QUOI FAIRE AVEC L’ÉGLISE VIDE?

À Outremont comme à Val David, un peu partout au Québec, la question est d’actualité : quoi faire avec l’église vide ? Dans la Petite Italie, rue Saint-Laurent, on l’a vendue, on y a installé des condos ! Qui ce « on » ? La fabrique, vieux mot oublié.
À Val David le curé Fournelle dit : « je ne veux pas qu’on y présente n’importe quoi ». Eh ! Car il est question de faire « une salle » avec l’église. Une salle ? Projet vague ? «Pas question d’en faire un gymnaste », dit-on aussi. La fabrique et la municipalité cherchent une solution. Enlever les bancs à prie-Dieu escamotables d’abord. On va probablement faire une vente de ces bancs. Après ?
Nos églises québécoises sont-elles, oui ou non, un patrimoine national ? Nous savons tous la désaffection catholique qui a submergé la population. Nous savons les besoins actuels. Il faut payer pour de l’entretien. Ces édifices —certains sont vraiment splendides, d’autres très modestes— forment un trésor architectural collectif évident.
Ils sont les témoins d’une longue histoire. Même l’athée, le non-pratiquant, l’agnostique (comme moi) admettra que ces bâtiments sont un héritage qu’il ne faut pas négliger. Personne n’a le droit de bafouer sa propre histoire. L’anticlérical, l’anti-religieux d’aujourd’hui va-t-il admettre que brader une église (en condos) est une bêtise ? Quoi faire ? Une « salle » comme à Val David ? Pourquoi pas ? L’art (théâtre, concert musical, galerie d’art, etc. ) est proche du religieux, de la mythologie, dans le sens noble de ce mot.
Les citoyens d’un quartier ou d’un village ne se scandaliseront pas de cette métamorphose obligée. Tel temple, déserté maintenant, retrouverait un public, des gens qui viendront —le soir plutôt que le matin désormais— à l’ancienne église pour un peu plus de culture. Ainsi, épargnées de cette boule de fer (à démolir), nos églises trouveraient une deuxième vocation. C’est un bien public une église, héritage payé par des générations entières de fidèles. Les descendants de ce monde pieux de jadis, ont à protéger ces « témoins » de pierre taillée ou de simple charpenterie, de la foi populaire d’antan. Le plus souvent c’est un vaste et beau lieu, noble, imposant et fort capable d’être polyvalent. Facile d’imaginer que la minorité de pratiquants accepterait que l’autel soit portable, que le saint office —la messe— puisse s’y loger encore.
Il y aura aussi des réflecteurs, un système de son, des éléments de décors, des chaises ou des estrades esamotables, un rideau de scène, et puis après ? Au moins, la bâtisse ne sera pas détruite. Ni mise « en condos » comme on a osé le faire à Saint-Jean de la Croix, rue Saint-Laurent. Une municipalité, intelligemment dirigée, une fabrique lucide, ensemble, sauront préserver ce patrimoine précieux. Pour cela, il y a des frais nouveaux bien entendu. Ces dépenses supplémentaires sont essentielles. Un investissement profitable.
À Outremont comme à Val David, il faut nous souhaiter cette solution brillante. La culture (la populaire aussi) a besoin de lieux nombreux puis qu’avec, Dieu merci, l’instruction actuelle, de jeunes (et moins jeunes) talents divers sortent sans cesse. Ces créateurs ont un urgent besoin d’un bel espace pour s’épanouir.
Par respect pour notre histoire ancienne, vive donc la transformation d’une église désertée, ou si peu fréquentée, en abri magnifique pour la culture qui se fait.

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