LA RIALITI

Un principe trop dur ? Ma mère parlait : « Mon p’tit gars, on a des principes dans note famille ! » Je grognais. Il y avait les vertus et les vices, mais quoi ?, des principes ? Rimbaud, le précoce jeune génie de Charleville, écrit : « Je suis rendu à terre avec un dur devoir à étreindre, la réalité. » Et il va s’exiler en marchand au Harrar africain. À jamais. Ces temps-ci, discussions partout sur « payer ou pas payer pour ses accidents, sa santé » ? J’explique souvent à mes petits-fils rêveurs (normaux quoi ) cet inévitable principe, l’emmerdant (?) principe de réalité. Il y a des riches et des pauvres, des plus ou moins intelligents aussi. Il y a inégalité dès la naissance. Maudite réalité.
Lafontaine, génial fabuliste : « Selon que vous serez puissants ou misérables… » Eh ! Vieillir un peu lucidement, acquérir de la maturité, c’est cela : accepter comme incontournable le principe de réalité. Bonjour M. Freud ! Les psychiâtres se débattent avec les névrosés et les psychosés : comment leur inculquer ce sain et terrifiant principe. Oui, oui, les riches, avec utile réseau de contacts, savent où l’on peut « passer vite » en cas de maladie. Scandale que cette autre clinique « pour riches » seulement, avec cartes de crédit nombreuses ? Adieu à leur « carte–soleil » ? C’est bon pour vous et moi, le monde ordinaire. Palabres vains en médias si l’on persiste à ignorer la réalité. J’en sais un bout, jeune gauchiste bon teint, je refusais ce principe, criant partout : « Liberté, égalité ! » Seigneur Dieu, l’égalité ! Si la tendance se maintient : il y aura toujours des privilégiés parmi nous. Les autres, prenez un numéro et attendez. Les travailleurs, les salariés…es « artisses ? ,itou ! Rares sont les « prêtres » en médecine, sacerdoce laïc des temps anciens. Foin de la belle grande vocation humanitaire, la médecine. Hippocrate bafoué ? Du calme : beaucoup y sont pour le fric, en clair, les piastres. La réalité encore. Oui, oui, certains, instruits avec notre argent public, s’exilent même aux USA. J’en connais. Deux petites décennies là-bas, avec les riches malades amerloques, et ils nous disent qu’il retraiteront, at home, au Québec, revenus bourrés de fric. La maudite réalité. La loi du « répondre à la demande… des riches ». La médecine, un commerce, un marché ? Oui. Comme tout le reste de la vie réelle et cela depuis l’aube de la civilisation, depuis Assur, Babylone, bien avant Jésus. Ce premier audacieux prédicateur de l’amour et de la bonté, lui et son sermon dit des « béatitudes », insensées tous ces « Bienheureux les pauvres ». Merde ! Le Nazaréen ? Crucifié-le. Et silence partout !
Je veux que mes petits-fils tiennent compte du principe encombrant : « Le monde est ainsi fait et je dois y faire face ». Ensuite, essayer d’aplanir certaines inégalités, des injustices, cela sans s’abuser car on vient au monde dans l’inégalité. Il y a les héritiers sans mérite, il y a les nés-doués, les intelligents donc les débrouillards et, aussi, des profiteurs.Tous ces chanceux du sort veulent, le plus rapidement possible, posséder tous les atouts de leur chance. Chance :hasard cruel, loterie funeste qui installe partout un favoritisme fâcheux. Ainsi va la vraie vie, la réalité.
Hegel, Marx et Lénine, intelligents, humanistes, voulurent corriger cette « dure réalité », on sait maintenant l’illusion fatale, l’effrayant totalitarisme —obligatoire et involontaire ?— né de ces espoirs. Accouchement de prisons, des goulags soviétiques aux geôles du Cuba de Fidel Castro, terribles « forceps dogmatiques, idéologiques », d’esprits généreux virant en tyrans despotiques. Ignorants, tous, du principe de réalité. Je le dis souvent : il faudrait mettre l’être humain sur un fameux « billard » et l’opérer. Changer l’homme, vaste programme, M. de Gaulle ? En 2004, il n’est plus permis aux démagogues de prédire aux malchanceux du sort « des lendemains qui chantent ». Non, M. Fukuyama, ce n’est pas « La fin de l’Histoire » que la chute de l’URSS en janvier 1991. C’est la continuation, ce fut « le retour brutal du refoulé », n’est-ce pas cher Sygmund Freud.
Nous sommes tous…en Occident comme en Orient, —en Inde et en Chine comme on le voit— rendus à terre avec un dur devoir à étreindre, la réalité. Si le cancer ne l’avait pas tué, le jeune défroqué de poésie géniale, allait s’enrichir davantage, déjà à 35 ans, il recommandait (voir sa correspondance) sans cesse à sa maman, de bien enregistrer ses placements d’économies. Alors, imaginez un Rimbaud, cheveux blancs : de son coquet château parisien, il roule en Hyspano vers va « une clinique pour riches ». Il n’a plus le temps d’attendre dans ces urgences encombrés avec le peuple. La réalité !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *