SUR « INTERDIT D’ENNUYER ».

Un vigoureux concert à quatre mains sur claviers d’ordinateurs pas bien tempérés. Fugue ou tango ? Disons : un concerto pour esprits en violentes chicanes.
Elle, Francine, a un peu plus de 50 ans, Claude, son « vis à vis », a un peu plus de 70 ans.
Deux écrivains différents jasent avec rudesse et aussi avec symnpathie dans ce bouquin, causeries à perdre haleine.

iNTERDIT D'ENNUYER« Interdit d’ennuyer » c’est la révélation publique d’entretiens parfois très intimes. Aveux risqués en masse.
L’éditeur Triptyque y a lu assez de fantaisie, assez d’effronteries aussi, pour en faire un bouquin qu’il vient d’installer en librairies d’ici.
Vous lirez avec ce « Interdit… » sur la vie privée de deux auteurs tiraillés par les engrenages obligés de « la petite vie » mais aussi sur les empêchements de s’exprimer vécus au Québec.
Un livre de cris ?
Oui, sans stridence vaine, avec, ici et là, des émotions, de l’humanité. Francine Allard veut un peu plus de lumière, Claude Jasmin fuit certaine clarté embarrassante.

« Interdit d’ennuyer », des échanges quisont le troc bizarre des vies en apparence ordinaires quand elles se vivent en un milieu (littéraire) bien chétif, aussi en un milieu social où les accords et désaccords pleuvent. Collisions frontales parfois !
À chaque chapitre, la courtoisie prend le bord et on en vient presque aux coups…par franchise, par envie de bousculer les idées reçues d’un monde trop froid, trop poli, trop gavé de rectitudes fades.
De la ferveur à plein, des rancunes tenaces et des secrets révélés.

« Interdit d’ennuyer », un pan de la vie littéraire officieuse, celui que l’on camoufle soigneusement dans les pieux et brillants « Salons du livre ».

LES SUCEURS DE « LIFE SAVERS » !

Dans l’ex-right light, dirais-je exactement où ?, un bonhomme m’a fait rencontrer, vendredi soir dernier, une jeune femme bizarre. France, son nom. Une fille perdue, dont on a vraiment pitié…et qui va sortir de prison bientôt.
Mon gaillard raconte, sans tout révéler, l’existence de cette jeune prisonnière; nous étions nombreux à l’écouter. France a poignardé une autre fille. M. Boucher, c’est le nom de mon conteur, nous a illustré la famille de la meurtrière. Du bon monde ? Comment dire, oui, des bons petits-bourgeois tranquilles : un père plutôt autoritaire, sosie de Michel Dumont, dominateur compulsif à ses heures, autrement, oui, un bon diable vieillissant, avec Doodge Caravan toute neuve, le golf comme passion sacrée et la fuite en Floride l’hiver. Vous voyez le genre ?
Mais sa cadette, France, a tué ! Ce brave et borné bon papa ne saisit pas ce drame, il s’enfouit, autruche, dans le sable. Comme le reste de la famille. On nous a montré le salon-salle-à-manger de la famille de France, coquet home, jolies tentures lumineuses, mobilier moderniste, le confort sécurisant avec une gentille mémé perdue, genre Hélène Loiselle physiquement, très énervée de constater l’attachement de sa « petite-fille », prisonnière en congé-visite. Avec la jeune matrone, assise bien raide, dans un coin de la cuisine. La pétillante et sage grande sœur, on aurait juré Adèle Reinhardt, qui interdira le pop corn à ses enfants gardés !
Qui encore ? Un frère, gras dadais, qui parle pour ne rien dire. S’efforcer de ne rien dire sur ce… meurtre. On a tout vu, tout entendu, les propos insignifiants du genre : « c’est donc bon manger hen ? » La môman dévouée mais au bord de la crise de nerfs, vrai clone de Véronique Le Flaguais. Nous observions donc la banalité : images familières de braves banlieusards qui font silence compact sur l’ignoble délinquante, cette France. À la fin de la démonstration, le groupe réuni avait les larmes aux yeux d’une émotion vive. Car du cagibi des visiteurs à cette prison de Joliette, France soudain lâche à ce père emmuré : « Je t’aime. » « Gros. » Rien que ça, comme un aveu risqué, comme si cette poignardeuse étouffait avec son rouleau de Life savers au fond du poing. Mais le papa golfeur a très hâte de partir pour sa chère Floride, il fige, muet, dépassé. Il va s’en aller sans rien dire.
C’est ce même Serge Boucher qui nous avait « conté » l’atroce « Motel Hélène » et puis l’effrayant « 24 poses, portraits », montré à Télé-Québec. Il a le don de nous fourrer dans des marmites terrifiantes. Il ne s’y passe rien d’extraordinaire, un monde que l’on dit « normal », pas de farfelus « PÔPA ET MöMAN », non, du documentaire hyper-réalisme, extrêmement gênant. Cette pièce, « Les bonbons… », pourraient se situer aux États-Unis ou en France. Partout en Occident, il y a du « bien bon monde » englouti dans le gluant matérialisme actuel. Soudain, secoué tragiquement : un membre du groupe « saute les plombs » et tue ! Réservez vite des billets chez « Duceppe » car, Maud Guérin, le 5 décembre, actrice magnifiquement efficace, surdouée, quittera la défroque de cette fascinante « entôlée » qui assassinait à coups de couteau, soudainement, une autre fille de son milieu, monde d’une brave petite bourgeoisie tranquille, totalement abrutie. C’est une soirée qu’on n’oublie plus.

OH, « LA » MADAME BERTRAND !

Je lirai son autobiographie. Vrai qu’il y a eu du mépris face à cette « bonne femme » se répandant partout (journal, radio, télé), prédicatrice laïque. Mon « milieu » n’estime pas beaucoup les vulgarisateurs; la popularité excite des jalousies. J’ai admiré très souvent cette fille d’un modeste mercier de la rue Ontario. Elle a eu du cran. Et elle en a encore la chère « vieille » qui, en belle santé, file vers le chiffre 80 ! Chez radio-Bazzo qui souhaite l’entendre jaser sur la télé actuelle, elle dira : « Je me cherche du travail à la télé (!) alors je n’ose pas critiquer les diffuseurs ». Calculatrice ? Cette prolifique et compulsive pondeuse de dramatiques à succès sait bien les dangers de trop de franchise car il lui en fallu de la gymnastique courtoise pour décrocher tant de contrats.
La « Madame Bertrand » courriériste du cœur, plaisamment chantée par Charlebois, est un vieux singe à qui on enseigne pas les grimaces. Via ses dialogues réalistes, la précieuse Janette Bertand a su faire se lever ben des interdits, bien des tabous. Ses franchises ont agacé bien des établissements, il ne faut pas en douter. Elle doit posséder un florilège de condamnations. La première sur nos ondes, Janette Bertrand secouait volontiers les vieux cocotiers d’un Québec frileux, ultra conservateur. Cette fillette d’une malheureuse mère, indifférente à son égard, et qui ne s’en guérit pas, a appris « sur le tas » l’art moins facile qu’on croit d’adéquatement communiquer. Vieillie, elle est donc devenue prof émérite dans une école supérieure (INIS) pour aspirants scripteurs.
On l’a vue souvent dans des galas en médias très, très agressive face à ses critiques. Syndrome bien connu « de l’imposteur » quand on n’a pas fait d’études sérieuses ? Au Québec, des notoriétés se construisaient souvent à partir d’autodidactes surdoués. Elle ne suivait pas la filière normale : pas d’études supérieures en pédagogie ou en psychologie, pas de publication d’essais, partant pas de reconnaissances des pairs diplômés. Pourtant elle a su questionner sur les ondes des savants qu’elle invitait, s’entourer à l’occasion d’experts. Elle savait d’instinct, face à des sujets délicats, qu’elle risquait gros et les « docteurs » Ruffo ou Dolto, les Cyrulnic d’ici acceptaient volontiers de « jaser » avec cette « commère » d’apparence anodine qui a fait évoluer la population.
La voilà non plus animatrice enjouée,
questionneuse tenace, scripteure à astuces de bon aloi, mais « écrivaine »; la voilà qui raconte sa vie. Ceux qui lui doivent de grands moments lumineux vont vouloir en savoir plus long sur la fillette du « faubourg à mélasse », de la rue Ontario dans l’est, que sa maman empêchée, malade, n’aimait pas hélas.

FUNESTE GLISSADE DE RADIO-CANADA ?

