DU CINÉMA VIVANT : C.R.A.Z.Y

Un cinéaste, Vallée, subventionné par notre argent publique comme tous les autres, écoute son copain, Boulay qui lui raconte sa jeunesse difficile quand, malheur de malheur !, il se découvre homo ! Lire ses aveux dans Voir. Sa famille, de classe modeste, en est fort secouée. Sa maman sans le comprendre vraiment —« Mais qu’est ce que j’ai pu faire de croche ? »— sent que son cher petit, Zacharie, aura des difficultés. À l’école, dans la rue, auprès de ses grands frères aussi. Elle va donc tenter de le protéger sans pouvoir y arriver. Son père, brave gaillard salarié, boite à lunch, gros char américain, va vivre au bord des apoplexies, de la syncope permanente, tant l’inversion sexuelle lui semble une injure. Une tare horrible. Un véritable affront à la « la nature » naturelle.


Ce conflit est presque banal au fond. Et prévisibles sont les réactions des alentours dans ce milieu pas vraiment cultivé. La question est sur-exploitée au cinéma, à la télé (aussi au théâtre). Une mode que ce milieu et l’intolérance aux différences. Eh bien, son talent comme en jachère depuis 10 ans (le noir polar « Pouvoir intime »), Vallée en sort un récit sociologique fort efficace. Moi, j’en suis sorti mélangé. On y trouve des illustrations bien connues, (les festivités de Noël) des faits réels (la mère aux grill-cheese). Vérifiables si on vient de ce milieu comme moi. On y trouve également des saillies bizarres. Déroutantes même. Des inventions surprenantes. Vallée et ses collaborateurs naviguent parfois dans le réalisme bien en aplat mais aussi, hélas, dans une sorte d’imaginaire qui sort d’on ne sait trop où !
Le récit de C.R.A.Z.Y. part au temps de l’Expo, 1967, l’action centrale, elle, se déroule à la fin des années ’80. Pas trop clair cette chronologie ici et là, pas vraiment des anachronismes mais des glissements symboliques disons « louches », des attitudes d’un « arriérisme » qui sonne plutôt faux. Malgré bien des agacements donc, des zones floues, on sort de C.R.A.Z.Y. très satisfait. De quoi ? Du puissant rythme de Vallée, de ses cadrages, toujours efficaces, de son style nerveux sans afféteries, sorte de très vive manière d’entrer et de sortir dans ce bungalow modeste où une famille s’incruste dans sa culture vulgaire et joyeuse à la fois.
Il n’y a, au fond, que deux (jeunes) personnages hélas. Celui que la drogue assassinera. Et ce héros, le cadet, le « fifi » pathétique —au don de stopper les hémorragies (!)— musicien de garage, de sous-sol, à la jeune sexualité indécise. Et qui se révélera, s’avouera sa nature invertie —devinez-où ?— à Jérusalem, lieu mythique, rêvée, de sa chère « moman » pieuse.
Chapeautant ce demi bouillon-de-culture familiale (les autres enfants n’existent pas), l’actrice Danielle Proulx, mère troublée, et Michel Côté, père enragé et débordé par son rejeton efféminé, les deux forment un couple fameux, leur apport extrêmement professionnel nous fait avaler bon nombre de lacunes. J’ai vécu des années (‘60 et ’70) en milieu relativement modeste parmi des familles d’un voisinage de classe populaire, et, surtout, j’ai vu de très près les familles ouvrières de mes cinq beaux-frères, tous des ouvriers, de là tous mes moments de gène face au récit filmique de Vallée.
Mais ne boudons pas notre plaisir, malgré ce scénario disons…troué, le film de Vallée file à vitesse forte. Il n’ennuie absolument jamais, pas une seule minute. Ce talent —« de caméra ?— » est incontestable et les prodigieux talents de Proulx et Côté sont d’une immense incarnation, ô quel fabuleux naturel ! Leur formidable jeu achève de fournir à C.R.A.Z.Y. le tonus fort. Ce dynamisme de Vallée, enlevant, fait d’images vraiment cinétiques, fait un cinéma ultra vivant. Allez-y vérifier ça, vous verrez bien.
Oublions la candeur de ceux qui croient que la pensée (magique !) évolutive fera disparaître les avatars —en famille— de la question homosexuelle. C.R.A.Z.Y se déroule en 1980-1990 mais même en 2050, la venu dans une famille d’un garçon inverti sexuellement fera encore, hélas, de violents remous. On peut gager ce qu’on voudra. La tolérance —ou faire comme si ce n’était rien !— à ce phénomène (éducationnel-à-acquérir non, inné) minoritaire (et c’est exactement pour cela que c’est difficile) est un souhait naïf. Un bon vœu pieux. Un idéal certes, le co-scénariste de Vallée, l’autobiographe Boulay, doit bien le savoir.

