiété ravageuse pour sa farouche Diane. Longue pause, dans son lit de paralysé. Immobilisé, muet, perdu. Jeudi le 8 , à 8 du soir, fin de son roman, fin du récit de vie.

Que René Pitre repose en paix dans l’Éden des croyants. Nous garderons, tous, le très bon souvenir d’un grand gaillard solide, de ses sourires d’homme ouvert, timide et généreux.

René, va-t-en !

Là où tu le mérites bien.

Pars en paix, René !

Au paradis promis, un boucher resté jeune, va t’accueillir à bras ouverts et enfin pouvoir jouer au papa. Celui qu’il n’a pu être bien longtemps; René, tous les tiens, en esprits, t’attendent.
Sors d’ici, en cendres légères, René.

Là-haut, qui sait ?, tu auras une motocyclette Indian en or. Avec des routes en argent, patient modeste salarié de ton usine d’avions. Tu te baladeras au travers des étoiles en nous attendant, nous tous en bas.

Un jour, tous réunis, on ira allumer des feux célestes et, avec toi, on ira pêcher des poissons exotiques comme ceux de la mer caraïbe où tu n’es jamais allé en vacances.

Repose-toi bien en esprit, mon grand René, t’en avais assez fait. Paix à tes cendres.
Ton beauf’, Claude

lu le 14 avril 2004 lors du service de René Pitre à Laval

La bizoune et la noune !

Dans les temps anciens, enfants, nous étions ignares en matière sexuelle, que de termes niais, par puritanisme, à bien nommer les organes génitaux. Les temps changent. Hélas, le balancier a volé à une autre extrémité. Nous découvrons que des enfants se font enseigner, de manière toute tordue, la sexualité. En cette matière, plus aucun tabou, ça va très loin. Le MEQ autorise désormais à instruire les écoliers sur les « adultes vicieux » qui les menacent. Dehors et dans leur foyer ! De là, dès l’enfance, s’installera dans ces cerveaux en friche, très malléables, l’idée apprise à la « petite école » qu’ils doivent prendre garde : voisins, amis de la famille, et même, maman et papa pourraient bien être des prédateurs sexuels déboussolés.
« Lamentable pédagogie », viennent de déclarer nombre de gens de bon sens qui sont, à juste titre, scandalisés par ces cours d’initiation à la sexualité.
Nous sommes passés des tabous niais de jadis à un enseignement stupidement carencé, idiot même. Des rédacteurs de programmes (au MEQ) manquent de bon sens. Tout le monde est d’accord quand l’école (primaire) veut éduquer et instruire (sur la sexualité) sans la noirceur janséniste d’antan. Or, et voilà la glissade, règne l’anatomisme seulement. Mon néologisme pour dire « la mécanique des organes », le bête et froid fonctionnalisme (la plomberie). De plus l’on malmène l’utile et nécessaire monde secret des jeunes : lire le dernier Ruffo. L’important serait de parler aux écoliers, d’abord et avant la plomberie, du merveilleux domaine des sentiments, du beau rôle des émotions. Du fabuleux ingrédient nommé désir, bref, de l’amour entre les humains. Femelles et mâles.
Le rôle des organes génitaux, concrétisation inévitable de l’amour, leur sera bien évident. Nul besoin de planches illustrées. L’enfant n’est pas dépourvu de bon sens, et l’âge venu, l’adolescent se passera, très facilement, de ces cours sur l’anatomie. Ainsi, l’éducateur hériterait d’un rôle stimulant, merveilleux, si essentiel à l’épanouissement : enseigner la beauté des rôles sexuels humains. Les jeunes, qui ne sont pas si méprisables, saisiraient qu’aimer (une fille, un garçon) est autre chose que la copulation. Fonctionnalisme inhumain très utile pour la reproduction des bête. Cet enseignement valorisant remplacerait utilement celui de la plate mécanique d’ajustement des organes. La jeunesse serait enfin instruite de l’essentiel, que sans les sentiments, l’union sexuelle relève de la fornication. De cette manière la copulation, comme cela se pratique désormais à 14 ans, dit-on, et la fornication, vite acceptée pour ne pas passer pour bigot (e) ou attardé(e), seraient différenciées de « la sexualité humaine », si formidable, si épanouissante et si merveilleusement enrichissante.
Pour les savants programmeurs scolaires du MEC est-ce trop demander ? La psy Huguette Bégin (de l’U de M) est bornée, ne saisit rien là-dessus, par contre le psy Michel Dorais (de Laval) a tout compris et condamne comme moi les effets nocifs de ces navrantes « séances d’école » pour déceler la pédophilie et, cela, même dans les écoles du niveau « maternelles» (La Presse 10/4/04). Toute cette instruction —de prévention des abuseurs— devrait être fournie, et abondamment, aux adultes, ainsi grands-parents, tantes, oncles, sauront mieux détecter un lieu d’abus et les cas de victimisation dans leur entourage.
C’est une affaire d’intelligence ordinaire. Cessons de mépriser les citoyens et cessons de névroser l’enfance. Il y aura toujours, c’est certain, de pénibles violations. Le remède n’est pas de faire de précoces angoissés de nos enfants qui rentrent à la maison avec la nouvelle idée que tous (TOUS !) les adultes qui l’entourent —sur qui il s’appuie très normalement— peuvent être de hideux pervers. Même son papa ou sa maman. Tous les parents élus Commissaires d’écoles (qui nous représentent, non ?) doivent immédiatement stopper ces dérives gravement dommageables, concoctées par des pédagos à gogo désaxés. Il y va de la bonne santé sexuelle des enfants. Urgent !

