LETTRE GRANDE OUVERTE (à Victor-Lévy Beaulieu)

J’ai lu ton « Je m’ennuie de Michèle Viroly ». D’une seule frippe. Sur le cul, je suis ! Tableaux d’une crevaison nationale annoncée. Noire murale, tu as brossé une sombre fresque ! Je voudrais bien m’allier à ton ouvrage d’ illustrer un pays perdu, une nation déliquescente, trop arrimée à la… « béessitude » (ton bon mot !). Mais…
Ton « Je m’ennuie de Michèle Viroly », c’est est horrible, mon vieux Vic ! Insupportable. Ton bref pamphlet récent (La Presse) annonçait ce sinistre « petit manuel » de la pourriture environnante actuelle. Oserais-je dire bravo pour ce « Je m’ennuie… », dire bravo à un chirurgien désespéré, toi ? Ton triste « Bleu du ciel », avec asile de fous, ados perdus, curés désaxés, pute à ex-champion-vedette, en montrait des prémisses. Mais la télé n’est pas le lieu adéquat pour les sonneurs d’alarme, oh non ! Le jeune Avard mange au même râtelier que toi, ses sinistres « Bougons » sont de cette farine, avec des rires pour faire avaler la déréliction, mai mêmes désolants paysages humains. Verra-t-on bien tous ces liens, dont ceux avec les minables ratés de « Détect Inc. » du pessimiste Meunier. Toutes ces tragédies, ces déguisés dans du Goya de misère, caricatures détraquées, telles ces « folles » québécoises de « Cover girl », les couples maganés de « Vice caché », les pitres-portiers d’un bar style St-Laurent street, tout un Québec actuel à travestis divers. Monde très « proche parent » de tes Jack de Trois-Pistoles. Des cousins germains, du risible crétin de Chapeau, M. Gérard Laflaque à nos vulgaires rigolards humoristiques .
L’humour ici est, oui, le masque du désespoir, madame de Stael. Dans ton « Je m’ennuie.. », différence : personne n’a envie de rire, l’humour ne protège plus. Adieu prudent ingrédient, pratique garde-fou pour obtenir subventions et avances sur recettes, ces montreurs de marionnettes aux gaines pourries sont malins, eux, pas toi. Cher Victor, toi en vaillant vigile, en observateur sagace ?, tu vas le payer cher. Car tu ouvres carrément des plaies béantes, des viscères, les vannes sociétales (veine) sont crevées. Ton « Je m’ennuie… » vomit, gueule, bave la totale. Attention : le roman « Je m’ennuie… » n’a rien de régionaliste. Méfions-nous du cadre basdufleuvien. Ce roman parle de l’Occident repus, blasé, à la sexualité gravement fêlée.
Beaulieu, fils-héritier d’un Samuel Beckett ? Oui. Même poubelles. Vic, tu glisses volontairement dans l’insupportable et ton jeune Malcolm Hudd ira se rhabiller ? On suffoque en lisant ça. Ton cruel délire, celui d’un « TV-Hebdo », lu par ton Jack déboussolé, piétiné, déchiré, Seigneur ! Oh les cruels lambeaux d’un Michel Jasmin à Denise Bombardier, du gros Giguère à Coalllier, de Claire Lamarche à madame Bertrand, de Landry, à Duceppe, de Dumont à Chrétien- Martin, grand carrousel d’impostures pour enluminer notre aliénation avec rêveurs à championnats, au bowling paroissial, ou bien ceux d’un golf bien tondu, d’un casino à poker-machines, à loterie « nazionale » ?
