LES SUCEURS DE « LIFE SAVERS » !

Dans l’ex-right light, dirais-je exactement où ?, un bonhomme m’a fait rencontrer, vendredi soir dernier, une jeune femme bizarre. France, son nom. Une fille perdue, dont on a vraiment pitié…et qui va sortir de prison bientôt.
Mon gaillard raconte, sans tout révéler, l’existence de cette jeune prisonnière; nous étions nombreux à l’écouter. France a poignardé une autre fille. M. Boucher, c’est le nom de mon conteur, nous a illustré la famille de la meurtrière. Du bon monde ? Comment dire, oui, des bons petits-bourgeois tranquilles : un père plutôt autoritaire, sosie de Michel Dumont, dominateur compulsif à ses heures, autrement, oui, un bon diable vieillissant, avec Doodge Caravan toute neuve, le golf comme passion sacrée et la fuite en Floride l’hiver. Vous voyez le genre ?
Mais sa cadette, France, a tué ! Ce brave et borné bon papa ne saisit pas ce drame, il s’enfouit, autruche, dans le sable. Comme le reste de la famille. On nous a montré le salon-salle-à-manger de la famille de France, coquet home, jolies tentures lumineuses, mobilier moderniste, le confort sécurisant avec une gentille mémé perdue, genre Hélène Loiselle physiquement, très énervée de constater l’attachement de sa « petite-fille », prisonnière en congé-visite. Avec la jeune matrone, assise bien raide, dans un coin de la cuisine. La pétillante et sage grande sœur, on aurait juré Adèle Reinhardt, qui interdira le pop corn à ses enfants gardés !
Qui encore ? Un frère, gras dadais, qui parle pour ne rien dire. S’efforcer de ne rien dire sur ce… meurtre. On a tout vu, tout entendu, les propos insignifiants du genre : « c’est donc bon manger hen ? » La môman dévouée mais au bord de la crise de nerfs, vrai clone de Véronique Le Flaguais. Nous observions donc la banalité : images familières de braves banlieusards qui font silence compact sur l’ignoble délinquante, cette France. À la fin de la démonstration, le groupe réuni avait les larmes aux yeux d’une émotion vive. Car du cagibi des visiteurs à cette prison de Joliette, France soudain lâche à ce père emmuré : « Je t’aime. » « Gros. » Rien que ça, comme un aveu risqué, comme si cette poignardeuse étouffait avec son rouleau de Life savers au fond du poing. Mais le papa golfeur a très hâte de partir pour sa chère Floride, il fige, muet, dépassé. Il va s’en aller sans rien dire.
C’est ce même Serge Boucher qui nous avait « conté » l’atroce « Motel Hélène » et puis l’effrayant « 24 poses, portraits », montré à Télé-Québec. Il a le don de nous fourrer dans des marmites terrifiantes. Il ne s’y passe rien d’extraordinaire, un monde que l’on dit « normal », pas de farfelus « PÔPA ET MöMAN », non, du documentaire hyper-réalisme, extrêmement gênant. Cette pièce, « Les bonbons… », pourraient se situer aux États-Unis ou en France. Partout en Occident, il y a du « bien bon monde » englouti dans le gluant matérialisme actuel. Soudain, secoué tragiquement : un membre du groupe « saute les plombs » et tue ! Réservez vite des billets chez « Duceppe » car, Maud Guérin, le 5 décembre, actrice magnifiquement efficace, surdouée, quittera la défroque de cette fascinante « entôlée » qui assassinait à coups de couteau, soudainement, une autre fille de son milieu, monde d’une brave petite bourgeoisie tranquille, totalement abrutie. C’est une soirée qu’on n’oublie plus.

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