J’ai déjà déclaré publiquement (à Bernard Derome) que le réseau français de Radio-Canada fut le vrai et courageux premier pionnier (« l’indispensable détonateur ») de notre salutaire Révolution tranquille. En cet automne de 2004 ? Affirmer qu’il y a eu une fatale glissade. Que la télé publique (et sa radio ) s’est détournée de tous ses rôles valables. De ses fonctions normales. De son orientation valeureuse comme de sa nécessaire mission culturelle. Jadis, à la radio comme à la télé, on admettait volontiers que le réseau public offre aussi des divertissements. Sinon ce serait le dangereux ghetto à intellos. Variétés comme jeux-questionnaires populaires fidélisaient la foule à l’antenne.
Maintenant, constatation affreuse, déception effarante, c’est la chute totale d’un tout à l’égoût. Tout le budget aux (nécessaires) divertissements et même pas des miettes à la culture. Notre CRTC, composé de mollassons en perpétuelle déliquescence, ronfle, nos surveillants, nos protecteurs, « dorment au gaz », c’est très évident. Les dirigeants actuels de Radio-Canada s’affaissent, rendent les armes, baissent lâchement les bras, ils se prostituent carrément. Putains du populisme, grassement rémunérés par notre argent public, ne pas confondre avec le populaire. Littérature, arts plastiques, danse, concert, dramaturgie ? Les directeurs actuels de Radio-Canada crachent là-dedans, ils bavent là-dessus. Ils s’en torchent, des voyous ! La culture est un encombrement chez les programmateurs devenus de compulsifs concocteurs de fadaises et niaiseries (ce « V.I.P. », avorton immonde, offre l’exemple le plus récent).
« INTERDIT À LA CULTURE ! » est le moto des inconscients impuissants aux commandes des ondes, propriété pourtant publique des contribuables. C’est, au moins (pour tout le réseau français), 300 millions de nos taxes et impôts que l’on brûle sur leur autel sacré des « crottes » d’écoute. Fermeture de l’ ex-active vie culturelle à Radio-Canada : une honte, une imposture, très navrante situation. Un cloaque nauséabond et pour les artistes actifs et aussi pour les jeunes créateurs des relèves. Aussi pour les publics variés et intéressés. Ce mépris du public est un Ce lierre qui se répand davantage saison après saison a un nom : mépris des intelligences. La déréliction en ce monde des ondes publiques s’enfle, l’inique situation grossit, marais pestilentiel ou, si l’on préfère, zone désertique qui gagne sans cesse du terrain, année après année. Il faut vite, très vite, alerter les représentants, élus par nous, de tous les paliers de gouvernement. En sont-ils scandalisés ? J’ose le croire, Par exemple, une Liza Frulla (qui fut une excellente ministre de la culture à Québec), ô espoir!, déclarait récemment qu’elle s’interroge actuellement. À Radio-Canada le vrai boss de ces dirigeants inconscients se nomme « démagogie humoristique pour public à abuser et à aliéner ». La cible recherchée ? PLUSSE de publicités, avec réclames commerciales (observez bien) jusque « pendant » les génériques qui illustre le mépris écœurant des dirigeants actuels pour les équipes (d’artisans et de techniciens), une grossièreté encore jamais vue !
Veut-on un seul exemple de la dégradation actuelle ? Avant la télé, dans les années ’50, Radio-Canada invitait le talent en friche, celui de la jeunesse. Cela se nommait « Nouveautés dramatiques ». Le suractivé Guy Beaulne, après le dynamique Guy Mauffette, offrait micros et interprètes, fameux « studio 13 », à des débutants. Grâce à cette radio publique audacieuse, les Yves Thériault, Hubert Aquin, Claude Gauvreau, Jacques Languirand —moi aussi… j’en oublie. Des auteurs, ainsi, pouvaient faire s’épanouir leur normal besoin de créer, de s’exprimer sur les ondes publiques de Radio-Canada. Cela se faisait encore un peu il n’y a pas très longtemps mais c’est terminé. Les chefs actuels du réseau français de la SRC ont mis la hache dans « la culture qui se fait » tout comme dans celle dite classique ou d’avant-garde.
Nostalgie ?, non, rôle nécessaire ? Oui. Comme c’est regrettable ! Lamentable ! Viendra-t-il quelqu’un de suffisamment responsable pour stopper l’hémorragie ? « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? » (Charles Perrault). Y a-t-il des placards à horribles squelettes en un château démoli ? Oui, les dépouilles d’une institution publique jadis essentielle.

« ART ET ARGENT » : CORRECTIONS

  • JASMIN SE DÉFEND.
    COMMUNIQUÉ ENVOYÉ AU DEVOIR.
  • « ART ET ARGENT » : CORRECTIONS

    M. le rédacteur,
    « Robert Yergeau, un savant prof d’Ottawa te cite abondamment (me dit un ami) dans sa neuve brique titrée « Art, argent, arrangement ». J’y suis vite allé voir. Manque de rigueur ou parti pris ? J’espère qu’il n’en va pas de même pour les autres « cités ».
    Quatre bévues graves.
    UN : en 1951, diplômé de l’École du Meuble, je fis une demande de bourse pour Paris, on me la refusa et je fais de l’humour sur ce premier refus dans mon « Écrire ». M. Yergeau en fait tout un plat, affirmant que j’en suis encore « traumatisé », « brisé », « acte manqué me hantant ! » Fort de café, docteur Freud !
    DEUX : Yergeau ricane : à un moment, je me vante des éloges rédigés pour mes premiers romans par feu Éthier-Blais, à un autre moment, je le conspue pour son silence sur « Pleure pas, Germaine », mon cinquième roman. Eh, pas un paradoxe cela !
    TROIS : je dénonce les boursiers perpétuels, « ces incapables de se constituer au moins un petit public » et j’ai osé demander une bourse en 1980. Cette demande fut faite au MAC pas pour un roman mais pour prendre l’avion afin d’aller (invité à l’Université de Nice) parler de littérature québécoise ! Nuance importante.
    QUATRE enfin : Yergeau, fouilleur d’archives, découvre, 1964-1965, que « Jasmin a demandé une bourse au MAC ». Cette fois encore, pas pour un roman ! Pour un projet de manuel scolaire qui aurait illustré mes cours d’histoire de l’art à l’IAA. Je reliais à l’art moderne les arts primitifs anciens : Asie pour les Impressionnistes, Afrique et Océanie, pour les Cubistes, Mexique, Amérindiens pour les Surréalistes. Refus encore.
    Que « David », éditeur à Ottawa, laisse imprimer que je suis « donquichottesque », « septuagénaire gavroche », « railleur des gendelettres » et même « outrancier maître de l’esbroufe », ne me dérange pas, m’amuse. Mas il ne faut pas me chercher des poux compulsivement parce qu’un fait demeure M. Yergeau : je n’ai jamais, au grand jamais, demandé d’argent public pour rédiger un roman. Jamais ! Cela gêne-t-il un de ces profs
    « perpétuels boursiers » ?
    Claude Jasmin, Sainte-Adèle.

    Si JEUNESSE SAVAIT…

    J’entends des :« Les jeunes, tous des dévoyés, des paresseux incultes. » Le lamento classique. Je reviens d’un bref séjour chez des cégépiens. Trentaine de beaux jeunes visages, aux oreilles longues, curieux d’apprendre. Le « vieil homme » raconte ses joies et déceptions, ses illusions enfuies, les mauvais coups du sort. Avant tout, raconte les liens à tisser avec « paroles et images », bédé, télé, cinéma, la matière scolaire enseignée par leur enthousiaste prof, Éric-Le-Rouge, mon inviteur. À la fatidique « période des questions », je me demandais : combien sont-ils à travers le territoire québécois à, ainsi, écouter, questionner, jauger ? Pourquoi tant de rapides jugements sur la jeunesse ? Cet après-midi là, ils sont brillants et si attentifs. Il y a que les médias ne causent guère sur ceux qui se préparent, on en a que pour les délinquants et les décrocheurs qui bomment aux vitrines des dépanneurs « taxant » les tits-culs frileux. Minorité d’inconscients mais utile aux crottes d’écoute. Dans de grands champs, à l’orée d’une petite ville, vaste collège tout neuf (il a deux ans !) : couloirs lumineux, classes pleines de clarté, biblio accueillante, neufs ordinateurs partout. Une jeune population fringante, avide de connaissances, avec aussi, tics nerveux et grimaces qui parlent, une certaine angoisse. La frayeur ordinaire, que j’ai connue en 1950 : « Que me réserve l’avenir ? » C’est bouleversant quand un regard farouche vous supplie de le réconforter. Ne pas mentir, ne pas masquer les difficultés prévisibles.
