L’IMPASSE « PORNOCRATIE »

Ne faisons pas la bête voulant faire l’ange. Nous sommes, tous, à des degrés divers, des voyeurs. Pourtant le voyeurisme, disons pathologique, est le signe clair du piètre inactif, de l’impuissant. Jeunes gens refusez, fuyez vite, cette évasion délétère. Quand la porno —mimodrames répétitifs à femmes-objets, à femmes-esclaves— sert à secrètement tromper la femme —ou l’homme— qui nous ne excite plus du tout et dont on ne veut pas se séparer : il y a les enfants, il y a l’installation confortable, ceci et cela. Une calamité qui accable ceux qui vont discrètement à la section « porno » du vidéoclub.
Sa complaisance forcenée face à ce voyeurisme maladif conduit souvent à une sorte de névrose fatale. Je viens de lire dans l’hebdo « Ici », un accablant témoignage, très franc, très triste. Un certain Luc Forest raconte sa chute. Désormais ce Luc n’est plus que l’esclave volontaire, très consentant, de films cochons. En découle, un affligeant onanisme, une solitude déplorable. Une existence ratée, une vie de célibataire « isolé de la vraie vie ».
Que s’est-il passé pour tous ces déplorables Luc qui « sortent de la vie réelle » ? Luc raconte : il a maintenant 51 ans, à 40, il sort du placard (« quosse ça donne ? » Il en espérait quoi au juste ? Luc déclare que sa communauté (homosexuelle) n’en a que pour les beaux corps parfaits. En va-t-il tellement autrement chez les hétéros ? Comme ce Luc n’a rien d’un Adonis, il l’admet volontiers, il semble qu’il ne peut —ou ne veut— songer à ce cher « mariage » (tant dédaigné chez les hétéros !) tant souhaité par certains militants. Sont-ils si nombreux qui souhaitent « la vie de couple » ? Nous n’avons pas de statistiques pour compter les homos des deux tendances : ceux aux furtives aventures seulement copulatives, ceux rêvant du couple stable, humanistes.
L’amour épanouissant, selon moi, n’a rien à voir avec la fornication ou la pulsion subite de possession, le couraillage de beaux éphèbes. Qu’il faut payer comme les putes classiques.
D’abord Luc a voulu fuir les « lieux » officiels, le Village, les saunas-bordéliques, les bars à dragues ouvertes. Pourquoi ? Motte pas un mot là-dessus. Il parle plutôt de buissons touffus, coins de parc (le Mont Royal la nuit tombée), sous-bois propices, (le parc Lafontaine ?). On songe à « My own Idaho », cet excellent film d’une très affligeante tristesse.
« Le mythe du beau corps », dit-il, est d’un « jeunisme » implacable. Il conduit à du « consumérisme » avide et bestial. « Combien ? », dit le client honteux, parfois des pères de famille (mariés menteurs) honteux. Lire là-dessus la renversante confession d’un ex-ministre péquiste, J.-F. Bertrand, fils déchu d’un Premier ministre. Ce Bertrand jr a illustré cette course néfaste au « beaux corps » de jeunes drogués, il est d’une franchise sidérante avec viols et aussi vols, violence souvent. Un univers répugnant à souhait avec lequel M. l’ex-député tente de rompre. Luc-aux-bois, lui, faune écorné, ne rencontre que dédain et maints refus humiliants. Il en a « l’égo à terre », souligne-t-il. Alors il se retire de ces clandestins champs opératoires, aux lendemains nuls. La pratique des « preneurs de dos » (expression du temps de Verlaine) conduit souvent à la psychose et au psychiatre. Parfois au meurtre passionnel sordide, relire —ou revoir en vidéo— « Being at home with Claude » de Dubois.
La finale de son aveu ? Il dit qu’il a butté vite sur l’ennui, et, vint son terminus sordide : sa main branlante et des cochonneries filmés. À 50 ans le voilà seul et avachi, tel le pré-ado avec ce que nous nommions jadis la veuve-poignet. « Je suis seul et je fantasme beaucoup », conclut-il, parlant de sa « précoce prise de retraite ». Adieu satyres sous bosquets ! Pourquoi ? Parce qu’il n’était plus jeune ! Le narcissisme de la plupart des sodomites conduit à cette impasse. Les invertis sexuels n’ont pas souvent la franchise d’un Luc et ce terme « GAY » est souvent un exécrable mensonge, un masque, une fraude. J’en suis venu à admirer les demandeurs du mariage homo ou lesbien. Sinon ? D’abord beaux « jeunes » corps à louer ou à vendre, satyres en sous-bois, et, l’âge venu, c’est l’effrayant désert des Luc : la solitude totale avec l’onanisme toujours décevant. La main comme outil sexuel, l’œil vissé aux acrobaties pornos mécaniques. Ce sinistre cinéma à bon marché. Non, je n’avais jamais rien lu de si triste.

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