« ON JURERAIT QUE MON PÈRE M’AIME »

Le jeune Émile Duncan, ensanglanté, hospitalisé, voyant son « vieux » qu’il méprisait à son chevet, se dit cela à la fin de son ouvrage : « On jurerait que mon père m’aime ». Enfin, un début d’humanité chez un bom délinquant. On le sait : « aucun écrit n’est innocent ». Au début, ce père n’était qu’un minable ex-prêtre, triste défroqué soumis à l’épouse, une ex-infirmière autoproclamée psycho-thérapeute. Cette maman a fait du « home sweet home » une clinique hantée par ses déments-patients ! Le gamin Émile de « La mort au corps » (Tryptique éditeur) y vit donc, bien mal dans sa peau, au fond de la cave de ce banal bungalow familial de Montréal-Nord.  Bagarres avec bandes de rue et polyvalente exécrée, bref, le décor tout croche de tant d’ados actuels ?
Êtes-vous curieux comme moi des us et coutumes des jeunes générations ? Je veux tout savoir. Le roman de 2005 n’a plus rien à voir avec celui de 1960; de ma « Corde au cou » à cette « Mort au corps », un monde ! J’ai dévoré cette installation de mots d’ Éric McComber. En moins de 300 pages, il donne à voir une certaine jeunesse d’aujourd’hui. On a 17 ans, adieu Montréal Nord !, on entre au cégep… du Vieux bien entendu. Et c’est la bohème mal empêchée par profs, pions, gardiens. Cette valetaille des adultes. « Tous des cons », bien sûr. Découverte des mots durs, du rock dur, on fait des poèmes baveux, un journal-de-collège effronté, on menace, on gueule. Au fond on guette une voie de sortie.Trop de cours et jamais assez de pot-hasch, ou de bière, traîneries un peu partout avec des filles qui jouent les libérées et qui coulent dans tous les sens du mot. Des gars qui font les toffes, qui enterrent l’enfant magané, à coups de pieds, qui se maganent le coeur à jamais. Pathétique, misérable petit empire à délires candides. On a son band, un micro dans un bar minable, une vie d’illusions, des voisins hypocritement romantiques, un coloc (ce gars-Barry) cul-cul, un tricheur.
Et, dedans tout ce débraillé naïf  : l’obsession des organes génitaux, l’obsession d’enfants mal grandis qui n’en reviennent pas de pouvoir si librement s’exciter les jeunes sens bien gloutons. Ça fuit, ça nie, (quel instinct les prévient ? ) les sentiments. Absolument, il faut barrer le chemin aux émotions; la vie mais à fleur de peaux ! Égoïsme, irresponsabilité, mais quoi ? ils sont des cassés, des tout-nus !
Je lis donc ce « La mort au corps » d’Éric McComber avec une infinie pitié. Ce Émile Duncan (le fils du curé et de la psy) a donc loué un appart. Qui est un taudis de la rue Saint-Urbain, angle Marie-Anne. Il s’imagine grand poète, divin chanteur, subtile musicien. Un salaire de misère dans un trou minable. Défilé connu des jeunes floués. Ce jeune auteur, McComber, a beaucoup de talent. Un, il sait faire voir, deux : il fascine avec son écriture. Il invente un bon dialecte efficace , un français vernaculaire absolument étonnant. Un joual tout neuf ! Et comme ragaillardi ! Oh, braves bourgeoises liseuses de polars Best-selleurisés (ou de grasses sagas pseudo historiques), fuyez « La mort au corps », comme, jadis, vos aïeules fuyaient « Le diable au corps ». Le jeune Éric McComber, (comme Balzac) a une fameuse oreille, tous ses « Spa jusse dans ma tête » forment une écriture sonore d’une vérité totale. C’est Louis-Ferdinand Céline (Mort à crédit, Voyage au bout de la nuit) installant, il y a 75 ans, sa célèbre écriture parlée, si vive, si nerveuse, si émouvante et qui fit de lui un écrivain indépassable. Nous avons donc un écrivain québécois unique. Et quand il dépassera ses infantiles illuminations sur la chair humaine (des deux sexes), il pourra nous donner un œuvre forte, durable, significative. Toute une fresque sur nos temps modernes actuels qui fera de ce Mc Comber un auteur irremplaçable qui se retrouvera partout, cinéma, télé, etc. Il doit bien deviner déjà qu’il n’y a que la mort, la fin, seul grave motif de réflexion pour les écrivains qui comptent.Je veux bien parier sur lui et s’il me déçoit… tant pis !
Quelqu’un capable de dire (page 125), lisez ben :

