OH, « LA » MADAME BERTRAND !

Je lirai son autobiographie. Vrai qu’il y a eu du mépris face à cette « bonne femme » se répandant partout (journal, radio, télé), prédicatrice laïque. Mon « milieu » n’estime pas beaucoup les vulgarisateurs; la popularité excite des jalousies. J’ai admiré très souvent cette fille d’un modeste mercier de la rue Ontario. Elle a eu du cran. Et elle en a encore la chère « vieille » qui, en belle santé, file vers le chiffre 80 ! Chez radio-Bazzo qui souhaite l’entendre jaser sur la télé actuelle, elle dira : « Je me cherche du travail à la télé (!) alors je n’ose pas critiquer les diffuseurs ». Calculatrice ? Cette prolifique et compulsive pondeuse de dramatiques à succès sait bien les dangers de trop de franchise car il lui en fallu de la gymnastique courtoise pour décrocher tant de contrats.
La « Madame Bertrand » courriériste du cœur, plaisamment chantée par Charlebois, est un vieux singe à qui on enseigne pas les grimaces. Via ses dialogues réalistes, la précieuse Janette Bertand a su faire se lever ben des interdits, bien des tabous. Ses franchises ont agacé bien des établissements, il ne faut pas en douter. Elle doit posséder un florilège de condamnations. La première sur nos ondes, Janette Bertrand secouait volontiers les vieux cocotiers d’un Québec frileux, ultra conservateur. Cette fillette d’une malheureuse mère, indifférente à son égard, et qui ne s’en guérit pas, a appris « sur le tas » l’art moins facile qu’on croit d’adéquatement communiquer. Vieillie, elle est donc devenue prof émérite dans une école supérieure (INIS) pour aspirants scripteurs.
On l’a vue souvent dans des galas en médias très, très agressive face à ses critiques. Syndrome bien connu « de l’imposteur » quand on n’a pas fait d’études sérieuses ? Au Québec, des notoriétés se construisaient souvent à partir d’autodidactes surdoués. Elle ne suivait pas la filière normale : pas d’études supérieures en pédagogie ou en psychologie, pas de publication d’essais, partant pas de reconnaissances des pairs diplômés. Pourtant elle a su questionner sur les ondes des savants qu’elle invitait, s’entourer à l’occasion d’experts. Elle savait d’instinct, face à des sujets délicats, qu’elle risquait gros et les « docteurs » Ruffo ou Dolto, les Cyrulnic d’ici acceptaient volontiers de « jaser » avec cette « commère » d’apparence anodine qui a fait évoluer la population.
La voilà non plus animatrice enjouée,
questionneuse tenace, scripteure à astuces de bon aloi, mais « écrivaine »; la voilà qui raconte sa vie. Ceux qui lui doivent de grands moments lumineux vont vouloir en savoir plus long sur la fillette du « faubourg à mélasse », de la rue Ontario dans l’est, que sa maman empêchée, malade, n’aimait pas hélas.

2 réponses sur “OH, « LA » MADAME BERTRAND !”

  1. Vrai pour Madame Bertrand. On s’est si souvent payé sa tête, on l’a discrédité et pourtant elle a probablement fait socialement plus que tous les psychos du Québec réunis.

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