Victor-Matamore, ton cul sur le bord du Saint-Laurent, tu ne crois donc plus à rien ? Qu’à tes rives fleuviennes de sombres blocs erratiques ? Qu’en tes « animots couleurés » : tes mots d’un jargon inventif sonnant et trébuchant ? Lisant « Je m’ennuie… » , j’imaginais un jeune cinéaste (un fou !) décidant de mettre en images tes lascives merdeuses noyades. Prévoir alors le refus net des institutions, Sodec et Téléfilm. Tu la joues sans masque, malheureux. Aucune politesse. Avec tes sangs coulés, tes spermes éparpillés, tes malodorants pus répandus partout, tous ces excréments étalés, ces crottes de mouches en beurrées épaisses, notre cinéma (des Institutions) ne s’en relèverait pas ! Ni notre télé-miroir. Le fol Irlandais, James Joyce, ne se filme pas davantage.
Notre « société des spectacle » c’est « juste pour rire », ou bien c’est « on ferme », « on vous jette ». Le rire jaune est interdit, place aux machins à caisses sonnantes, des « Dangereux » à « Nouvelle France ». Victor, tu maganes ma candeur. Reste donc à lire, en cachette, ce « Je m’ennuie… » mais ton effrayant roman restera un témoignage discret. Il ne sera lu que par une minorité puisque… le monde ne lit pas. Tu le sais bien. Ta stupéfiante malédiction d’ordre eschatologique —lisez ça, c’est Apocalypse à Trois-Pistoles—, fera fuir notre bourgeoisie aveugle. Au menu de nos vies ? Hygiène, santé-hantise, la peur, l’hypocondriaquerie, une société névrosée —« au plus vite, on veut deux CHUM en ville ! » ! Mangez mieux, fumez pas, polluez pas et roulez en… mini-Hummer ! Très lue, ta prose réveillerait-elle nos aliénés ? Oh mon Victor, ton roman nouveau attriste les têtes heureuses dans mon genre, les optimistes indécrottables de mon acabit. Il a mis mes naïves espérance sous le boisseau pour un long temps. Rivé sur tes infirmes, multi-poqués, d’un village fictif, qui verra le panorama de notre décadence occidentale, celle qui grimpe jusqu’en Chine. Avez-vous vu ce docu-télé d’un mec amerloque installant ses « fast food » en pays slaves ? Pouah !
Nous sommes loin du jeune Beaulieu, que j’ai connu, croyant à l’avenir, innocent ex-petit commis de banque, jeune exilé rôdant dans Montréal-Nord, cherchant à qui se raconter. Vic, le compère Foglia t’a nommé « Le plus grand écrivain québécois » et le doyen-juge Martel a publié : « Un chef d’œuvre ! » On va contester tes titres. J’ai vu à TVA deux jeunes abusés écrapoutis, face à un Paul Arcand ahuri de leur récit insoutenable en enfance écrabouillé. J’ai vu, en cour d’assises, les atroces blessures d’enfants bafoués à papa-satanique, à maman diabolique. Ton « Je m’ennuie de Michèle Viroly » n’est pas faux, c’est le roman véridique de tant d’existences actuelles. L’individualisme est devenue la seule foi. Oh Vic, tu renies le Camus du « Il ne faut jamais désespérer les hommes ». Je t’en veux. Comment te pardonner ? Nos haïssons le messager de malheur, Cassandre ! Où nous réfugier maintenant ? On devine trop bien ton affreux terminus couvert de vermine, rongé par les vers. À bas le vieux Molière : corriger les mœurs… mais en épouvantant ? Ton Jack, homme-moignon, piteux-mâle-tronc, tueur incestueux, sodomite trépané, masturbateur sur son bicycle-camaro, ton monstre-de-paroisse, risible champion aux quilles cassées, dépasse les Frankeinsteinn, les Dracula. Tu viens de signer une histoire de « fantasy » d’horreur. Révulsant. Ton roman vomi, jure-moi quand même que tu te dénicheras un tonneau et une vieille lampe à l’huile de baleine du pays basque de chez vous, que tu feras ton Diogène un petit peu patient. Ça ne se peut pas autrement. Cassandre étouffe. Et ta fausse Viroly qu n’y peut rien finira par pleurer !

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