« Une saison… qui s’amène avec sa cargaison de conversations de terrasses, de nuits errantes, de ruelles sales… De jambes et d’épaules blanches et roses bourdonnant de boutique en café, de fleurs éclatant entre les pierres, attaquant le jour par les fentes de la ville, de larmes s’attardant sur la monture des lunettes de soleil, de popotins en lycra stretché plus-plus, penchés sur leurs vélos, patins, skates, patinettes, trottinettes, mobylettes, motocyclettes, frisbees, trackballs, akis, ti-bâton de kessé ksa s’appelle, de chevelures auréolées dans les reflets flamboyants (… ) sommeil flottant, torpeur moite, siesta mohawk, sabords des iris bâillant aux vents solaires. »

… c’est quelqu’un de rare. Son nom est Éric McComber, son étrange roman (faites-le venir à votre biblio) se titre « La mort au corps ». Cela se déroule dans un bas-quartier, l’ouest extrême du Plateau, « où une belle jeunesse s’use à séparer le tien du mien » ( Aragon).

La vie, la vie…

Les vents de l’hiver ont jeté au sol un million de branches mortes. Aile et moi, râteau à la main, au bord du lac, nous faisons des feux. À genoux dans le parterre, j’ai enfoui des tas de bulbes. La surprise que ce sera ? En jaune, rouge, magenta, blanc… ah oui, la beauté jaillira, Jacques Brel ! Un arc-en-ciel floral surgira ! Tout le long du trottoir, enterrement, ensemencement, d’une dizaine de plants. De la spirée blanche ! Attendre maintenant. Et beaucoup arroser ! La vie, la vie… et ma bénéfique drogue, la lecture ? Quand j’ai commencé un livre, moi… besoin très vif d’y retourner. Aussi, débarrassé de ma salopette, lavé, j’ai couru rouvrir « So long » de Louise Desjardins (Boréal éditeur).
À votre tour, courrez le prendre (ou faites-le acheter) à votre biblio publique. C’est encore et toujours « La vie, la vie… ». Lisez cette excellente histoire de Desjardins (la sœur du chanteur me dit-on), un récit palpitant. Une ex-maîtresse d’école —au primaire—, deux petits frères vieilis, disparus. Elle ? Mariée deux fois, divorcée, deux grandes filles dispersées, une au Mexique, l’autre au Nunavit. Ce jour même de son anniversaire, elle doit se rendre à l’aéroport. Pour ? Rencontrer un « troisième » homme,
un certain François Rajotte, « approché via Internet », qui est né aux Plaines de l’Ouest. Derniers mots du livre, l’homme du Far West en chair et en os, sortant d’une cabine de téléphone à l’aéroport, l’apercevant il dit : « It’s you ? Katie ? ». Elle ? Très inquiète, fragile, hésitante, Katie répondra : « maybe ». On lui souhaite bonne chance car il y a que l’on vient de lire 160 pages sur elle, cette bouleversante quinquagénaire. Katie McLeod nous a conté son enfance. Si triste. Sa jeunesse à tiraillements face à maman-Michaud, ex-ontarienne, piétinée, écrasée, dominée et malheureuse. Katie, la petite fille de l’Écossais-au-violon, raconte aussi son ce bizarre papa, émigré d’Aberdeen jusqu’en Abitibi, enfermé dans son magasin (de musique) dégarni et déserté, l’ivrogne joyeux, l’habitué du bar au Look-Out. Katie raconte sa petite ville… fantomatique puisque la mine d’or a fermé ! Vous verrez : on lit, on lit « So long », pris dans un beau piège efficace.