    À chaque occasion, je veux dire « Non, pas le temps ». Si on insiste, je faiblis, je dis : « Bon, j’irai ». Au jour fixée, je regrette mon « oui » : n’ais-je pas mérité de rester tranquille chez moi ? Pourtant jamais, jamais, la séance terminée, je n’ai regretté mon voyage au pays-jeunesse. C’est stimulant. Ceux qui, pessimistes, imaginent des « veaux insignifiants » devraient aller rôder dans ces cégeps remplis de jeunes caboches insatiables. Je reviens donc de Terrebonne, je suis allé à Joliette. J’irai à Rigaud bientôt.
    Avant de partir, je me dirai : « T’étais si bien à lire tranquille, à te laisser illuminer par les érables flamboyants.» Et, encore une fois, je rentrerai le cœur en fête car c’est un chaud spectacle ces jeunes filles et ces garçons qui sourient à vos piques malignes, qui froncent les sourcils aux rappels des chagrins, qui montrent des visages épanouies quand vous parlez de l’indispensable confiance préalable. Surtout de l’identité solide, qu’ils doivent se construire, se débattant du grégaire besoin d’attroupements juvéniles. Cette jeunesse se méfie, avec raison, à la fois des complaisances flatteuses (il faut dire des vérités dérangeantes) et aussi des noircisseurs (il y faut montrer un optimiste modéré). Parmi tous ces jeunes, je les observais attentivement, il y aura quelques destins bafoués, la dure loi des existences humaines. Il y aura aussi des favorisés-du-sort. Il n’en reste pas moins que tous ces profs doivent offrir mille moyens, mille facettes en possibilités, ils font « le plus beau métier du monde », je le répète partout même si tous, hélas, n’en sont pas conscients. Aux perpétuels chevaliers-à-la-triste-figure, je viens proclamer ici qu’il y a une multitude (23 cégeps autour de la métrople !) de jeunes cœurs qui ne demandent pas mieux que de s’armer sur tous les plan. Culturellement aussi. Certains questionnements, lucides, pointus, me firent voir qu’au milieu de ce grouillement de jeunes vies, certains sont déjà bâtis pour faire face. Alors, un peu vidé, je marche vers le parking tout ragaillardi. Faux : la jeunesse actuelle n’est pas que stupides drogués précoces, gigueurs frénétiques à rock-and-roll ! Elle contient des âmes éprises de « davantage savoir ». Aurais-je fait face à des groupes d’élites ? Allons, partout, ils m’ont parus tout à fait conformes aux jeunes rencontrés dans les rues, certains se font des chevelures folichonnes, d’autres se fixent un anneau dans une narine, affichent leur nombril, se vêtent de haillons aux déchirures calculées. Attirail candide pour se démarquer « des vieux ». Je me souviens de nos accoutrements d’une « bohème » artificielle pour provoquer parents et voisins. Derrière cette parade vestimentaire
    sont tapis « des enfants grandis », ils souhaitent une seule chose :le bonheur; cette quête, depuis même avant Socrate, est
    l’espérance des hommes. Impossible de le leur promettre ce « maudit bonheur » (Rivard) mais il est permis de déclarer, installé devant les pupitres, qu’il est accessible à tous désormais, malgré le clivage des classes sociales. Que le bonheur se prépare cul-sur-banc-d’école. Que, cher Yvon Deschamps, « le bonheur haït les moroses ». « Les choses étant ce qu’elles sont » (De Gaulle), le bonheur, oui, se mérite. Si « il devrait être interdit de désespérer les hommes » (Albert Camus), il devrait être interdit de désespérer des jeunes juste parce qu’on a vu, aux actualités télévisées, cinq ou six voyous guettant lâchement des proies fragiles.

