« BOULEAU NOÈR », MADAME BISSONNETTE !

La semaine dernière Radio-Canada m’invitait par deux fois —chez M. Maisonneuve, CBF-FM, chez M. Drainville, RDI— à jouer « l’opposition officielle » face à la toute neuve Grande Biblio. J’ai fâché des amis, des camarades, des parents et je veux m’expliquer.
J’ai changé : quand ? , il y a un peu plus de vingt ans, depuis 1978, je vis loin de Montréal. Installé dans les Laurentides, à une petite heure de la métropole, j’ai constaté certains désagréments —s’il y a des avantages certains à vivre hors-la-ville polluante. Dont un grave pour un lecteur avide :il n’y aucune librairie dans ma petite vile; et : fin de mes deux bibliothèques publiques assez bien équipées en « nouveautés », celle du « Mile End », si joli temple rénové et la neuve « Robert-Bourassa » rue Wiseman à Outremont. De là mes regrets et, oui, sans doute « grande cheffe » Lise Bissonnette, ma…jalousie !
Tant d’argent aussi ! 176 millions de $, pour les Montréalistes et si peu pour les biblios dans nos 9 provinces québécoises. Ayant visité (comme écrivain invité) des biblios de quartiers, d’écoles, de petites villes, j’ai constaté souvent une « très grande »… pauvreté, une modestie de moyens. Humiliante pour les braves (rares) bibliothécaires de ces lieux si souvent fort dégarnis.
Et chaque année, chaque année !, on va donc consacrer 40 millions de $ pour le fonctionnement de cette grande biblio. 20 millions pour tout le reste du Québec ! Voilà qu’en week-end, sur un bassin de deux à trois millions d’habitants, 18,000 personnes sont allés examiner la bâtisse prestigieuse. Est-ce peu ? Quoi répondre ? Ici, dans mon gros village, faute de chaleureuse chambre de bois de bouleau jaune, à mon clavier, je cliquerai sur Internet « bouleau noère » ! C’est donc ma « Très petite
bibliothèque —« Claude-Henri-Grignon »— des « pays d’en haut » qui m’a fait critiquer («grand jaloux » me criaient des amis vendredi dernier) ce bel ouvrage initié par la valeureuse fondatrice Bissonnette —qui, en mode pause, va rédiger son doctorat sur « la correspondance de Maurice », fils de Sand. Pas trop de passion pour la littérature d’ici hein ! Lucien Bouchard, autre fana de littérature qui se fait au Québec (!), lui, relira ses Pléiades Gallimard en paix, chez lui. Ainsi dans nos provinces point de tous ces romans de nos jeunes écrivains vivants !
Malgré tout, je souhaite « très grand » succès populaire tant à notre actuelle ministre de la culture, Miss Beauchamp, qu’à cette fonceuse directrice. Sincèrement. Ce fait têtu du « le monde ne lit pas » —que tous nos écrivains, vieux et jeunes, savent trop bien— s’effritera-t-il un peu à Montréal-en-ville ? Je le souhaite ardemment. Cette cruelle réalité du « les gens ne lisent pas » pour ceux qui publient poésies ou romans nouveaux chaque année n’empirera pas avec l’installation de ce vaste lieu-aux-livres en bas de la ville. Accessible par le métro montréalais. Bref, tant pis pour ceux qui habitent…à Amos, Val d’Or ou à Tadoussac, Sept-Îles, sites humains combien plus éloignés que mon cher Sainte-Adèle. Ai-je le droit de rêver à une future ligne de métro « Saint-Jérôme-Montréal » ? Sait-on jamais… « Mais moi, Raymond Lévesque, je serai mort mon frère » !
(30)

(Claude Jasmin
Sainte-Adèle
I er mai 2005)

3 réponses sur “« BOULEAU NOÈR », MADAME BISSONNETTE !”

