L’HOMME QUI DOUTE ?

L’écrivain en a joui un coup lorsqu’il a voulu, récemment, assister à une séance démocratique. Pas de nom, juste tenter de décrire des citoyens rassemblés dans une salle d’une petite ville. Spectacle essentiel : un microphone ouvert à tous dans l’allée centrale. Sur tribune, fonctionnaires, promoteurs (d’un parc à construire)arbitrage par un animateur serein. Et M. le Maire, en bon écouteur. Je ne suis pas l’ « envoyé » de mon hebdo, n’ai donc pas à jouer le neutre. Envie féroce d’abord de contester.
Peu à peu, subjugué, ébahi parfois, l’écrivain observe les participants. Un roman ? Oh oui. Cette assemblée illustre « la parole » civique, le droit de s’exprimer. J’ai découvert, par exemple, le verbe dynamique d’un interposant avec un langage franc, dépouillé de toute fioriture. Il est coriace, argumente, se débat comme diable en eau bénite (il sera voisin immédiat du théâtre de verdure). C’est pain béni d’entendre ce farouche; ce ci-devant se révèle un redoutable debater.
Me voilà donc absent du débat —un amphithéâtre grugeant ce parc à construire— me voilà captivé par cet orateur anonyme qui fait des silences opportuns, organise des montées dans son palabre, crée du suspense dans son petit discours, calcule les effets de ses arguments à escalade oratoire. Quel habile tribun ! Je ne note plus dans mon calepin, comme on dit « le pour et le contre ». Non. Ce reportage titré : Assemblée villageoise me fascine. Le modérateur s’énerve un brin, le maire, penché sur sa table, réfléchit, des voix crient hors micro, des moqueries fusent. Hochements réprobateurs ou approbateurs. Bouderies véhémentes.
C’est la houle du peuple.
Venu là pour contester ce virtuel (mais bien joli) amphithéâtre, je guette plutôt celle ou celui qui empêcherait nos adversaires de proclamer leur approbation du plan de M. le Maire, un Cardinal sans aucune prétention, c’est rare. Il rassure. Il va réexaminer le plan. À la fin, clair conscience qu’il y a, majoritaire, les commettants ordinaires et le monde des entrepreneurs.
Ce dernier, c’est sa nature, est favorable à tout entreprenariat, est convaincu qu’il faut casser des oeufs quelque soit l’omelette et tant pis pour les effets secondaires. Telle la sono forte tant crainte des éventuels spectacles, tel l’embouteillage des voitures attirées, etc. Je connais peu ce monde des développeurs mais j’éprouve de l’admiration pour ces gens. Nous devons à ces citoyens des réalisations bienvenues, aussi, bien entendu, des erreurs. Un homme au micro, modeste, sûr de lui, annonce qu’il encourage toute initiative multipliant les attraits pour notre petite ville. Qu’il va faire bâtir bientôt presque une centaine de condos (prix de base 300,000 $). Éventualité donc de nouveaux contribuables « en moyens ». Facile de se méfier mais cet homme devra risquer ses avoirs et donner confiance aux banquiers. Voir au lierre bureaucratique des permis, surveiller un chantier complexe, rencontrer ses devis, promettre des livraisons de logis à temps et j’en passe. L’entrepreneur sait mieux que moi à quoi il va faire face. Quelle confiance en l’avenir !
De l’autre côté ( de la vie ? ), il y a nous, les retraités tranquilles, aussi les nostalgiques du bucolique craignant comme peste de perdre leur vision champêtre, édénique; un village devenant une ville. Me voilà divisé, je balance. Le gauchiste bon teint ne peut s’empêcher de douter. Au micro, des hôteliers, des restaurateurs inquiets de notre opposition, en somme des créateurs de jobs. Nous y voilà à cette dure réalité dont parlait le poète Rimbaud quand il reconnut « me voilà à terre », juste avant de partir travailler à des comptoirs d’ export-import en Afrique de l’est. Ce soir-là j’ai revu le dilemme : plein de citoyens placent en fiducie ou autrement leurs économies, mes chers Reers, souhaitaient ardemment des courtiers à placements rapportant vite et gros.
Allons, bas les masques !
Si je n’estime guère le monde des spéculateurs, boursicoteurs, exploiteurs des sueurs d’ici comme des Tiers-Mondes, je respecte les industriels, les entrepreneurs. Ils ont mon estime. Un quidam : « Innocent ! Tes mecs-à-risques espèrent de gras profits » ! Oui, sans doute mais en prenant de sacrés risques. Que je ne prendrais JAMAIS, moi. Ni toi, Sire Quidam !

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