Il y a que ce « So long » fait très vrai, dénué de toutes afféteries littéraires. Desjardins vous révèlera tout, sans hâte, sans fracas, dévidera dans un rythme envoûtant, et c’est moins facile qu’on croit, avec une apparente simplicité… tas de balles de laines aux couleurs émouvantes. Louise Desjardins déroule très lentement —c’est tout son art— une tapisserie aux accablantes lueurs réalistes. Comme on est éloigné de certains (jeunes) romans aux (inévitables) récits égotistes, à fesses et jets de sperme— si cul-cul au fond ! Il jaillit de « So long » des étincelles inattendues, des énervements gênants, une vie qui va flancher, une odeur de drame retenu. Des menaces d’incendies ! Feu à sa vie traquée ? Ce Look-Out en cendres à la fin ! Pauvre vie de Katie, faisant la « deuxième mère » obligée, face à cette mère noyée de chagrins. Une enfant perdue, grimpée aux fenêtres du Look-Out où papa espionne les belles « Alys Robi » venues de la grande vile.
Il y a la vie, la vie… je lave le pédalo de ses toiles d’araignées, je sors le canot à la peinture pelée, je pose un patch au tuyau d’arrosage, j’irai nettoyer le « barbàqueue » (sic), à la radio, Léo Ferré chante : « C’est le printemps », sa si belle chanson. L’égoïne jaune à la main, je tranche les grasses branches à brûler et… Et je songe à ma Katia McLeod. Le lecteur s’attache à des personnages si humains. Je songe à cette ex-institutrice qui a fui vite son Abitibi natal… je songe à cette esseulée dans sa rue Fullum, sur le Plateau, qui, ce soir-là, tremble à l’aéroport devant son « survenant ». Un divorcée lui aussi, qui lui parlait —sur le NET— de sa grande fille unique. Je la vois ! Katie McLeod a peur, l’après-midi elle s’est sécurisée, est allée chez les pédicures (oh l’amusante scène), aussi chez son coiffeur-confident homo (une autre amusante scène). Katie s’est fait belle, veut mais hésite, souhaite reprendre…la vie, la vie ! Katie qui songeait à des vergetures, des varices, du poids pris en trop, le féminin combat : ralentir le vieillissement ! Entouré de branches tombées, je me disais : il faut que ça marche entre ce baragouineur de français et cette Katie isolée aux deux filles parties ! C’est fou ça, non ? Jeunes gens, lire du « bon stock » fait cela, essayez. J’ai imaginé « l’étranger » sympa et j’ai imaginé « ma » Katie qui a tant peur de recommencer une (troisième) histoire, s’abandonnant. Suis-je trop romantique ? Merci Louise Desjardins pour votre « So long ».

DES NOUVELLES DE MAURICE ?

