LA GRANDE COCUE, LADY CARTIER !

J’ai lu le très populaire « Lady Cartier » de Micheline Lachance [correction faite – merci C.P.], mon ex-jeune camarade gauchiste à l’hebdo ouvriériste, « Québec-Presse ». Je n’aime pas ces bouquins (qui se vendent bien) de « fausse histoire ». Je veux dire d’histoire « romancée » , avec des dialogues forcément inventés, cela va de certains Max Gallo à « la vie de Mme Papineau ». Cela me pue au nez mais…j’ai voulu mieux voir et j’ai donc parcouru cette biographie « faussée » de madame Georges–Étienne Cartier, épouse de ce premier ministre fin des années 1800 — chef à intervalles avec MacDonald, l’ivrogne fougueux. Temps du Canada naissant.
Il y a eu « Le rouge et le noir ». Ici, il y a eu « la » rouge cocufiée et le viré-bleu. Cartier, ce honteux défroqué du patriotisme. L’infidèle Cartier, un vire-capot notoire, qui fut, jeune, un actif combattant lors de la victoire de Saint-Denis (lui venant de Saint-Antoine, en face, d’une famille bourgeoise). Il était alors républicain, du Parti des Patriotes. Trouillard, fuyard, Cartier sortit de sa cachette (aux USA) et présenta des excuses à nos conquérants bornés, bouchés. Et il finit donc par ré-apparaître en bon-ententiste calculateur, intéressé.
Eh bien, cela se lit bien, c’est bien fait et c’est parfois captivant. Je sautais des pages car je cherchais surtout les faits historiques.
Il y a ces maudits dialogues mensongers, comme si l’auteure y était (!). On y voit, détaillées, « vrais défilés de modes », robes, bijoux, coiffures et maquillages. Eh, Lachance bossa longtemps au magazine « Châtelaine »! Lassé par ces potinages mondains et longuets sur la jolie fille du célèbre libraire « rouge » Fabre, vieux patriote, fidèle de Papineau, assommé à l’occasion par les épanchements de la triste épouse bafouée, je suis allé lire le « Cartier » d’un historien véritable, Brian Young (Québec-Amérique éditeur aussi).
L’autre matin, filant vers le gars-Pouliot, (débateur de CKAC) et circulant Avenue du Parc, j’ai vu la statue de Cartier (place des tam-tams) recouverte de toile grise ! Toilette de haut monument-à-l’ange du mont Royal ou gêne du vire-capot, symbolisée par ces bâches ? Car l’ « amant-Cartier » est le grand modèle des zélés « lécheculistes ».
Cartier fut « un père très absent », mode 1867. Tout le temps de son mariage (d’intérêt, jeune avocat sans emploi) avec la fille de Fabre-populaire-avocat-rouge, il fut l’amant d’une bourgeoise délurée, instruite et aussi ambitieuse que lui. Le fait sera très consacré, su, connu. Le couple « interdit » se fit voir partout, blessée à mort par cet adultère voyant, Lady Cartier fera chambre à part, rue Saint-Paul, dans le Vieux-Montréal, puis, maison à part. Enrichi, car le député-ministre Cartier sera aussi le chef-avocat du contentieux au « Canadian Pacific », il aura ses cachettes, les (déjà ?) résidences secondaires. Accusé de gabegie (ô juge Gomery !), de favoritisme éhonté lors de la construction du long chemin de fer du Dominion— Cartier se fera battre (comme Powl Martinn tôt ou tard). Il sera chassé à jamais du pouvoir.
C’est une bonne histoire sur notre ancienne bourgeoisie anglifiée jusqu’à l’os, mimétisme navrant, docilement « sous-traitante » face à la vraie bourgeoisie de ce temps, les anglos celle du Golden Mile. Une classe sociale, pas fière du français, minoritaire, vaniteuse, fourbe, qui se fiche complètement des innombrables prolétaires vidant les campagnes pauvres (l’âge industrielle se développant) pour se paupériser davantage « en ville ». Une classe donc de « valets avantagés », très chienne-couchante, inféodée totalement à Londres, là où règne le vrai pouvoir envers cette minable colonie lointaine. Il y aura, on le sait, connivence écœurante avec notre haut-clergé catholique. Ultra-conservateur, il va veiller farouchement, avec le «monseigneur et maître Bourget » en tête, à tuer dans l’œuf toute velléité d’entreprise républicaine donc anti-monarchiste. Cela de 1850 à 1950. Cent ans, un siècle ! Cartier bien domestiqué se fera donc « ciré » pour « services rendus » à la Couronne britannique, tout comme Wilfrid Laurier, ou nos autres rois-nègres. Cette métamorphose honteuse va jusqu’à un Cartier (les deux livres l’affirment) parlant le plus souvent en anglais avec ses gens. Même seul avec son cocher, un C.-F. comme lui, qui fera mine de le comprendre ! Est-ce assez faire voir l’aliénation de ces « héros » imposés ? Lachance raconte toute cette chiennerie comme « au neutre », sans aucun commentaire. Faut pas froisser nos colonisées actuelles, lectrices de 2005 ? Elle observe —a bien potassé ses archives— et se contente de faire voir cette pénible colonisation.
Blessée, humiliée, bien triste, Lady-Cartier —ses filles grandies et casées, son frère, un Fabre ambitieux, nommé archevêque— finira ses jours loin de ce pays tout neuf—organisé par MacDonald et son mari « l’intermittent » volage—le Canada, hypocrite entreprise pour mieux nous diluer étant donné que le précédent marché-de-dupes (invention de Lord Durham) du Haut et du Bas Canada avait mal fonctionné pour l’establisment anglo ! Pour la grande cocue c’était une contrée-de-malheurs. Héritière vieillie, solitaire, la « Lady » veuve ira joindre des richards de l’Angleterre impériale ? Où ça? Mais voyons, sur la Cote d’Azur, coquet manoir donc à Nice là où une rumeur disait que, nonagénaire avancée, Lady aidait à sa façon des « résistants du lieu » aux occupants sémitophiles de la France. Enfin, digne fille du Fabre patriote ? Quel plaisir que lire sur les « racines » de notre soumission qui, Dieu merci, agonisera sous peu. Plutôt que ce Cartier (prononcer comme à Ottawa « Karrr-tièrrre »), bientôt installer Delorimier ou Chénier sous le bel ange s’envolant au « parc à tam-tams », bonne idée, non ?

GRANDE FÊTE POUR MON PÈRE MORT

Un dimanche récent, trois pères fêtés : moi, le vieux papa, mon fils, Daniel et mon gendre, Marc. Tours de mini-moto, petits cadeaux, vin rouge sous les épiceas à Val David. Feu sur l’herbe, juteux poulets rôtis et, à la fin, baignade dans le petit lac Doré, pas loin. Ce jour-là, j’ai un peu parlé du mien-de-papa. Un « père absent » ? Oh non ! Ultra-présent dans son sous-sol aménagé en gargote populaire, rue Saint-Denis, proche des cinémas Rivoli et Château. Ce fut sa fête « posthume » la veille de la fête-des-pères car un coup de fil m’annonçait son entrée —triomphale— au prestigieux Musée nationale des beaux-arts dans la Vieille Capitale.

Une céramique d'Édouard Jasmin

Lui ? Papa ? Ce petit restaurateur examiné tous les dimanches de septembre 1974 à juin 1976 à la télé par des millions de Québécois via cet acteur au talent fort, le Jacques Galipeau de « La petite patrie ». Ce MNBAQ ! Sur Grande Allée ma chère ! Fameuse fête pour mon père ! Le Musée de Québec vient donc d’acquérir plus d’une douzaine de ses plats ouvragés en terre cuite. Papa qui est mort en mai 1986 ne verra pas ça mais une partie de lui va donc lui survivre. Voici un conte, son histoire. 1935 : moi, enfant pré-scolaire, grimpé sur ses genoux, je lui commandais sans cesse des dessins et, habile, papa dessinait tous les objets de la maison, rue Saint-Denis. Ce papa-là m’épatait. Aux Fêtes il confectionnait ses cartes de bons vœux, en vendait dans son petit caboulot entre deux hamburgers ou deux grill-cheese. Puis, vieilli, dans la cave derrière ses comptoirs, papa inventa une série de tableaux « au sable », reliefs singuliers avec visions cocasses. Vers 1955, je fis une démarche que le très populaire « Petit Journal » accepta. Un « reportage premier » parla ainsi de mon père : « Cet homme ( voir notre photo) peint, la nuit, des femmes étranges ». Ce titre fit frémir sa Germaine d’épouse, ma mère, on le comprendra !

Retraité, le restau fermé, papa installa dans la chambre des « filles parties » (on a revu un des mariages familiaux à ARTV récemment) son atelier de « céramiste-du-dimanche » avec son four. L’histoire débutait vraiment. Quel récit exemplaire que cet homme âgé qui, débarrassé de ses devoirs de pourvoyeur, car nous étions neuf à table, décide de se faire artiste à 100 % Mon père alla montrer ses céramiques naïves à la Centrale d’artisanat. On lui en prit. Un prof du cégep voisin, l’acadien Léopold Foulem, le découvre et Foulem fonce partout en chantant ses louanges. Ce prof agrandira sa réputation d’artiste dit primitif, tel le barbier Villeneuve, fera connaître papa à Toronto à la réputée « Prime Gallery, et, à la fin, à New York à la prestigieuse Clark Gallery. 57 ième rue dans Manhattan ! Où on lui organisa une expo avec joli carton d’invitation en couleurs ! Papa, hélas, mourut avant le vernissage. J’ai publié un roman de ce père trop pieux et si doué, avec « Pâques à Miami » où je raconte cette mort bête quand New York s’apprête à le faire connaître aux connaisseurs.

Il y a deux ans, grimpant l’escalier du très stimulant Musée d’Art Populaire à Trois-Rivières —que l’on finissait de rénover—, bedang !, en haut d’un escalier, face à face inattendu avec papa qui me souriait dans un poster ! Trois-Rivières montrait trois de ses étonnantes céramiques. Au téléphone, pour cette belle fête-des-pères, le prof Foulem m’a dit : « Ce lot des ouvrages en terre cuite de votre père sera installé dans une cage d’escalier prestigieux au Musée de la Grande Allée à Québec. Ce jour-là, j’ai reposé l’appareil sur son socle, j’ai jonglé avec les images jaunies de l’album ratatiné : ce petit restaurateur de la rue Saint-Denis triomphe donc. J’ai songé longuement à ce papa rêveur, mal installé dans la réalité, composant pas très bien avec la charge d’une trâlée d’enfants, rêvassant si souvent, la pipe au bec, ses vieux Geographic Magazines sur les genoux. Incroyable : lui désormais bien coté, montré, dans un grand musée ? Ce père embarrassé, né sur une ferme à Saint-Laurent (comme tant de Jasmin), a vécu une existence si chétive, si longtemps avant qu’il décide de s’exprimer ouvertement. Quelle belle leçon pour tous les « empêchés de la vie » qui arrivent à l’âge de la retraite, non ? Édouard Jasmin n’a jamais pas pu voyager. Trop pauvre. Il a fait mieux, il a inventé dans la glaise un étonnant voyage : ces centaines de céramiques aux paysages insolites. Ma fête-des-pères fut donc cela : la consécration officielle d’un modeleur imaginatif, fier autodidacte qui débuta sa vie d’adulte au milieu des gâteaux Vachon et de « la crème à glace » JJJoubert. Qui refusa son sort, qui décidait, vieilli mais encore courageux, de laisser sa griffe aux rebords d’images d’argile. Le voilà donc je n’esn reviens pas, installé dans un vrai musée, bien loin de ses saucisses à hot-dog dont il oubliait parfois de retirer l’enveloppe de cellophane, sa clientèle de zazous sacreurs enrageaient du fait.

Et moi, ce dimanche-là, avec la hâte d’aller à Québec cet été, je lui disais tout bas, regardant voleter les flammes du bûcher de Val David : « Bonne fête, papa pas mort ! »

Entrée sur Édouard Jasmin dans le site du Musée d’art virtuel – en anglais-

De retour à Plein-Art + Édouard Jasmin au Musée du Québec

Sans doute satisfaits de mes efforts pour 2004, les organisateurs québécois de l’expo sur les métiers d’art nommée « Plein art » viennent de me réengager comme porte-parole officiel de la dite Expo qui se tient chaque année dans le vieux Québec (au début du mois d’août).

Plein art regroupe environ 100 artisans québécois et des invités en provenance du Canada, de l’Europe, des États-Unis et de l’Afrique.Établi depuis 24 ans et accrédité par le Conseil des métiers d’art du Québec, l’association professionnelle des artisans du Québec, cet événement estival est le plus important du genre à se tenir en plein air au Canada. Plein Art propose une grande variété de produits originaux et de qualité.


« CET HOMME MODESTE, MON PÈRE, CE MARCHAND DE BIBELOTS CHINOIS PUIS QUI VENDAIT DANS SA GARGOTTE DE LA PETITE PATRIE (HOT DOG, HAMBURGER, SANDWICHE EN TOS GENRES, SUNDAY) DES FRIANDISES À BON MARCHÉ, VIENT D’ENTRER AU PRESTIGIGIEX « MUSÉE DES BEAUX ARTS » DE LA VILLE DE QUÉBEC DANS LA GRANDE ALLÉE » !

EN EFFET, LE MUSÉE VIENT TOUT JUSTE DE SE PROCURER, POUR SES COLLECTIONS PERMAMENTES, UNE QUINZAINE DES CÉRAMIQUES (DITES NAÏVES) D’ÉDOUARD JASMiN. DEVENU LE RETRAITÉ DE CE COMMERCE TANT ILLUSTRÉ DANS LES 75 ÉPISODES DE LA PETITE PATRIE À TÉLÉVISION (DE 1974 à 1976), SE FIT, APRÈS « PEINTRE-DU-DIMANCHE, POTIER PRIMITF. SANS AUCUNE INITIATION, AVEC UN TALENT ÉTONNANT, CET EX-PETIT-RESTAURATEUR DE LA RUE SAINT-DENIS, ÉDOUARD JASMIN, DEVENAIT RAPIDEMENT LA COQUELUCHE DES COLECTIONNEURS, À MONTRÉAL D’ABORD MAIS AUSSI À TORONTO ET AUX ÉTATS-UNIS.

L’ÉMINENT GALÉRISTE GART CLARK EXPOSA (1987) SES OUVRAGES D’ARGILE MODELÉE À SES GALERIES PRESTIGIEUSES DE NEW-YORK ET DE LOS ANGELES. C’EST SON DÉCOUVREUR, ET DÉFENDEUR ZÉLÉ, LE PROFESSEUR LÉOPOLD FOULEM, UN COLLECTIONNEUR ÉMÉRITE DES ÉDOUARD JASMIN, QUI A ARRANGÉ CETTE RÉCENTE TRANSACTION AVEC LE MUSÉE DE QUÉBEC. UN COIN D’ESCALIER PRESTIGIEUX MONTRERA AU GRAND PUBLIC CES PLATS DE TERRE CUITE OUVRAGÉE ILLUSTRANT DES SCÈNES COCASSES D’UN EXOTISME SAVOUREUX. ON EN REPARLERA.

SALUTS À VOUS DU « PELOTON DES MÉCONNUS »

Dans mon jeune temps… ça fait donc « pépère » cette expression, vouloir devenir artiste était un secret. Un aveu gênant. Une sorte de honte. On n’en parlait pas. Désormais, s’installe l’impression que tout le monde veut —chanter du Luc Plamondon— ÊTRE UN ARTISTE, UN AUTEUR ! Partout on devine des jeunes, et des moins jeunes, cherchant à se faire connaître, à sortir du peloton des « inconnus ». Des « méconnus » doit-on dire puisque, n’est-ce pas ?, ces assoiffés d’un peu de lumière, d’un peu de notoriété, sont remplis à raz bord de talents divers. J’en croise fréquemment. Ils veulent me montrer textes divers, projets variés, espoirs énervés. Tous, ils me disent : « On ne me répond même pas, on ne me donne aucun signe de vie ». Signe de vie, le mot fait mal. Tous ces refus accumulés font mal. Comment bien expliquer à ces créateurs de l’ombre que même celui qui a la notoriété, lui aussi, fait encore des projets, imagine des textes, et que lui aussi, « le connu », doit faire face à la même sotte impolitesse environnante.
Pire que des refus, ce silence trop compacte.
C’est une loterie, la création, poésie, chanson, cinéma, télé, théâtre, ou bien ouvrages en arts plastiques. « Continuez, ne lâchez pas, tenez bon, foncez », que je répète sans cesse aux filles et garçons qui me voient en influent personnage, en contact magique. Tudieu ! Seigneur ! Si je recommande l’entêtement à ceux qui me quêtent un avis, une recette, un mot de code, un « sesame » (alors qu’il n’y a pas de recette aucune), c’est que cette tragique maudite loterie favorise mais par bête hasard souvent, bête jeu des circonstances, et vive l’acharnement obstiné, bien têtu, soudainement, tout cela fait s’ouvrir enfin, enfin, une porte. Pourquoi donc, depuis quelques décennies, tant et tant de candidats aux portes des éditeurs, des producteurs ? Réponse : l’instruction. Cela et des organismes subventionnaires publics variés. En 1960 nous étions combien à piaffer aux portes de la maudite renommée ? Une vingtaine ? Bohémiens méprisés, débutants frileux en écritures littéraires. Même pas 20 ? Et pas de mécénat public, aucun. En 2005, ils sont des centaines et des centaines. Et pas que des autodidactes comme nous l’étions. Non, non ! Ils ont d’importants certificats d’études, à l’occasion imposants. Je devine bien alors la haute montagne de projets de toutes sortes sur tous les bureaux des décideurs. Attentes, attentes ? Pas même un « accusé de réception » (pour mal parler).
Tenez, voulez-vous une illustration de cette accablante réalité ? Voyez ce stimulant spectacle intitulé « COIN SAINT-LAURENT », qui est une enlevante, vivifiante, terrifiante revue-à-sketches, à la Licorne juste en face de Chez La Tulipe. Un spectacle étonnant où Pierre Curzi, en divers rôles, brille de mille feux. À la fin, coin St-Laurent et Prince-Arthur, Curzi vous arrachera le cœur avec son scénario tendu pour une vedette de Hollywood tournant un film à Montréal. L’accrochant enfin sur un coin de trottoir, il tente de lui faire lire un bout de page et n’en recevra… oh diable !, que son autographe. À la plume-feutre. Dans le gras du bras ! Tragique ? Pitoyable ? Écho visuel démontrant toutes ces victimes consentantes à beaux songes ! Tant des nôtres seulement ? Allons, il n’en va pas autrement dans le monde entier devenu une faste, vaste, scène en notre époque du divertissement, de l’âge des écrans partout. Espérez donc, accrochez-vous à la chance car, ici, les mérites ne comptent pas toujours. Des navets trouvent preneurs, des ouvrages de talent, restent abonnés au silence glacial ? Oui. Oui. Sordide caractéristique face à l’abondance de l’offre pour une « demande » incapable de grandir au même rythme. Vieux lamentable et, à la fois, admirable, rêve humain. Sortir de l’ombre, mon pauvre Vincent Van Gogh, pauvre Amadéo Modigliani ? Rêves mégalos, immodestes, ou maigres et nécessaires besoins de raconter, un voisin des Laurentides, me dit et me redit que depuis longtemps, il attend un « oui », il sourit encore ! Finira-t-il par maudire son sort ? Il va m’accoster de nouveau demain, après-demain : quoi lui dire ? Il marchera vers moi mais semblera tourner en rond au soleil, avec ses yeux toujours brillants et un drôle de pli triste sur ses lèvres. Quoi lui dire mon Dieu ? Moi en 1960, si seul, si pauvre, sans aucun piston ou contact utile…lui aussi, il souhaite tant pouvoir s’exprimer à la lumière des projecteurs. Il m’implore… un brin d’espoir. Quoi lui dire ? N’étant pas vedette d’Hollywood je n’écrirai pas mon nom à la plume feutre dans le gras de son bras, non, j’écrirai :
« Espérance, jeune ami ! »