    AUX FUNÉRAILLES DE DIEU ?

    Aux actualités, samedi matin, dernière nouvelle : Dieu est mort ! Ah ! Et Allah ? Aussi. Et Jéhovah ? Itou ! On sort la vieille manchette et il n’y aura pas de cérémonie mortuaire ni chez Bourgie ni chez Dallaire. C’est le journal « La Presse » qui relance ce débat et tout le monde peut y aller de son oraison funèbre. À vos claviers, croyants ou incroyants. Pour partir le bal macabre, on a pu lire un gras titre : « NÉFASTES LES RELIGONS », point d’interrogation, avec une première plaidoirie pour l’enterrement définitif de « Monsieur Dieu ». C’est signé : Sam Harris, philosophe amerloque et Sam n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il dit : « Dieu (ou Jéhovah, ou Allah avec son Mahomet au dictaphone) n’a jamais écrit un livre. Pas une ligne. Il dit : « Hélas, trop de monde s’imagine un livre signé Dieu » ! Même Jésus, l’envoyé de Dieu, n’a jamais rien écrit. À part des barbeaux dans le sable face à la femme qu’on voulait lapider.
    Sam dit que le néfaste c’est tous ces fidèles des trois religions qui affirment que Dieu, comme Allah son jumeau, aurait écrit que les autres religions sont toutes mauvaises. Voir la Thora, via ses prophètes juifs, les Évangiles, via les zélotes du christianisme, le Coran via son guerrier Mahomet. Alors quoi ? Guerres, déplore Sam, celles de jadis, celles d’aujourd’hui comme on le voit actuellement chaque jour sur nos écrans, à la radio, dans les quotidiens. Le fanatisme islamiste tue, alors Sam affirme : « Religions égalent intolérance ». Exemples : les ghettos fermés des Juifs arrogants, les bûchers catholiques des Inquisiteurs, les chasses aux sorciers-et-sorcières des pieux Protestants et, hier, Manhattan bombardé. De nos jours, affreux attentats-suicides, otages décapités par des Musulmans, croyants fanatisés. L’horreur est religieuse selon lui. Pourtant le tueur en grandes séries, Adolph Hitler, ne croyait, lui, qu’en lui !
    Bon, bin, on va tuer Dieu, disent les Sam Harris et ce sera la paix sur terre. L’autre soir débat à Paris sur TV-5, ça bardait. Un vendredi récent, débat « pro-voile, anti-voile », avec « Bazzo-Va y avoir du sport », à Télé-Québec. Palabres. Paroles volent ! Que faire en réaction à la peur ? Québec-le-mou joue la carte du « tolérons, toléron-don-daine », ouvrons des mini-mosquées dans des écoles. Ontario—la-molle dira « d’accord » à des tribunaux islamiques à part. Vive le voile à l’école ! Vive le couteau-kirpan ?, bin, oui mais pas trop voyant et bien enveloppé, compris ? Le turban? D’accord, même en police à cheval, bien montée. En avant la rectitude politique ! Nous vivons en paniqués, peur d’un Bali dans une disco de la rue Saint-Laurent, d’un Madrid à notre gare du CN, de nos « tours Ville-Marie », cruciformes bombardés. Eille, voyez-vous ça, la veille d’Halloween qui vient ?
    On marche sur des œufs, la police cache des caméras partout, installe des tables d’écoute, fouille et refouille. Une florissante industrie s’étale désormais. Je veux un vigile dans ma coir ! L’État-policier s’installe aux Etats-Unis, ça se nomme « Patriotic Act ». À quand notre tour ? C’est qu’il y a la chimie moderne, ces anciens pauvres araboïdes se sont instruits, on rit plus, à Bonn comme à Londres, on appris à conduire des Boeing à Miami. Et le nucléaire, W. Bush l’a dit, ils savent ! On pourrait mourir ce midi, demain soir, étouffé raide dans le métro « Berri-Uqam », ou Rosemont ! Misère humaine, comment, diable, amadouer ces nouveaux « docteurs Folamor » barbus ? métamorphosés en dangereux mystiques.
    Où est le grand vrai coupable ? Lui, Sam, « y connaît ça » ! Philosophe ça veut dire sage, Sam, tonitrue : « Faut vite éliminer Dieu, Allah et compagnie, sinon ? Sinon la planète va saurer et ce sera bientôt la fin du monde », ses mots à lui. Imaginez Sam prêcher ça : « tuer Allah mes amis », avec courage, dans une école islamiste de Bagdad, je lui donne pas cinq minutes de survie. Pas fou, son livre :« The end of faith » —« La fin de la foi », pas encore traduit, se fait imprimer et distribuer sur ce contnent. « Fatwa » en vue, mon Sam ! Rush-man Sale-die n’a rien vu. Sam ne croit qu’en la raison. Au Québec, très longtemps, on nous a fait croire que les autres, tous les autres, n’iraient pas au ciel. Enfant, on y croyait dur comme fer. Sam dit : « C’est la raison bafouée ». Vrai. Les croyances sont en compétition, sont toutes en rivalité. Vrai. Or des intelligents célèbres, dont le génie Albert Einstein, croient que la quête du spirituel est une nécessaire interrogation. Pour quoi ? Pour trouver un sens, du sens à l’existence humaine. Sam les fustige : « Perte de temps, foi et raison sont des ennemis ». C’est bien vite dit. Il ponctue : « Le prix à payer sera terrible si l’on enterre pas le bonhomme-Dieu ». La dimension, le besoin de sacré, c’est un bel idéal, disent les Sam athées mais continuer d’ imaginer un Coran dicté par Allah-Dieu ou un Jésus-messie né d’une sainte vierge, c’est l’apocalypse à court terme.
    Bon. On va respirer par le nez Sam, tu permets ? et dire juste ceci : l’esprit humain a-t-il le droit de penser qu’au-delà de la science des humains, de la raison des humains, il y a encore de la place pour imaginer qu’une entité surhumaine a voulu pour les humains un destin qui dépasse la science humaine et la simple raison humaine. Annulons les funérailles de Dieu, tiens et envoyons vite notre avis à ce Forum de La presse. Sans ça des suiveurs du Sam matérialiste l’ouvriront ce cortège funèbre avec Dieu dans un cercueil et « Prière de ne pas envoyer de fleurs ». Moi, je dis que je crois à la Lumière. Sam Harris croit aux Ténèbres. Il n’y a pas que la raison. On a besoin de se consoler face aux dégâts passés ou actuels, ceux des fanatisés et ceux des arrogants raisonnables.

    RAËL OU SCALPEL ?

    Comme tout le monde, je me fait gober vif en potins salaces, échos médisants : un gérant abuseur sexuel soupçonné, le chien de la Richard, cet imposteur déguisé en pape laïc fumiste, Dutrisac-les-sacres repentant. Il disent ce beau mot, HUMOUR, mais ce n’est qu’horions mesquins, piques diffamatoires ou bien le règne voyeuriste aux anonymes friands de réalité monnayable. Au chômage les jeunes diplômés en art dramatique ! Le sadisme soft offert aux « veudettes » masos. Et trop peu de publicité à ce qui fonctionne. À ces valeureux cerveaux qui, en ce moment même, se penchent sur des microscopes, chirurgiens habiles qui vous retirent une tumeur, sans anesthésie, hop là boum ! J’ai le chapeau bas à la main : à Sherbrooke, une certaine Géraldine se fait opérer par ce scalpel à rayons gamma (Gamma Knife). « Guérie, miracle », dit La Tribune.
    Des bollés étudient sans cesse. Des filles et des gars surdoués que l’on ne verra jamais aux tribunes à gogo, radio ou télé, ni en pages « spectacles ». Cette jolie expression : « l’espérance de vie », voulant dire qu’il est bien fini ce temps maudit où les humains crevaient jeunes. Tel, dans un rang de village Saint-Laurent mon grand-père. Mort tout jeune d’une simple appendicite ! Catastrophes épidémiques de jadis, adieu !
    La science, radieuse, s’avance. Avec ses bénéfices, et ses dangers, certainement. Bientôt, la manipulation des gènes. Les peurs appréhendées, l’on corrigera les anomalies des poupons et, aussi, certains voudront une sorte d’eugénisme, j’en ai parlé. Hors ces sentiers-de-la-peur, il y a des progrès indiscutables. Ce scalpel à gamma, par exemple. À part les « cognés durement par un sort funeste » (Balzac), presque tout le monde veut mourir le plus tard possible et en bonne santé. Pas un mot sur ce fameux défilé, discret, sobre, dans les laboratoires des pays industrialisés. Les gens ne lisent pas —moi pas plus que les autres— les revues branchées en science, en médecine. Alors ceux qui ne visionnent même pas « Découvertes » (à la SRC le dimanche) sont des nigauds. Une pauvre petite heure de télé précieuse. Le reste des programmations se vautre dans l’insignifiant. Ne jouons pas l’ange, le divertissement de qualité, a son utile rôle, un devoir de bonne santé mentale. Mais pour la plupart, c’est « rire tout le temps », stupide pitance, goinfrerie d’insatiables, boulimie confinant à l’auto-crétinisation. Ils courent d’une distraction l’autre, jamais repus de bêtises aux radios du matin. L’idiote, comme l’idiot volontaire, un jour, couchée sur la table d’opération guérira puisque la science soigne, aucune discrimination, le taré et l’intelligent. L’imbibé de folichonneries ignore tout du monde scientifique, ne remerciera pas quand il retournera à son stupide programme de vie. L’ignorance des prouesses médicales fait de ces ignares des ingrats. Allez donc brailler en Haïti, ces temps-ci pour voir, impatients chialeurs hypocondriaques en salles d’attente.
    Moi, jamais malade (je touche du bois), un dimanche récent, j’ai visité un hôpital en porte-parole —« Petite patrie » oblige— du 50 e anniversaire de Jean-Talon. J’ai découvert un monde, celui dont on ne parle pas aux bulletins stridents des actualités sensationnalistes. J’ai vécu, une initiation (légère) tant à la médecine nucléaire qu’à cette renversante « quincaillerie », aux innombrables prothèses métalliques. Des inventeurs —designers spécialisés— travaillent sans relâche à perfectionner ces inventions étonnantes. On est loin du caca d’une chanteuse, du désarroi d’un animateur culotté et puis congédié, loin du méméring (sempiternellement hollywoodien) bourrant les colonnes du journal. La démagogie s’engraisse :« Quoi ? C’est ça que le monde veut », disent les chef de rédaction. On en donne, auges débordantes, pâtée à chiennerie : « Mangez-en tous… » Ils se frottent les mains, ces gérants en imprimerie de fadaises.
    « Pendant ce temps…meanwhile…, comme disaient les panneaux du cinéma muet, des personnes vêtues de blancs sarraus fouillent dans de puissants microscopes, cherchent, trouvent. Les foules s’évachissent sur le mou divan aux croustilles, devant la table à bières pendant que des esprits curieux s’enhardissent, jusqu’à ce qu’ils découvrent… un scalpel à gamma par exemple. Silence, grand silence dans les estrades du cirque. Il est enrageant de constater l’indigence des médias face à la science et ses merveilleuses technologies qui vont permettre aux loustics aliénés, indifférents, une fois soignés, d’avaler longtemps encore les poutines aux divertissements

    Foglia, Tremblay : blocs erratiques !

