Tout est consommé !

C’est parmi les dernières paroles du Christ en croix ! Ce « tout est consommé » reste un bon résumé des temps actuels. Voici que les dirigeants du métro vont se donner (pas pour rien) à la consommation. En boucles, il y aura dans toutes les gares du métro de Montréal des messages pour inviter au « fléau des fléaux », la consommation. Lierre incessant et exécrable. Sur mon écran personnel, surgissent de ces messages ! Une merde, oui ? C’est partout, partout, les appels à acheter. À la télé c’est des centaines —que dis-je, des milliers— d’historiettes (parfois d’un crétinisme ) où l’on nous perçoit comme des machines à acheter. Je n’en peux plus.
À ce train d’enfer, on ne pourra plus mettre un pied dehors sans tomber sur un message à consommer. La vie placardée ? « La pub c’est de l’information », disent les gourous en art ( ? ) publicitaire. Vrai parfois. Très rarement. La pub c’est le cri du marchand indiscret, insolent. Désormais, le commerce s’infiltre jusqu’au plus intime de nos vies. La jeunesse accepte de jouer les hommes-sandwiches gratuitement ! On affiche les marques des commerçants sur ses culottes, ses souliers, ses blousons. Il n’y a plus aucune retenue, on voit les annonces commerciales au sein même des génériques des émissions qui défilent. L’ère des « consommateurs consommés » s’installe sans vergogne. En vous promenant, tourner le regard dans la direction que vous voulez, aux murs d’un musée ou aux murs d’un théâtre, il s’y trouve de ces cris mercantiles. Picasso-Labatt ! Cocteau-Pepsi ! Bientôt, Modigliani-Coke ! Les responsables de ce « fourre-tout-pub » se défendent : « Ça de moins à faire payer aux contribuables ». Mensonge ! Fumisterie ! Nous payons trois fois un spectacle de télé : notre argent à la chaîne publique (type SRC, T.Q.), notre argent à Sodec-Téléfilm, subventionneuses à gogo (et ses crédits d’impôts). Notre argent encore, troisième ponction, quand, on va au marché des épiciers pour se procurer des céréales, des lessives, des savons, des bières. Car, assez de mensonges, le consommateur crache pour les pubs de tous les produits annoncés. Faux que les TVA ( les privés) ne nous coûtent rien ! Nous passons, cochons de payeurs, à la caisse sans cesse. Le cinéaste Godbout publiait jadis « Le murmure marchand », il faut parler maintenant du « vacarme marchand ».
Tu crois regarder sur ton écran une seule historiette mais les commerçants interrompent grossièrement —à chaque sept ou huit minutes— le récit en cours pour te raconter leurs historiettes (parfois avec un bon talent visuel), comble d’effronterie. En quinze secondes, une minute ou deux minutes, voici un mini-récit complet, scénarisé avec humour parfois. Une sorte de rivalité stupide s’installe entre le contenu (d’un feuilleton d’un film, d’un documentaire, à T.Q, à ARTV, à Historia) et les contenus des messages payés —par nous. Ainsi, au bout de… disons deux heures devant ta télé, on t’a raconté plus d’une cinquantaine d’historiettes. Cela a un nom : sauvagerie, effronterie grotesque, agressive aussi, car avec journaux, revues, tu tournes la page de pub. Oui, « tout est consommé » ! Le sociologue jacasse sur les dangers de la violence montré à la télé (aux actualités aussi) mais ne dit rien sur les dommages occasionnés par cette constante, sur-répandue, très omniprésente, follement envahissante marée des publicités. Ainsi la jeunesse, dès la tendre enfance, est comme conditionnée : Achète, achète, achète ! consomme ! La vie c’est consommer, ne le vois-tu pas, ne l’entends-tu pas ?
Alors les humains sortent du « cocon aux images » que l’on sait, et se continue le bombardement —même dans le métro désormais. Conditionnés, ils cherchent des yeux un comptoir, n’importe lequel, un magasin, une boutique, mieux, une grande surface. « Ah ! un centre commercial et de la place pour stationner mon char longtemps ». Et en avant : je consomme donc je vis ! Tout me le dit, me l’enseigne, tout me le crie, la vraie vie c’est consommer. Je suis à bout ? Pas vous ? Assez, j’en peux plus. Je refuse cette vie actuelle interrompue partout par les criards en pub. Tant pis, je ne visionnerai pas ce bon film puisqu’il est pénalisé par une centaine de pubs ! Refus : « p’u capab’ » ! Alors, hier soir, j’ai pris un formidable roman (25 cents en poche usagé) « Lumière d’août », signé Faulkner, et fus plongé dans le deep south, dans une histoire non-interompue avec des personnages inouïs ! Et je ne m’ennuyais pas du tout de coke-molson-tide-hygrade-mc Do-ford-esso ! Trop c’est trop, résistez à la sauvagerie incontinente des marchands. Protestez, fin des bonnes crottes d’écoute, ouvrez un bon livre.

2 réponses sur “Tout est consommé !”

  1. Ben voilà. Et ce qui est encore plus vicieux, c’est cette publicité qu’on nous impose sans avoir l’air de le faire. Saviez-vous par exemple que es grandes compagnies (Pepsi, Coke, Ford et tous les autres) paient une fortune pour que, par exemple, dans tel ou tel film, le héros épanche sa soif avec l’un de ces produits ou soit vu au volat de telle voiture. Inconsciemment, le spectateur voit la maudite bouteille de Coke et associe son héros à cette mixture. Vous parlez de la pollution sur les ondes ? C’est vrai. Pire encore. Depuis la venue des films sur vidéo, j’avais cru inocemment que j’aurais pu échapper à la plaie, mais elle nous rattrappe. Il y a maintenant de plus en plus de pubs avant d’arriver, enfin au film. Même chose au cinéma où, pourtant, on devrait nous faire grâce de la pub au prix qu’ils nous imposent pour 90 minutes de visionnement.

  2. J’ai baucoup réduit ma fréquentation de la télé à cause de la pub.
    Pour ce que je regarde, j’emploie l’enregistreuse VHS qui me permet de court-circuiter les pubs. S’il faut que je regarde en direct, je coupe le son durant les pubs et je fait d’autre chose en attendant. Parfois j’en oublie de revenir à la télé.
    Je crois que j’en suis arrivé à être quasiment sevré de la télé et presque complètement insensible à la pub.

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