UN(E) BOMBARDIER GRIMPÉE DANS LES RIDEAUX ?

Visage paniqué, ma camarade Denise Bombardier grimpée dans ses rideaux, montée sur ses grands chevaux, grondait fort à sa caméra (de TVA) que c’est épouvantable de nous entendre « jaser sur les perrons des portes » ! Qu’il faut que cesse ce joual persistant, grossier ! Qu’il faut faire taire (cacher ce sein que…) ces ignobles humoristes dont ce vulgaire Patrick Huard (à un gala-cinéma) ! Et qu’il faut fustiger tous ces profs ignares, ces étudiants au français bâtard. Qu’il fallait imiter toutes ces crapules (que l’on fait parader au tribunal de M.Gomery ou aux comptoirs de bienfaisance) en bel habit gris rayé trois pièces qui disent jamais, ces jolis Seigneurs, « tabarnac » ni « sacrament ». Quelle hypocrisie !
Voyant ma chère Denise blanche de terreur, je me suis aussitôt souvenu de l’actrice Hélène Loiselle dans « Les belles-soeurs », incarnant une précieuse-ridicule d’icitte, « revenue » de Paris en braillant des : « J’ai honte de nous autres ! J’ai tellement honte ». C’est feu Pierre Bourgault qui avait raison, affirmant publiquement que les Québécois parlaient bien mieux que jadis. Anciennement, souviens-toi chère Denise, tu allais à tes cours de diction chez la Mme Audet, en dehors du ghetto de la rue Saint-Hubert, c’était partout : « Taisez-vous vain peuple ! Silence tout le monde ! Vous parlez tout croche. Vous nous faites honte, descendants des porteurs d’eau et des scieurs de bois » !
Les gens se taisaient, intimidés : mes grands-pères quand j’étais enfant, mutiques prudents. Mon père. Ma mère moins. Mes oncles. Plus tard mes neveux, mes cousins. Un pays muré, livré au clergé arrogant, aux notables instruits. Tu le sais bien Denise ! Dès la mort du duplessisme, moi et des compagnons nombreux (à Liberté, à Parti-Pris,ailleurs) nous gueulions face à ces radiocanadiens-sauce-Henri-Bergeron :« Parlez ! N’importe comment mais, de grâce, parlez ! Nous finirons bien par nous corriger ! D’abord exprimez-vous ».
Nos ligues du bien « perler » français enragèrent car ces zélés « surveillants » linguistiques (ignorant tout de la vraie linguistique) perdaient de l’hégémonie, hon !, leurs augustes sanctuaires se fissuraient. « Pouah !, protestaient-ils, la liberté sentait le peuple ». Cette race de correcteurs vigilants déteste moins le malparler (on dit la malbouffe) que le peuple; ils ne l’avoueront jamais. Ce mardi soir-là, on avait l’impression que Denise Bombardier, à son pupitre de TVA, faciès de religieuse bougonne, mine d’institutrice célibataire constipée, souhaitait un retour à ces intimidations hiérarchisées; celles des « Oui, m’sieur l’curé. Oui, m’seur l’marguillier. Oui m’sieur l’docteur, oui, mon bon maître qui avez fait vot’ cours classik ! » Que l’acteur Patrik Huard fasse… ou non, à un gala- cinéma, sa caricature d’un délinquant-punk ne changera rien à la langue parlée. Il y a dix, vingt niveaux de langue. Le plus « populaire », disons-le, le plus vulgaire, ne vient pas d’un effort de populisme, non, ce français-de-misère vient d’un peuple dominé. Colonisé durant plus deux siècles. Tout est politique, ignares p’tite dames patronnesses (Brel !) honteuses, étouffez-vous avec votre honte stupide ! S’attaquer aux effets, oublier les causes (d’un langage défectueux certes, pire qu’ imparfait), est indigne des instruits (donc des chanceux du srt).
Pour les individus —et on sait cela depuis Freud— exactement comme pour les collectivités, il y a, « à suivre », une histoire. L’histoire, mas oui, répond de tout, qui l’ignore encore ? Certains de nos chics aliénés inconscients avaient donc honte de cette réunion télévisée. Pourquoi encore ? Parce qu’un certain Frédérique Mitterrand (venu de Paris), y assistait. Les cons ! Craindre le jugement de ce pédant (si piètre ex-animateur, insupportable nasillard à postillons de cuistre, qui fut jeté, charitablement récupéré en fonctionnaire de TV-5) …c’est du colonialisme crasse !
En vérité, la langue française, comme toute autre langue, est assez vigoureuse pour se faire brasser, maganer à mort, secouer, revirer à l’envers. C’est l’usage d’icelle (par le peuple) qui a toujours gagné. Toujours ! Sur le dictionnaire, sur les codes, les règles, c’est ainsi depuis même le latin martyrisé et puis « éjecté », scandalisant les conservateurs puristes des anciens temps.
Aucun danger grave : si, émigrant ou en séjour (d’études ou d’affaires) en francophonie, l’on ne vous comprend pas, la nécessité de communiquer vous fera (et très vite, vous verrez !) vous adapter. Il n’y a qu’à s’ajuster. Même un petit voyou (surdoué) de la rue Delorimier, le peintre Riopelle, exilé à Paris (ce n’est qu’un exemple parmi des milliers ) se fit, et vite, fort bien comprendre. Comment ? En s’adaptant. De la même manière, celui qui s’installe parmi nous pour y demeurer se prête au même exercice. Qui est une loi naturelle. Ces nombreux jeunes talents actuels qui s’épanouissent ces temps-ci à Pari, ils obéissent tous à cette loi bien naturelle. Et vieille… vieille comme Samuel de Champlain, au début des année 1600, apprenant la langue des aimables malins Hurons. Ou celle des méchants et agressifs Agniers, plus tard nommés Mowhacks par l’Anglais conquérant.

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