Si JEUNESSE SAVAIT…

J’entends des :« Les jeunes, tous des dévoyés, des paresseux incultes. » Le lamento classique. Je reviens d’un bref séjour chez des cégépiens. Trentaine de beaux jeunes visages, aux oreilles longues, curieux d’apprendre. Le « vieil homme » raconte ses joies et déceptions, ses illusions enfuies, les mauvais coups du sort. Avant tout, raconte les liens à tisser avec « paroles et images », bédé, télé, cinéma, la matière scolaire enseignée par leur enthousiaste prof, Éric-Le-Rouge, mon inviteur. À la fatidique « période des questions », je me demandais : combien sont-ils à travers le territoire québécois à, ainsi, écouter, questionner, jauger ? Pourquoi tant de rapides jugements sur la jeunesse ? Cet après-midi là, ils sont brillants et si attentifs. Il y a que les médias ne causent guère sur ceux qui se préparent, on en a que pour les délinquants et les décrocheurs qui bomment aux vitrines des dépanneurs « taxant » les tits-culs frileux. Minorité d’inconscients mais utile aux crottes d’écoute. Dans de grands champs, à l’orée d’une petite ville, vaste collège tout neuf (il a deux ans !) : couloirs lumineux, classes pleines de clarté, biblio accueillante, neufs ordinateurs partout. Une jeune population fringante, avide de connaissances, avec aussi, tics nerveux et grimaces qui parlent, une certaine angoisse. La frayeur ordinaire, que j’ai connue en 1950 : « Que me réserve l’avenir ? » C’est bouleversant quand un regard farouche vous supplie de le réconforter. Ne pas mentir, ne pas masquer les difficultés prévisibles.
À chaque occasion, je veux dire « Non, pas le temps ». Si on insiste, je faiblis, je dis : « Bon, j’irai ». Au jour fixée, je regrette mon « oui » : n’ais-je pas mérité de rester tranquille chez moi ? Pourtant jamais, jamais, la séance terminée, je n’ai regretté mon voyage au pays-jeunesse. C’est stimulant. Ceux qui, pessimistes, imaginent des « veaux insignifiants » devraient aller rôder dans ces cégeps remplis de jeunes caboches insatiables. Je reviens donc de Terrebonne, je suis allé à Joliette. J’irai à Rigaud bientôt.
Avant de partir, je me dirai : « T’étais si bien à lire tranquille, à te laisser illuminer par les érables flamboyants.» Et, encore une fois, je rentrerai le cœur en fête car c’est un chaud spectacle ces jeunes filles et ces garçons qui sourient à vos piques malignes, qui froncent les sourcils aux rappels des chagrins, qui montrent des visages épanouies quand vous parlez de l’indispensable confiance préalable. Surtout de l’identité solide, qu’ils doivent se construire, se débattant du grégaire besoin d’attroupements juvéniles. Cette jeunesse se méfie, avec raison, à la fois des complaisances flatteuses (il faut dire des vérités dérangeantes) et aussi des noircisseurs (il y faut montrer un optimiste modéré). Parmi tous ces jeunes, je les observais attentivement, il y aura quelques destins bafoués, la dure loi des existences humaines. Il y aura aussi des favorisés-du-sort. Il n’en reste pas moins que tous ces profs doivent offrir mille moyens, mille facettes en possibilités, ils font « le plus beau métier du monde », je le répète partout même si tous, hélas, n’en sont pas conscients. Aux perpétuels chevaliers-à-la-triste-figure, je viens proclamer ici qu’il y a une multitude (23 cégeps autour de la métrople !) de jeunes cœurs qui ne demandent pas mieux que de s’armer sur tous les plan. Culturellement aussi. Certains questionnements, lucides, pointus, me firent voir qu’au milieu de ce grouillement de jeunes vies, certains sont déjà bâtis pour faire face. Alors, un peu vidé, je marche vers le parking tout ragaillardi. Faux : la jeunesse actuelle n’est pas que stupides drogués précoces, gigueurs frénétiques à rock-and-roll ! Elle contient des âmes éprises de « davantage savoir ». Aurais-je fait face à des groupes d’élites ? Allons, partout, ils m’ont parus tout à fait conformes aux jeunes rencontrés dans les rues, certains se font des chevelures folichonnes, d’autres se fixent un anneau dans une narine, affichent leur nombril, se vêtent de haillons aux déchirures calculées. Attirail candide pour se démarquer « des vieux ». Je me souviens de nos accoutrements d’une « bohème » artificielle pour provoquer parents et voisins. Derrière cette parade vestimentaire
sont tapis « des enfants grandis », ils souhaitent une seule chose :le bonheur; cette quête, depuis même avant Socrate, est
l’espérance des hommes. Impossible de le leur promettre ce « maudit bonheur » (Rivard) mais il est permis de déclarer, installé devant les pupitres, qu’il est accessible à tous désormais, malgré le clivage des classes sociales. Que le bonheur se prépare cul-sur-banc-d’école. Que, cher Yvon Deschamps, « le bonheur haït les moroses ». « Les choses étant ce qu’elles sont » (De Gaulle), le bonheur, oui, se mérite. Si « il devrait être interdit de désespérer les hommes » (Albert Camus), il devrait être interdit de désespérer des jeunes juste parce qu’on a vu, aux actualités télévisées, cinq ou six voyous guettant lâchement des proies fragiles.

3 réponses sur “Si JEUNESSE SAVAIT…”

  1. Bonjour cher maître!

    Quelle belle réflexion que vous inspire ici votre visite à Terrebonne!

    Seriez-vous consentant à ce que nous la reproduisions dans la prochaine édition de Combats qui paraîtra sous peu?

    Dans cette éventualité, prière de me faire parvenir une version imprimable…

    Tout en vous remerciant à l’avance, veuillez agréer l’expression de mes sensiments les meilleurs.

    Alain Houle

    Coordonateur du programme
    Arts et lettres, Terrebonne

    Directeur de la revue Combats

  2. Merci énormément Monsieur Jasmin de la visite chaleureuse que vous nous avez servit. Ce fût très intéressant et inspirant. Du fond de la classe, tout silencieux dans ma chaise, je vous écoutais et me disais, enfin quelqu’un qu’il fait bon d’écouter, quelqu’un qui au travers de ce qu’il à vécu réussi à faire partager avec tant de facilité son expérience et sa vertue. Non les jeunes ne sont pas tous des
    voyous, ou des taxeurs. Certains sont des reveurs et des fonceurs, bon nombre d’eux le sont, mais difficile de les trouver car très peu souvent ils se font appercevoir.Je suis comme vous, quelqu’un qui veut laisser sa marque et qui y travaille fort, non pas pour reconnaissance, mais bien pour accomplissement personel. Je fais parti des 30 jeunes qui ont l’immense chance d’avoir Éric-Le-Rouge comme professeur. Ce Éric, n’allez pas penser qu’il y en a mur à mur dans le collège, car il est unique. Quand on dit que l’enseignement est une vocation ceci se justifie en regardant comment Éric évolue. Merci encore une fois de nous avoir fait part de votre immense expérience et d’avoir partager le monde de l’imaginaire avec nous.

    Une voix que vous entendrez à la radio dans quelques années,

    Maxime Lalonde
    Directeur de CNRV, la radio étudiante du Cegep de Terrebonne

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