Chacun sa guerre, silence dans les gradins

Poutine, un ex du KGB, pas d’accord, ne participe pas à la guerre en Irak de W. Bush. Il a la sienne. L’URSS tombant (1991), écroulement prévu, Moscou accordait l’indépendance à de nombreux satellites (forcés). Pas à tous. Pas aux Tchétchènes. Oh non ! le fédéralisme nouveau (21 républiques autonomes) ne pouvait tolérer cette…partition.
Ô Pétrole !
Aux nouvelles (radio, télé, presse) : l’Irak tous les jours et de rares bulletins sur cette guerre de Moscou à la Tchétchénie. Silence curieux, lâche, honteux. Ce terrifiant 11 septembre à New York a permis à Poutine de frapper en paix. Cette invasion buschienne en Irak permettait encore plus d’attaques, de négation à l’indépendance qu’ils avaient osé s’accorder.
Voici le temps des massacres.
Silence du monde entier ! « La cause tchétchène » ? Bah ! Bof ! Un cinéaste français (Léo Carax) a vilipendé publiquement son président Chirac : « Vous êtes un lâche ! » La complicité face à un génocide évident pue ! « Un peuple et en voie de disparition », explique Jocelyn Coulon.
Poutine rigole, dit à Bush (et aux observateurs occidentaux et ceux des Etats-Unis) : « Nous aussi, il nous faut combattre le terrorisme ». 130 otages dans un théâtre de Moscou ? On discute pas : gazés ! Aux suivants ! Un philosophe populaire de Paris, André Glucksmann : « La plaie tchétchène conduit à l’infernal, aux talibans cachés qui s’infiltrent, à Al-Qaeda…à de nouveaux Manhattan… » Silence toujours : pas de manifestants pour la Tchétchénie ravagée, tous dans les rues contre la guerre en Irak.
On se souvient : l’Arménie décapitée par les Turcs quand tout le monde regardait ailleurs « la vraie guerre » (1914-1918). . Séquelles honteuses qui empoisonnent la Turquie désormais. L’histoire, mais oui, se répète.
Tout l’Occcident —avec CNN-aux-caméras— scrute les péripéties guerrière du jour : Bagdad et alentours. À Grozny ? On a pas le temps ! Et l’horreur continue. De temps à autre, petits sursauts, par exemple dans Le Monde ou dans Libération. Grozny c’est tout de même moins loin de Londres, Washington (et Montréal) que Bagdad, non ? Les soldats des USA n’y sont pas. Aucun intérêt ! Ainsi va l’impérialisme constant, ainsi va ce curieux monde des manifs organisées, des « envoyés spéciaux », de l’ONU. « Pendant ce temps », comme disait les vieux films de western, meanwhile… une nation entière est aux prises avec toutes les horreurs d’un capitale farouchement fédéraliste dans ce cas.Grozny est en sang, massacrée, bombardée. Et ce soir, comme hier, comme demain, nous aurons les images fraîches du combat de M. Bush en Irak.
Cela a un nom : un crime. Croyez-vous, comme Milosevic, qu’une fois le génocide tchétchène terminé, le bon et brave M. Poutine devra comparaître un jour au tribunal international de La Haye ? Hum ! Le génial fabuliste Lafontaine, jadis, a parlé net : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour… ». À celui qui ose gueuler comme moi « Vive la Tchétchénie libre », le loustic rétorque : « Mais de qui, de quoi, tu parles ? Tu regardes pas le téléjournal ? »
La télévision est toute prise par « la vraie guerre » actuelle, en Irak. Il faut laisser en paix ce Poutine, il a tant de gros problèmes avec la liberté nouvelle, la presse que l’on censure, réduit au silence, la radio et la télé à contrôler. Foutez-lui la paix !
Alors, en toute quiétude, l’infernal ouvrage moscovite de fracasser un peuple, se poursuit. Un génocide arménien chasse l’autre quoi.
Réduits à rien, traqués sans cesse, dominés, manipulés, des patriotes tchétchènes se transformeront en guérilleros dangereux. Des âmes pieuses se scandaliseront quand ces désespérés passeront forcément à des attaques sanguinaires lamentables. Ils se voileront la face, ces sépulcres blanchis, iront crier aux tribunes : « Mon Dieu, en Tchétchénie, c’est encore pire que les Talibans meurtriers ! »
Car c’est cela, l’horreur chez les désespérés, qui monte, qui vient, Et dans ces bains de sang annoncés, on verra enfin CNN, et tous ses suiveurs, se précipiter à Grozny, aux furieuses barricades, aux charniers familiers… Et enfin, on parlera d’eux, on décrira —avec compétence bien sûr— leur totale désespérance.
Il sera tard, bien tard, trop tard peut-être.

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