JASMIN EN « M. le PRÉSIDENT », CET ÉTÉ ?

Me voilà à l’égal d’un Chirac, d’un Bush (grr…), président, oui « président » si-ou-pla ! Un comité de spécalistes en la matière (les arts) vient de me choisir comme président (d’honneur !) pour la grande exposition des ouvriers en arts appliqués qui se tient chaque été à Québec.
J’ai accepté avec honneur cette chaise haute (bébé va !).
Donc, derrière le Parlement comme toujours, (coucou !), dans d’immenses tentes aux vives couleurs toujours, les touristes du monde (de Tokyo à Las Vegas !) et les indigènes « d’icitte » verront briller le nom d’un écrivain, le mien, pour les inviter à admirer les prototypes (donc des choses uniques ) inventès par des créateurs des arts décoratifs québécois.
L’organisation s’est souvenu que je venais de l’Institut des arts appliqués (ex-École du meuble), que je fus critique d’art (à La Presse) que j’enseignai l’histoire de l’art moderne et que je me livre volontiers aux démons (et aux anges) de l’illustration (album « La petite patrie en images »), aussi à l’aquarelle et, parfois, à la céramique.
Grande hâte chez moi d’aller trancher le cordon ombilical de cette vaste expo, de couper le ruban jaune ( site de crime, police !) au tout début de l’été dans le dos (en arrière de…) des Jean Charest et Cie, dans la si belle Vieille Capitale. Surveillez annonces et placards !
Bienvenue à tous !

RECHERCHÉE : VIE INTENSE

Falloujah en Irak et Jackass à Québec ? Outrages à cadavres, en rigolant, morts suspendus, grillés, à un pont. On a voyeurisé ça à la télé. Des jeunes gens, joyeux eux aussi, voyeurisent des sados-masos aux mutilations volontaires avec lumières et musique sur scène. Or, samedi matin, un prof (de français) du New-York State University m’invitait à jacasser (sic) avec son groupe d’étudiants. Je bavarde ad lib. Les fait rire aussi, c’est important. Période des questions : sujets libres : l’un (35 ans) me déclare (je causais Falloujah-Jackass et Bush : « On nous perçoit comme des ultra-nationalistes-impérialistes. Une fausseté. Les Américains —ils refusaient le mot Étatsuniens, comme si, du sud de l’Argentine au nord du Québec nous n’étions pas en Amérique— sont des individualistes, sur tout le territoire, c’est le chacun pour soi : soi-même et les membres de sa famille. Le reste de la planète ne les intéresse pas ».
Tous, ils regrettaient le fait, plaignaient les jeunes de partout. L’un (40 ans) : « La vie représentée via pubs, clips, télé, ciné, fait voir sans cesse de la vie trépidante. et c’est de l’irréel. Ils se retrouvent dans la vraie vie et c’est tellement moins excitant. De là les dérives : drogues, jackass, etc. L’écrivain réfléchit alors et sans complaisance. Dans mon récit, « Enfant de Villeray », j’ai osé raconter : la fois que l’on fit éclater nos pétards sur un dadais démuni, les sauts périlleux des garages avec un vieux parapluie, le gardien bossu de la patinoire incendié dans sa cabane, jeux d’imbéciles voltigeurs de balcon en balcon dans ces célèbres escaliers en tire-bouchon, sauts dans cinq pieds de neige des troisièmes étages, au soleil, brûlures insupportables au soleil sur la peau avec une loupe, etc.
Lisant des interviews, on découvre des V.-L. Beaulieu, Dany Laferrière, Michel Tremblay, Robert Lepage, etc., en gentils petits « fifis » qui ne jouaient ni au hockey ni au base-ball dans nos ruelles sales, ni ne se livraient à nos folies de garçonnets qui s’ennuient. Ils lisaient ! La maman pas bien loin. Ou grand-maman Da. L’ennuie : les « Maudit que cé plate ! Quess’ qu’on fera bin, les gars » ! Vouloir vivre intensément ! Foglia, ce même samedi : « J’ai vu Falloujah, une ville tranquille, normale, ordinaire ». Quoi, là où on a vu des garnements rieurs frapper deux morts à coups de pelle ? « Des animaux », dit l’occidental repu. N’insultons pas les animaux. Et ces débiles voyeurs des jackass ? L’animal ne se mutile jamais délibérément.
Mais fouillons la psyché humaine, observons us et coutumes des jeunesses actuelles, tenez : examinons bien « la lente douceur » des jeux électroniques. Hum ! Pour ma part, à quatorze ans, je découvrais, tard, la succursale de la bibliothèque municipale au Marché Jean-Talon. Fin des conneries, par les livres, des existence narrées prenaient mlle et un sens, couleurs, formes. Le salut ! Un reporter ira questionner les 20-30 ans aux portes des Jackass ? « Ce temps-ci, que lisez-vous » ?
Oh que j’ai hâte de lire les réponses !