    Pierre Foglia n’a pas son pareil pour raconter, avec son talent unique, les éphémérides de la vie quotidienne. Quand il s’aventure au domaine philosophique ou psychologique, ça se gâte souvent. Ainsi, une fois de plus, le brillant chroniqueur s’insurgeait bêtement, piaffait vainement, devant le mot « morale ». Foglia confond (l’utile et essentiel) moraliste avec (l’insipide et puritain) moralisateur. Évidemment il y a eu tant de prêchi-prêcha dans sa jeunesse d’exilé italo-français tout comme dans ma jeunesse québéco-cléricaliste. Foglia avoue : « Est-ce ma parano ? », en narrant un couple chrétien point du tout désolé d’avoir un enfant handicapé, ne songeant ni à l’avortement ni au suicide assisté. Thèmes chauds de l’heure. Il écrivait :
    « L’impression qu’ils me faisaient la morale ». Mais non !
    « Quelle âme est sans défaut ? », écrivait Rimbaud. Montaigne comme Lafontaine sont des moralistes. Voltaire aussi. Ici, Grand’maison ou Vadeboncoeur sont des moralistes. Indispensables. Je suis moraliste à mes heures. Et très fier de l’être. Rien à voir avec les moralisateurs, prédicateurs compulsifs « du bien et du bon » face à la moindre tendance des sociétés, ils assomment, ils ennuient. « Le mot chien ne mord pas », le mot morale pas davantage, cher Foglia. Une existence sans morale aucune a pour nom : décadence. Par exemple, le jeu sordide des BOUGON, télévisé à la télé publique fédérale, n’est qu’un jeu ? Il n’empêche que ces joyeux drilles se complaisant dans une totale amoralité, distillent à la longue un tenace ennuie et des images exécrables. Le cynisme —ultra-sinistre— ne me fait pas rire, ni même sourire. Parlant « pojection niaise », que dire du surdoué Michel Tremblay affirmant l’autre soir à T.Q. : « Gays ou pas gays, je suis contre le mariage car tous les hommes sont infidèles de nature. » Pensée bien courte, ou projection (ô Freud !) personnelle ? Tremblay s’enfonçait en poursuivant : « Personne ne met au monde un enfant pour l’enfant, tous conçoivent des enfants par narcissisme, par égoïsme. »
    Le principe de réalité autorise pourtant à dire qu’il y a des couples à fidélités solides, exemplaires (pas assez ? mais ça…), que des humains font des enfants avec générosité pour qu’ils s’épanouissent (pas assez ? mais ça…). Les amateurs actuels, innombrables, de la triste sinistrose s’accrochent au bout de la lorgnette le plus rapetissant. Le goût de noircir. Pervers. Défaitisme à la mode navrante et pessimisme de complaisance. Ainsi va la vie dite moderne en journal, en radio ou en télé. Il est de bon ton de porter des lunettes noires et il est de mauvais ton d’espérer, de dire que tout n’est pas néant. Le nihilisme fait chic. Hélas, des jeunesses écoutent, regardent, lisent les affirmations légères de ces desperados de salon. Contaminés, car les populaires Foglia ou Tremblay qui oublient leur pouvoir de convaincre, des ados abusés en sont pollués. Albert Camus : « Il m’est interdit de désespérer les hommes. » Ce Camus, pourtant d’une lucidité décapante, ne craignait jamais la morale. Pas plus que l’athée Sartre. Pas plus qu’un André Gide. Gide ? Oui, oui, au delà des mœurs de l’inverti notoire (et prudent), il était aussi un moraliste. Et fort bon.
    On ne parle pas de religiosité ici. Pas davantage d’étriqués codes religieux by the book pris littéralement. La morale dépasse les détestables dogmatismes théologiques, celui de Rome ou de Bagdad. La morale est d’un secours indispensable. Ceux qui en font fi sont ou de lamentables désaxés ou de simples déboussolés séduits par la déréliction des us et coutume actuels. Ils se disent libertaires alors que la vraie liberté ne peut s’exclure d’une éthique, d’un code de vie choisi librement. En dehors de la morale, sur le simple plan humain, il n’y a pas de vie épanouissante, saine. Les fredaines énoncées par tant d’olibrius en médias divers ne sont que mondanités passagères. Depuis Socrate et Platon, des gens responsables se penchent avec courage sur les valeurs, les principes, les critères, les balises essentielles. Ils ne sont pas du tout des « curés » pudibonds , ni des fanatiques (chrétiens, islamiques ou hassidim), ce sont des penseurs, des réfléchissants précieux. Sans eux —et je pense à nos sociologues, les Rioux. Falardeau et Dumont de Laval— la vie n’est plus qu’irraisonnable existence où le futile triomphe pour aboutir, en fin de vie, au vide existentiel misérable.
    Ça intéresse qui ?