Ah ! Être détective !

Jeunes, on les observait, héros du cinéma et on rêvais :ah ! être détective (ou bien espion) ! Toute une littérature exploite cette veine du limier aux trousses des « méchants ». Cher polar ! J’en signai cinq dont mon « Alice vous fait dire bonsoir », pas cher en poche ( BQ, éditeur). Il est en librairies ces temp-ci. Plogue ? Oui. Mon « meilleur », décrétait Martel (La Presse). Mon détective traquant la juive Alice, découvrait (comme moi à cette époque) les « Juifs d’Outremont ». Là, je pars en voyage à Boston —lire c’est voyager— pour visiter le « Shutter island » de Dennis Lehane (celui de « Mystic River »).
Je sors du dernier Fred Vargas « Sous les vents de Neptune ». Aussi du dernier Jean-Guy Noël : «Un homme est un homme ». Le roman policier est un divertissement mais il peut aussi être un étonnant baromètre du temps actuel. Ce Vargas m’a assommé avec son détective parisien traquant un juge corrompu et corrupteur (voir si ça a du bon sens hein ? hum !) qui doit aller en mission au Québec. À Hull ! Long défilé de répliques en un joual douteux car Fred Vargas ignore notre argot. On éclate de rire face à ses erreurs langagières. Hélas, son juge-tueur-en-série —qui tue au trident tel Neptune !— n’est qu’une vaseuse supputation et vous serez noyés dans une sauce intello aux quatre éléments (bonjour Gaston Bachelard !) : air, eau, terre et feu. Imbuvable poutine où nos fics jacassent en un patois imaginé « bin niaiseux ».
Mais le Noël d’ « Un homme est un homme » !
J’ai sans cesse tourné les pages. Très captivé. On ne doit pas raconter l’intrigue d’un polar mais sachez qu’il s’agit d’un monde familier aux lecteurs de la page-3 des quotidiens. Sachez qu’on y voit une monoparentale (baby boomer) écervelée qui a (mal) élevé sa fille (avortée trois fois). Une étudiante en… danse moderne ! et qui se prostitue pour le « kick ». Un soir, la putain-étudiante (lisez ça, Nelly Arcan) rencontrera, coin St-Laurent et Ste-Catherine, un réfugié Algérien fréquenteur de discos pour oublier son mal payé, éreintant boulot rue Chabanel-aux-manufactures. Il sue pour faire venir sa jeune épouse et ses enfants en Algérie. Cette nuit-là, fatale rencontre avec la jeune danseuse désaxée. La mort.
« Un homme est un homme » —aucun écrit n’est innocent M. Noël— m’a fait un utile tableau des us et coutumes de certains jeunes contemporains, un instructif « guide » pour le vieil homme que je suis. Ce détective a été castré (lire pour en savoir davantage), le jeune avocat est sur « l’assistance judiciaire », la mère mal « accotée » gîte dans la rue… Antonine-Maillet ( Cout’ donc, Maman-Sagouine est-y morte ?), le plaideur à Ville Mont-Royal, le funeste appartement (sang obligatoire en polar ) niche dans le bloc baptisé « Le Colisée », rue Sherbrooke. Fuite au Lac des Castors, vues du belvédère, bref, on suit les protagonistes dans une géographie facilement repérable. Il y a aussi un perroquet bavard. Ajouterais-je « Et une souris verte ? » Non. « Et une corneille », en épieur étonnant. Je m’instruisais sur « la culture » (!) d’un monde plus jeune que le mien qui fut taxé bien vite de pudibond, de puritain. À lire donc, ce « Un homme est un homme » (Libre-Expression éditeur), il fait réfléchir. C’est cela aussi un bon polar. Vous y verrez de ces folles « mômans » épivardées de 50 ans, de ces jeunes « popâs » qui ont « levé les feutres » lâchement, de ces jeunes cégépiennes mentalement délabrées. Adieu aux valeurs, aux critères, à une éthique-de-vie ! Adieu les responsabilités, fuyons le réel ! La vie « rock and roll » répandue, illustrée ad nauseam aux récentes Fêtes nationales télévisées, le sinistre festival : « Québec-Molson-Labatt-Dry-Blue, Draught », celui des pubs-lierres.
J’ai donc lu une chasse à l’homme (obligatoire en polar ) avec vue imprenable sur le délabrement moral actuel, telle cette fellation pulsative —calculée pour rendre môman-haïe jalouse— par belle-fille avec beau-papa haï (autre baby boomer) sous une table de son restaurant ! Voyez-vous bien la teneur morale ? Y ai vu une murale aux teintes sinistres. La désolante fresque des existences sans culture réelle. À l’amoralisme hédoniste fatal. Y ai décelé la misère de l’inculture actuelle. « Un homme est un homme » est un portrait implacable à propos d’un certain Québec déliquescent. Bon, je pars donc pour « Shutter Island » ! Que j’aime lire, vous ?

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