Vous en aurez bientôt des nouvelles de Maurice car, après avoir drainé en ville presque deux cent millions de notre argent public pour sa « grande » bibliothèque, « grande » Lise Bissonnette va se plonger dans les lettres de Maurice. Sand son nom de famile. Avez-vous hâte de lire ça vous ? Rien à propos de littérature québécoise ! D’une…disons, Germaine Guèvremont ! « Si-tellement-moins » attirante ? Cher Montréal « mégalopolis » et ses dévoués servites, venus parfois d’Abitibi ! Imaginez le bonheur : l’État aurait mis quelques millions de piastres en bonne part pour les livres des écrivains vivants, jeunes et moins jeunes, et cela dans toutes les biblios publiques dans chacune de nos 9 provinces québécoises ! Il serait resté une centaine de millions de « belles piastres » pour la-jolie-patente-à-persiennes (de bouleau), rue Berri.
Bon, trêve de regrets, ce qui est fait est fait. Aussi je vous donne des nouvelles, non pas du fiston de madame Sand, mais d’histoires inventées ici. Par des gens d’ici. Chauvinisme ? Allons ! Regardez aux USA, ou en France, vous verrez la normalité (ils ne sont ni aliénés ni colonisés) qu’il y a à s’intéresser aux livres qui nous illustrent. J’y vais : achetez, louez ou empruntez l’étonnant et excitant récit (Alto éditeur) d’un certain Nicolas Dickner venu du Bas-du-fleuve. Titre bref :« Nikolski ». Le nom d’une ancienne boussole ! Un titre de roman adéquat, emblématique, car les personnages de Nicolas Dickner sont perdus. Cette belle Joyce-Suzie, orpheline désaxée, exilée au marché Jean-Talon de son cégep de Sept-îles et cet autre orphelin, fougueux Noah, au papa faufilé en îles du Pacifique-nord, à la maman en roulotte qui dérive dans les plaines du far west sont des itinérants. Récit à vif, rieur, léger. C’est un conte de dix ans. Bourlinguage à deux destins absolument fous, récit abracadabrant qui nous donne à voir une littérature d’ici neuve. À lire.
Des nouvelles de Martyne maintenant ? Rondeau son nom de famille. Voici avec son « Ultimes battements d’eau » ( XYZ éditeur), une prose comme obligée chez les débutantes depuis quelques années. Rien à voir avec « LE SURVENANT » (fort bon film d’Éric Canuel, soit dit en passant) ou « SÉRAPHIN ». Oh non ! Ces « Ultimes battements d’eau » sont le récit inchoatif, quasi psalmodié, où le jus cru des expressions coule à flot, dévaste. Un discours intime ravageur, corps qui brûle. Amour comme voile en lambeaux au mat creux d’une existence funeste. Ces actuelles « zistoires » de sexe, de sueurs, de sang, de sperme, se ressemblent. Voir dame Bismuth, ou Audrey Benoit, ou Nelly Arcan. Martyne Rondeau, venue de Lanaudière, sortie savante de l’Uqàm, enseignante savante en cégep est devenue experte en « lettres ». Elle finira de nous épater bientôt, cessera de nous éblouir, décidera (ou non ) d’écrire sur… les autres, sur nous, pauvres de nous ? Ses talents y feraient florès avec un « survenant » du 21e siècle ! Superbe car elle écrit bien mais l’égocentrisme lasse en fin de compte. Chère Martyne (avec un y grec !), plusieurs passage de vos « Ultimes battements… » prouvent hors de tout doute vos dons. Ils émeuvent. Composez désormais en vous éloignant de votre nombril (malmené par un jeune tyran), abandonnez une sorte de…quoi donc ?, de malodorant égotiste comme dans ego-trip. J’en ai parlé ici, un Jean Barbe (auteur de « Comment devenir un monstre »), lui, a su raconter avec un art étonnant un « monstre naïf ». Comme on dit « un peintre naïf ») Un bon gaillard garçon initié jeune à la cuisine, installé de force dans ces Balkans en guerres ethniques et qui va jouer de ses couteaux sur… des humains. Réussite horrible totale. Barbe prouve nos jeunes écrivains capables de narrer efficacement sur « loin, hors du territoire national ». C’est excellent et il vient de se mériter un prix. Cela ne sert à rien, il le constatera, mais fait plaisir.
Maintenant je me prépare à lire « L’homme-café » de François Désalliers (Québec-Amérique éditeur) et puis, de Louise Desjardins, « So long » (stupide manie parisienne des titres à l’américaine !). Pendant que Dame-grande-Lise commentera le Maurice-à-maman-George et qu’un Lucien Bouchard, autorisateur du grand local, re-redécouvrira ses classiques-Galimard, notre littérature vivante, elle, celle qui se fait, qui se débat, qui nous appelle « au secours », reste sur les tablettes de nos libraires et de nos bibliothécaires ! Viendra-t-il (comme pour nos bons films) le normal intérêt —sinon l’engouement— pour ces jeunes filles et gars qui nous composent des livres sur hic et nunc ? La vie vraie de notre littérature l’exige. Sinon, avec ou sans 176 millions de dollars, « l’art qui se fait » crève et Lord Durham aurait dit vrai : « une nation sans culture ». Tenez, je suis plongé dans « La mort au corps » (Tryptique éditeur), eh bon yeu de symonac de tabarnac de « famille-je-vous-hais » ! C’est effrayant ! Trop vrai ? Mal au cœur du début de ce « La mort au corps ». Désespérantes visions d’un gamin trop lucide, pas chez George Sand, ici, boulevard Léger, boulevard Lacordaire en un Montéal-Nord à bungalows. À sous-sol « fini ». L’enfance enterrée dans la cave. Le garage de poupa, sa tondeuse, ses « Passe-moi donc le tournevis ! » Un paternel défroqué, une maman ex-infirmière, thérapeute commercial inquiétante ! Ce jeune Éric McComer fait peur avec de nouveaux cris, un nouveau joual et ce nord-est d’hier, pas le « monrial-mort » de V.-L. B. Je lis, subjugué, je vous en reparle. Merde, lisez Québécois, je vous en prie.

