MERCI PERRE DUCHESNE, MERCI MILLE FOIS !

Remercie-moi aussi lectorat paresseux, je vais te résumer une fameuse brique, 580 pages ! Un journaliste en congé de la SRC (un vrai fou ?) se désâme pour questionner des centaines de témoins des années 1985-1995. Il se nomme Pierre Duchesne (retenez ce nom) et il veut tout savoir, mais tout, sur dix ans dans la vie d’un homme politique. Peu importe l’homme étudié, je ne le nommerai même pas.
Un véritable roman ? Oh oui ! J’en sors complètement stupéfait. Très écoeuré aussi. C’est instructif en diable. Oubliez la querelle fondamentale entre ceux qui veulent un pays et ceux qui n’en veulent pas, « Le régent » (best-seller actuel chez Québec-Amérique) narre, et en détails abondants, l’existence d’un chef politique au sein de son combat. J’ai mieux découvert, et à fond, ce monde effroyable : un politicien est entouré d’une armée de « mouches du coche », de gérants d’estrade, de fin finauds.
L’homme élu doit-il endurer cela ? Eh ! Ça fait partie des meubles, du modus vivendi. Il engagera même de ces sbires encombrants, le malheureux, tas de conseillers en violentes discordes souvent. Le volumineux « LE RÉGENT » nous informe sur les coups-de-poignards-dans-le-dos, les clans en rivalité, les mini-tribus nocives. Merci Duchesne pour cela : la découverte détaillée d’un microcosme dégueulasse. J’oubliais : il y a aussi tous ces sous-ministres (ah ces « dessous » de ministres !) vantards, vaniteux, égoïstes, aux ambitions nocives (pour une cause sacrée). Je vous le redis, « Le régent » est une saga effrayante. Une monstrueuse démonstration dans les entrailles d’un parti qui se fiche de ses humbles membres.
L’on imagine qu’il n’en va pas autrement pour qui que ce soit qui s’aventure dans la carrière politicienne. On songe au duel Chrétien-Martin. C’est la leçon terrifiante du formidable gros livre de Duchesne. À la fin, j’en avais la nausée, physiquement ! À l’automne de 1994, candide, j’avais osé y mettre le pied. Ma mésaventure dura 10 jours et, dégoûté, je m’étais sauvé —littéralement— de ce bourbier. Maintenant je sais encore mieux de quoi il retournait en matière de magouilles de coulisses.
Comme dans tous les partis sans aucun doute. « Le régent » fera saisir aux nouveaux venus, je l’espère, d’envoyer paître tous ces parasites. L’un (se voyant en tacticien expert) vous excite à tirer à « dia », un autre, (se croyant un redoutable stratège) à « hue » ! Une farce grotesque. La gigantesque fresque de Pierre Duchesne éclaire sous un jour implacable les tortueuses allées de ces labyrinthes malodorants. À la fin du livre, le méticuleux questionneur fait parler une dernière fois la proie de ce jeu tordu, un Premier ministre québécois (de 500 jours seulement), c’est extrêmement révélateur et tragique.
Séraphins, en cachette chez votre libraire, lisez de la page 575 à 578. Tout est dit. Les vifs regrets d’un Monsieur qui, amer avec raison, regrette les « bons » conseils de tous ces odieux parasites du pouvoir. « Le régent », il faut le souhaiter, fera clairement comprendre ceci aux jeunes audacieux qui veulent courageusement « entrer en politique » : n’écoutez pas ces vains gérants d’estrade, ces futiles « tit-Jos connaissants », restez vous-même, gardez intactes vos convictions, fuyez ces calculateurs prudents qui ne songent qu’à garder « le pouvoir » car ils seront congédiés sans lui.
« Le régent », c’est une leçon qui n’a pas de prix. Merci, M. Duchesne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *