L’OURS ET LE CASTOR

    UNE FABLE INÉDITE DE CLAUDE JASMIN

(En réplique à tous les jeunes Yvan Saint-Pierre —lettre ouverte au Devoir— qui abandonnent l’indépendantisme québécois pour militer au salut de la planète.)

Là-haut, l’ours très énervé, s’agitait sur sa colline
Voyant l’eau monter à ses quatre horizons, s’affolait
Le castor, sur la berge du lac, restait calme
Vaillant, s’efforçait de construire un modeste radeau
L’ours gueulait : « Il faut corriger le destin
Vite, vite, il faut sauver le monde entier
Un péril mondial énorme nous menace
C’est la fin des temps, monsieur du Castor ! »
L’onde fatale montait, la colline s’inondait peu à peu
Le castor au rivage acheva son installation
Sa barquette flottait bien, il était sauvé
Quand le ravage aquatique gagna partout
L’ours appelait encore toute l’humanité à son secours
Sa noyade inévitable lui cloua le bec à jamais

À vouloir corriger la planète, on peut perdre son instinct de survie car l’ours périssait et le castor survivait.

Claude Jasmin

Sainte Adèle
1er novembre 2004