  1. J’aime la « Grande Bibliothèque » Elle manquait à notre connaissance universelle québécoise
    J apprend qu il y a au Québec plus de 1000 bibliothèques publiques et qu ils ont prêtés plus de 40 millions de livres l’an passé , ceci pour moi est un bon début. Il y aurait aussi plus de 8500 bénévoles partout en région ; sur ce point j’aimerai vous lire et trouver des moyens d’augmenter ce nombre ! Je vous lis régulièrement dans ACCÈS.

  2. J’avais compris votre point de vue m. Jasmin et de plus je le partage…cela ne veut pas dire que je n’irai pas visiter cette bibliothèque, oh que oui j’irai mais ici à Saint-Luc près de Saint-Jean notre bibliothèque est bien mais je constate qu’ils doivent se serrer la ceinture car les budgets sont petits, c’est bien dommage je trouve.
    Merci de ce point de vue, il vous fallait du courage!!!!!!

    Claude

  3. Monsieur Jasmin a mille fois raison, n’en déplaise à ceux qui s’éblouissent devant l’architecture du nouveau édifice. Ah oui, il est magnifique. 18 000 personnes sont allées « woir », comme on va voir ce nouveau pont ou ce nouveau building qu’on vient d’ouvrir. Combien de deux-là y retourneront pour emprunter un livre? Je gagerais qu’il n’y a pas la moitié qui iront bouquiner.
    En région, c’est la famine pour ceux qui ont faim de lecture; peu de titres, les livres ne changent pas souvent, les heures d’ouverture sont organisées pour satisfaire l’horaire du préposé, souvent bénévole d’ailleurs, les livres sont vieux, et n’allez surtout pas demander le Code Da Vinci car il n’y sera pas avant… je ne sais quand.
    Mais vous pouvez commander le livre que vous voulez de la Grande bibliothèque qui le fera parvenir à votre mini biblio, vous dit-on. Bull shit! Il n’y a que les chercheurs qui font cela. Aller à la biblio ou la librairie, c’est comme aller à l’épicerie. Vous voulez vous laisser tenter par l’influence de l’instant, le coup de coeur. Commanderiez-vous votre escalope de veau à votre boucher deux semaines à l’avance? Probable que le moment venu, votre envie serait passée.
    M. Jasmin a beaucoup trop raison. D’autant plus que c’est justement en région que les conditions économiques sont les plus difficiles. Avec un revenu de moins de 30 000 $ et une famille de trois ou quatre personnes à faire vivre, non seulement ces citoyens n’ont pas les moyens financiers d’accéder à la littérature québécoise, mais on appauvrit leur menu en coupant dans les petites bibliothèques pour concentrer la culture là où les gens ont plus de moyens que les autres d’accéder à la culture. On devrait, au contraire, en mettre plus là où la chose est plus difficilement accessible. Ça me semble le gros bon sens. Mais quand on est de Montréal, on estime qu’hors de la métropole, il n’y a pas de salut. Une auteure suggérait, par exemple, qu’on devrait éliminer les salons du livre de petite envergure en région. « Ils viendront à Montréal » disait-elle. Allo la Terre, j’habite Maniwaki. Nous sommes des centaines de « Maniwaki » à travers la province et si nous sommes allés nous planter « au diable le vert » (je me suis toujours demandé comment s’écrivait cette expression), ce n’est pas par exotisme, mais parce qu’on nous y a incités (colonisation, développement régional et tout le blabla). Nous ne sommes pas des citoyens de seconde zone. Qui plus est, si Montréal est ce qu’elle est, c’est à cause des régions d’où elle tire ces ressources qui servent à alimenter ses usines et ses grands commerces. Les livres de la Trop Grande Bibliothèque sont d’abord des arbres de chez-moi.
    Irais-je à la Super Grande Bibliothèque ? Sûrement. Comme je suis allé à l’Oratoire Saint-Joseph, une fois, juste pour voir. Cela n’a pas fait un meilleur chrétien de moi et pour mes petites prières, je m’en suis remis à mon église de village là où les choses ont une dimension humaine. L’un comme l’autre ne sont que des temples.

    Georges Lafontaine

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