LA HÂTE ET LA PEUR !

De la brebis cloné à « l’homme nouveau ». Je suis plongé, je ne lis pas vite en cette matière, dans le futurisme plausible. Il ne s’agit plus de rêvasser aux élucubrations fascinantes des auteurs de S.F., d’anticipation. Nous y sommes ! Le Einstein contemporain, l’astro-physicien infirme en fauteuil roulant, Hawking (assisté par un brillant Québécois, soit dit en passant !) déclare : « C’est ma peur, un robot intelligent pourrait commander à l’humain ! » Dans des laboratoires de pointe, on triture, on greffe, on déforme et, oui, on améliore. Tout. Flore, plantes, faune, et, hum, hum… l’embryon humain. Les protéines sont analysées, une à une. Ces hélices de l’ADN de Watson et Crick ? D’ici dix ans —cinq ans, disent certains— plus aucun secret. Après ? Après ce sera le bal furibond (et payant !) des applications. Les uns se réjouissent et les autres tremblent. C’est l’éternelle lutte des conservateurs prudents (dont une masse d’écologistes) et des progressistes qui proclamant : « En avant, courage » ! Le commun des mortels, vous et moi, nous restons … bouche bée, excités et vaguement inquiets. « Quoi ? On va tripoter bientôt les gènes, nos descendants seront des humains améliorés ? » Non plus seulement « Des Français améliorés », comme disait le bleu patriarche Maurice Duplessis à un auguste visiteur de Paris. Eh ben oui, mon cher Robert Charlebois « À soir on fait peur au monde ».
Ouatchez ben ça, le décryptage des génomes humains, la génoprotéomie. Il y aura des découvertes inouïes et des bagarres féroces car on voudra amortir les coûts faramineux dans maints labos d’industriels privés. Ce sera la course aux brevets, aux droits d’auteurs. Le marché, toujours le marché. L’offre et la demande, vieux principe d’avant le capitalisme, du temps d’Assur, de Babylone. La science découvre puis les applications techniques suivent. Le grand Darwin ? Au panier lui et son « évolution des espèces », ses forts dominateurs des faibles. Foutaises bientôt. On va y voir. On va donner de sacrés coups de pouce aux nouveaux nés faibles. Pauvre Darwin, caduque ! « On se calme », disent des philosophes, faut installer la génothique. Ethique et tac ! Comment ? Surveiller ces progressistes que certains alarmistes, non sans raison, voient comme des docteurs Frankenstein. Ce sera la guerre ? On le craint. On craint l’eugénisme, à la poubelle les fœtus pas parfaits, irréparables ! Un néo-nazisme planétaire ? Des dérives sont à craindre. Qui va réglementer ces fantastiques découvertes en cours? Les politiciens, au cas par cas. Ou bien l’ONU ?
Ici même, au Québec, au Canada, plein de chercheurs au bord de fameuses découvertes et, forcément, d’applications. Le lobby bio-industriel, très puissant, veut se débarrasser des moralistes encombrants. « Silence les timorés, place aux progrès » ! En 1947, Borduas criant : « Place à la liberté ! » ne dérangerait plus tant ! « Biologie et génétique nouvelle sont les mamelles de l’avenir », affirment les chercheurs. Il est vrai que ce serait la fin des maladies effrayantes transmises à la naissance par l’héritage génétique. S’il n’y avait que ça. Nous allons vivre (c’est parti quoi qu’on fasse) la révolution la plus fascinante de l’humanité terrestre. Celle dite PROTÉOMIQUE.
En bout de cette piste inédite : l’intelligence artificielle. Plus un titre de film signé Steven Spielberg, non non, une réalité vraie. C’est là où s’effarouche les Hawking de ce monde. Un jour, dans 30 ou 50 ans, implants bien installés, l’homme serait au service, aux dociles commandes, d’une machine qui le guide, qui le domine, qui lui dicte quoi faire, quoi penser et comment agir et réagir. Le héros imaginaire Superman ? De la petite bière ! C’est donc « la hâte » mais aussi « la peur ». Deux sentiments contradictoires énervant tous les penseurs humanistes. Plus angoissante question que « Fallait-il jeter la bombe atomique sur le Japon » ? Faut-il continuer les recherches actuelles ? Lisez, chez Boréal éditeur, « Le Québec transgénique » de Gilles Bibeau (un prof d’anthropologie). Bibeau nous raconte clairement « science et marché ». 400 pages nécessaires si on refuse de mourir idiot. Une industrie immense est en train de s’installer, des gouvernements (ici comme ailleurs) subventionnent en masse car il en va d’un développement économique vital et qui dépasse les chicanes des « marchés faciles » —à cheap labor et à déménagements d’usines, de manufactures— en Asie ou en Chine. Cela a un nom à retenir : la géoprotéonomique. Notre argent de contribuables y est versé sans cesse. Qui l’aurait cru il y a 50 ans ? « L’infiniment petit » décodé conduisant à notre prochaine et terrifiante mue : l’humain dépassé !

Une réponse sur “LA HÂTE ET LA PEUR !”

  1. Cher M. Jasmin,

    Cette sombre prédiction de l’avenir, ne croyez-vous pas que nous y sommes vraiment? Vous dites dans 30-50 ans? Ne vivons-nous pas actuellement dans ce monde « aux dociles commande de (cette) machine qui le guide (et) le domine? ». Dans cet « univers global » carburant à la « pensée unique » où les médias sont complices, avons-nous encore la possibilité de résister au rouleau compresseur? Des savants, tel Hubert Reeves, prévoient même la disparition de notre espèce d’ici un siècle si
    rien ne change! Est-ce que cela modifie la cupidité des « Big Brothers » de ce monde? Les « altermondialistes » poussent les hauts cris, mais ne sommes-nous pas tous dans le même paquebot qui coule inéluctablement?

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