RACAILLE DE FÉDÉRATS AGONISANT

« NOUS L’AURONS NOTRE PAYS FRANÇAIS »!
disait jadis Lionel Groulx.

Radio, télé, manchettes après manchette, en clair, nous lisons : Des millions d’argent public pour acheter nos votes, nous, une nation vénale, de nuls, de cons d’habitants « sans histoire et sans culture » (Durham) ? « On va arroser d’annonces ces niaiseux de Québécois », se dit le valet-Chrétien, roi-nègre manipulé par l’establishment anglo. Résultat : zéro ! Pitoyable ces temps-ci d’entendre et de lire les Lysiane Gagnon, André Pratte, Alain Dubuc et autres traîtres à la cause sacrée. Agoniques et ridicules gesticulations chez ces stipendiés de la fédérastie « canadian ». Ils en bavent un coup en ce beau printemps et nous rions. Pitoyable en effet de les voir tenter d’endiguer la catastrophe annoncée face aux sordides révélations devant le confesseur Gomery.
Des rats de toutes grosseurs désertent le bateau, jusqu’à Radio-Canada, c’est « sauve qui peut », voyez les commentateurs objectifs (!) à la Parisella-rouge-vif et sa rouge épouse, l’ex-cheffe d’antenne du réseau RDI. Partis ! Début de la fin des censeurs, des O’Neil (fuils de…) , des Pelletie (fils de…) aux commandes ? Dégoûtés nos électeurs québécois, fédérastes mous, ont enfin compris. Un ciel nouveau se dégage. Voici la donne: à Québec, Charest, le grand sauveur bleu-rouge raté, ne va pas durer longtemps; sans popularité aucune, ses troupiers s’agiteront en coulisses. À l’ouest ? L’armateur barbadien coule, on compte les semaines vues les conséquences de ces aveux au « curé » Gomery (qui semble ne pas en revenir) ? Ces gabegistes, magouilleurs de Maître Gagliano et son valet Chuck, ont tué l’actuelle fédérastie. C’est un tsunami politique, provoqué par nos valets aux poches pleines. Le favoritisme de Duplessis, du pipi de chat ! Le Bloc québécois, aux élections qui viennent, triomphera et cela se lit en un mot dans La Presse : détresse. Canal Rideau : ruée vers les sorties chez nos vilains canadiens-français-catholiques et les anti-patrie québécoise, sauce Stéphnan Dion, en bégaient !
Spectacle qui ouvre les yeux de nos innocents, peureux-trembleurs (4 sur 10 ), hésitants « aux deux appartenances », aux deux drapeaux, colonisés, cocus contents. Le réveil enfin ! Réjouissant pour tous ceux qui luttent pour « une nation, un pays ». L’Onu dit : « chaque peuple peut et doit se régir librement ». Un jour, prochainement, indépendance établie, le Manuel d’histoire du Québec racontera ce qui se déroule sous nos yeux actuellement. Chapitre noir : le récit des traîtres, n’ayons pas peur des mots, s’y étalera. Honte non pas pour nos anglos mais pour ces dénaturés militants contre notre indépendance. Ces abandonnateurs de notre petite nation devront expliquer à leurs descendants leurs motifs de renégats. Certains admettront : « appâts de gains » ? Vieillards, ces zélés rédacteurs fédérats —de la Gagnon aux jumeaux Pratte-Dubuc— avoueront-ils qu’ils travaillèrent à retarder notre normale émancipation ? Le Québec devenu un pays comme les autres (prévisible cher Alphonso ?), les jeunesses, dans toutes nos écoles, apprendront tout sur ce combat qui poursuivait les buts des Papineau et Chénier, qui reprenait depuis 1961 et le RIN, depuis 1969 et René Lévesque et cela jusqu’au référendum. Ce novembre 1995 (du 50-50 !) qui engendra panique avec vice-reine Clarkston à bureaux débordants d’émigrants (à recevoir vite), panneaux réclames réquisitionnés, bus et avions nolisés pour la fête de l’Hypocrisie.
Tous faits admis désormais et qui donnent raison à Jacques Parizeau à la courte honte des accusateurs empressés. Dont Landry et Bouchard. Oui, la jeunesse lira ce combat inégal contre l’argent sale, la propagande infernale, l’utilisation des émigrants innocents, les coups fourrés de nos prostitués politiques. Tout sur ce Parti Libéral avec « enveloppes » maffieuses, placards abrutissants, balles et ballons, montres et stylos, casquettes… que de babioles pour qui nous jugeaient des crétins finis. Nos historiens raconteront tout cela : la fin de notre asservissement. La fin de la « mosaïcation » calculée des nôtres : « Silence : vous n’êtes qu’une autre simple minorité « du beau grand Canada uni » La fin de leurs tentatives (à répétition depuis la Défaite de 1763 ) pour nous diluer. Nous sommes toujours en majorité dans nos huit (ou neuf) provinces québécoises. Plus de 80 %. Assez de répéter que « terminée la nation » !, votre « Montréal » est multi-ethnique » ! Allons, toutes les grandes villes, Paris, Londres, New York, Berlin, composent avec leurs émigrants s’installant en « un noyau central », aux logements accessibles, à grand marché aux jobs mal payés, hélas. Les fédérats nuisent à leur nécessaire —pour leurs enfants— intégration en finançant leur isolement, stimulant les ghettos. À Laval comme en Montérégie, et dans toutes nos provinces québécoises, nous sommes une majorité, les francophones. Aux yeux des observateurs du monde entier (qui n’en reviennent pas) cela constitue un miracle sur ce continent.
Sous le coude du débonnaire Gomery nous voyons la fin du défilé des « collabos » de ce Canada centralisé. Les moins politisés ouvrent enfin les yeux et, oui, nous l’aurons notre patrie française. Les mercenaires, sauce Pratte-Dubuc-Gagnon, ne savent plus à quel saint se vouer mais, patriotes, veillons encore un peu, à quel nouveau coup maffieux, avant de crever tout à fait, nos serviles fédérastes se préparent-ils ?

