QUÉBEC POIDS-PLUME ?

Je souhaite répliquer à l’opinion ( La Presse du lundi 15 novembre) de M. André Pratte. Il proclamait la fin de bien des petits pays : adieu Suisse, Danemark, Finlande, Israël (oui, oui), Norvège, Irlande, et j’en passe !Toute une liste. À le lire tous ces pays (dont un Québec devenu libre) ne seront bientôt que d’inconvenantes « plumes » dans le concert des nations. Ce néo-Nostradamus veut-il faire peur (cette vieille sauce) et condamner l’indépendance du Québec ? En montrer les dangers —vu les déclins de natalité— si l’on se fait une patrie ? Or, il y a la richesse et la population d’un pays. Deux choses. L’Inde —ou la Chine— région immensément populeuse, comme chacun le sait, n’a pas pesé bien lourd dans l’histoire. Les Étatsuniens, importateurs de cerveaux « nobélisables », se sont imposés longtemps sur de vastes contrées populeuses. La petite Italie en design, modes, etc. Le Québec actuel en matière de divertissements, c’est connu. La liste serait longue.
Depuis quand la masse populeuse joue-t-elle un rôle primordial pour évaluer la force d’un pays ? Jamais. Ça ne va pas changer dans 20, 30 ou 50 ans. Lisez bien : sur 253 pays, 164 pays sont moins populeux que le Québec; sur 253 pays, 209 pays sont indépendants; 126 pays souverains sont plus petits que celui auquel nous aspirons. M. Pratte veut-il affirmer qu’ils sont tous foutus ? Il n’y a que 16 pays plus grands et plus populeux que le Québec (MM. R.-G. Séguin, J. Proulx, M. de Repenigny). 50 pays seulement ont le double de notre population. Depuis la fin de la guerre, en 1945 —avec les décolonisations de toutes sortes—, 144 pays sont devenus indépendants; trois milliards (3,000,000, 000) de gens en ces pays nouveaux ont eu accès à la souveraineté. Ces chiffres sont éloquents. M. Pratte. Le Québec indépendant (avant 2050, c’est probable ) ne sera donc pas seul à peser une « plume » (votre mot). Répétons-le, depuis quand la force d’un pays tient au nombre de têtes sur son territoire, c’est l’ONU réaménagé, forcément revigoré par obligation de paix mondiale, qui va influencer « le cours de l’histoire » selon votre expression). On peut gager tout de suite, pas en 2050, que Suisse, Irlande, Norvège, Danemark —et même Israël— auront toujours un poids certain au concert des nations. La démocratie mondiale autorise « une voix par pays ». Ça ne va pas selon la population de tel ou tel pays. Votre sauvage « loi du plus grand nombre » relève du temps des boucheries quand une majorité faisait taire une minorité, écrasant volontiers le dissident. L’odieux joug dans les vies privées —tel, ici, l’unanimisme duplessiste— comme dans les vies collectives. D’accord au moins là-dessus ?
Claude Jasmin

Écrivain
Ste Adèle
15 novembre 2004