« BOULEAU NOÈR », MADAME BISSONNETTE !

La semaine dernière Radio-Canada m’invitait par deux fois —chez M. Maisonneuve, CBF-FM, chez M. Drainville, RDI— à jouer « l’opposition officielle » face à la toute neuve Grande Biblio. J’ai fâché des amis, des camarades, des parents et je veux m’expliquer.
J’ai changé : quand ? , il y a un peu plus de vingt ans, depuis 1978, je vis loin de Montréal. Installé dans les Laurentides, à une petite heure de la métropole, j’ai constaté certains désagréments —s’il y a des avantages certains à vivre hors-la-ville polluante. Dont un grave pour un lecteur avide :il n’y aucune librairie dans ma petite vile; et : fin de mes deux bibliothèques publiques assez bien équipées en « nouveautés », celle du « Mile End », si joli temple rénové et la neuve « Robert-Bourassa » rue Wiseman à Outremont. De là mes regrets et, oui, sans doute « grande cheffe » Lise Bissonnette, ma…jalousie !
Tant d’argent aussi ! 176 millions de $, pour les Montréalistes et si peu pour les biblios dans nos 9 provinces québécoises. Ayant visité (comme écrivain invité) des biblios de quartiers, d’écoles, de petites villes, j’ai constaté souvent une « très grande »… pauvreté, une modestie de moyens. Humiliante pour les braves (rares) bibliothécaires de ces lieux si souvent fort dégarnis.
Et chaque année, chaque année !, on va donc consacrer 40 millions de $ pour le fonctionnement de cette grande biblio. 20 millions pour tout le reste du Québec ! Voilà qu’en week-end, sur un bassin de deux à trois millions d’habitants, 18,000 personnes sont allés examiner la bâtisse prestigieuse. Est-ce peu ? Quoi répondre ? Ici, dans mon gros village, faute de chaleureuse chambre de bois de bouleau jaune, à mon clavier, je cliquerai sur Internet « bouleau noère » ! C’est donc ma « Très petite
bibliothèque —« Claude-Henri-Grignon »— des « pays d’en haut » qui m’a fait critiquer («grand jaloux » me criaient des amis vendredi dernier) ce bel ouvrage initié par la valeureuse fondatrice Bissonnette —qui, en mode pause, va rédiger son doctorat sur « la correspondance de Maurice », fils de Sand. Pas trop de passion pour la littérature d’ici hein ! Lucien Bouchard, autre fana de littérature qui se fait au Québec (!), lui, relira ses Pléiades Gallimard en paix, chez lui. Ainsi dans nos provinces point de tous ces romans de nos jeunes écrivains vivants !
Malgré tout, je souhaite « très grand » succès populaire tant à notre actuelle ministre de la culture, Miss Beauchamp, qu’à cette fonceuse directrice. Sincèrement. Ce fait têtu du « le monde ne lit pas » —que tous nos écrivains, vieux et jeunes, savent trop bien— s’effritera-t-il un peu à Montréal-en-ville ? Je le souhaite ardemment. Cette cruelle réalité du « les gens ne lisent pas » pour ceux qui publient poésies ou romans nouveaux chaque année n’empirera pas avec l’installation de ce vaste lieu-aux-livres en bas de la ville. Accessible par le métro montréalais. Bref, tant pis pour ceux qui habitent…à Amos, Val d’Or ou à Tadoussac, Sept-Îles, sites humains combien plus éloignés que mon cher Sainte-Adèle. Ai-je le droit de rêver à une future ligne de métro « Saint-Jérôme-Montréal » ? Sait-on jamais… « Mais moi, Raymond Lévesque, je serai mort mon frère » !
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(Claude Jasmin
Sainte-Adèle
I er mai 2005)